{"id":9211,"date":"2017-11-06T21:03:51","date_gmt":"2017-11-07T02:03:51","guid":{"rendered":"https:\/\/aws.psycho-ressources.com\/blog\/?p=9211"},"modified":"2017-11-09T14:52:42","modified_gmt":"2017-11-09T19:52:42","slug":"etre-parent","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.psycho-ressources.com\/blog\/etre-parent\/","title":{"rendered":"\u00catre parent aujourd&rsquo;hui."},"content":{"rendered":"<p><strong><a href=\"https:\/\/aws.psycho-ressources.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2017\/11\/couvert-etre-parents.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright size-full wp-image-9212\" src=\"https:\/\/aws.psycho-ressources.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2017\/11\/couvert-etre-parents.jpg\" alt=\"couvert-etre-parents\" width=\"296\" height=\"401\" srcset=\"https:\/\/www.psycho-ressources.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2017\/11\/couvert-etre-parents.jpg 296w, https:\/\/www.psycho-ressources.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2017\/11\/couvert-etre-parents-221x300.jpg 221w\" sizes=\"auto, (max-width: 296px) 100vw, 296px\" \/><\/a>\u00catre parent aujourd&rsquo;hui. <\/strong><br \/>\n<strong>Comment la psychologie peut vous aider au quotidien.<\/strong><br \/>\nParis : Editions In Press.<\/p>\n<p><em><strong>Ludovic Gadeau<\/strong><\/em><br \/>\nDocteur en psychopathologie<br \/>\nPsychologue clinicien<br \/>\nPsychoth\u00e9rapeute<\/p>\n<p><strong>R\u00c9SUM\u00c9<\/strong><\/p>\n<p>Les repas, le coucher, les apprentissages scolaires, la t\u00e9l\u00e9vision ou les jeux vid\u00e9o, les soubresauts de l&rsquo;adolescence&#8230; autant de moments du quotidien qui peuvent cristalliser les tensions entre parents et enfant et mener \u00e0 l&rsquo;incompr\u00e9hension ou au d\u00e9couragement. Comment la psychologie peut-elle nous aider dans ces moments difficiles ? Quelles sont les cl\u00e9s pour sortir de l&rsquo;impasse ? Ce guide permet de mieux comprendre les \u00e9tapes du d\u00e9veloppement et le fonctionnement psychologique de l&rsquo;enfant et de l&rsquo;adolescent.<\/p>\n<p>Il offre des points de rep\u00e8re dans l&rsquo;oc\u00e9an des liens familiaux. A partir d&rsquo;une quarantaine d&rsquo;exemples, sont \u00e9clair\u00e9s les ressorts qui animent les frictions, crispations ou crises dans ta vie de tous les jours. Un guide qui saura vous aider au quotidien pour d\u00e9passer les tensions, ouvrir le dialogue et am\u00e9liorer durablement les rapports au sein de la famille.<\/p>\n<p><strong>BIOGRAPHIE DE L&rsquo;AUTEUR<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><a href=\"https:\/\/aws.psycho-ressources.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2017\/11\/photo-ludovic-gadeau-bibli.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright size-full wp-image-9222\" src=\"https:\/\/aws.psycho-ressources.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2017\/11\/photo-ludovic-gadeau-bibli.jpg\" alt=\"photo-ludovic-gadeau-bibli\" width=\"326\" height=\"242\" srcset=\"https:\/\/www.psycho-ressources.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2017\/11\/photo-ludovic-gadeau-bibli.jpg 326w, https:\/\/www.psycho-ressources.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2017\/11\/photo-ludovic-gadeau-bibli-300x223.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 326px) 100vw, 326px\" \/><\/a>Ludovic Gadeau est docteur en psychopathologie, psychologue clinicien et psychoth\u00e9rapeute. Il a dirig\u00e9 en Is\u00e8re un centre m\u00e9dico-psycho-p\u00e9dagogique et ouvert deux services de soin pour enfants pr\u00e9sentant des troubles s\u00e9v\u00e8res des apprentissages.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Il est enseignant-chercheur \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Grenoble-Alpes. Ses travaux de recherche portent sur les articulations entre psychopathologie et \u00e9ducation et la place de la composante temporelle dans la structuration du fonctionnement psychique et des relations intersubjectives. Il est l\u2019auteur aux \u00e9ditions In Press d\u2019\u00catre parent aujourd\u2019hui (collection \u00ab En grandissant, en apprenant \u00bb, parution le 06 septembre 2017).<\/p>\n<p><strong>COMMANDE<\/strong><br \/>\n&#8211; <a href=\"http:\/\/www.inpress.fr\/livre\/etre-parent-aujourdhui\/\" target=\"_blank\">http:\/\/www.inpress.fr\/livre\/etre-parent-aujourdhui\/<\/a><\/p>\n<p><strong>INTENTION DE L&rsquo;OUVRAGE<\/strong><\/p>\n<p>Son contenu peut \u00eatre utile aux psychologues et aux professionnels du champ \u00e9ducatif et de soin, et bien s\u00fbr aux parents, jeunes et moins jeunes&#8230;.<\/p>\n<p>Ce livre montre de fa\u00e7on accessible et \u00e0 partir d&rsquo;une quarantaine d&rsquo;exemples cliniques simples :<\/p>\n<ul>\n<li>la complexit\u00e9, la richesse du d\u00e9veloppement et du fonctionnement psychologique de l&rsquo;enfant et de l&rsquo;adolescent, mais aussi ses blocages.<\/li>\n<li>les conflits parents\/enfants se cristallisant autour de probl\u00e9matiques sp\u00e9cifiques : les repas, le coucher, la scolarit\u00e9, les apprentissages, les relations sociales, les jeux num\u00e9riques, les violences, la mutation adolescente, etc.<\/li>\n<li>les voies favorisant les d\u00e9gagements possibles par rapport \u00e0 ces tensions.<\/li>\n<\/ul>\n<p>L&rsquo;ouvrage essaie \u00e9galement de rendre compte pour public large :<\/p>\n<ul>\n<li>des fragilit\u00e9s nouvelles de la parentalit\u00e9 en lien avec les mutations produites par la modernit\u00e9.<\/li>\n<li>des probl\u00e9matiques psychologiques n\u00e9cessitant probablement un accompagnement psychologique.<\/li>\n<\/ul>\n<p><strong>TABLE DES MATI\u00c8RES<\/strong><\/p>\n<p>Lettre au lecteur<\/p>\n<ol>\n<li>\u00c9duquer aujourd\u2019hui est-il impossible ?<\/li>\n<li>Le d\u00e9veloppement psychoaffectif n\u2019est pas un long fleuve tranquille<\/li>\n<li>Points de rep\u00e8re relatifs au fonctionnement psychoaffectif<\/li>\n<li>A table !<\/li>\n<li>Bonne nuit les petits<\/li>\n<li>Jouer, exp\u00e9rimenter<\/li>\n<li>L\u2019\u00e9cole et ses vicissitudes<\/li>\n<li>Violences, cris et ch\u00e2timents<\/li>\n<li>Comprendre l\u2019adolescent d\u2019aujourd\u2019hui<\/li>\n<li>Et si on allait voir un psy ?<\/li>\n<\/ol>\n<p><strong>INTRODUCTION<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00c9duquer aujourd\u2019hui est-il impossible ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>Qu\u2019est-ce qu\u2019\u00e9duquer ?<\/strong><\/p>\n<p>Chacun d\u2019entre nous a assur\u00e9ment une petite id\u00e9e sur le sujet. La preuve en est, c\u2019est qu\u2019\u00e0 voir pratiquer les autres parents, et pour peu qu\u2019on se confronte \u00e0 un comportement de leur enfant qui nous heurte ou nous agace, on peut \u00eatre assez facilement envahi par l\u2019id\u00e9e qu\u2019ils s\u2019y prennent \u00ab comme des manches \u00bb et qu\u2019\u00e0 leur place on saurait comment faire. Autrement dit, on pense avoir un savoir ou un savoir-faire opposable \u00e0 la pratique des autres.<\/p>\n<p>Ainsi, la plupart des parents portent-ils en eux une sorte de \u00ab th\u00e9orie \u00bb \u00e9ducative, c\u2019est-\u00e0-dire des repr\u00e9sentations, plus ou moins construites, mais existantes et agissantes, mais aussi des principes sur lesquels ils pensent s\u2019appuyer, des id\u00e9aux \u00e9galement vers lesquels ils aimeraient tendre. Cette \u00ab th\u00e9orie \u00bb pr\u00e9existe \u00e0 la conception des enfants. Elle a \u00e9t\u00e9 nourrie par les transmissions g\u00e9n\u00e9rationnelles familiales1, par le groupe social et culturel auquel on appartient, par ce que les m\u00e9dias (livres, magasines, \u00e9missions de TV, etc.) v\u00e9hiculent comme pseudo-th\u00e9ories, ass\u00e8nent comme conseils et font circuler comme id\u00e9ologie \u00e9ducative. C\u2019est bien \u00e9videmment lorsque cette \u00ab th\u00e9orie \u00bb est mise \u00e0 l\u2019\u00e9preuve de la r\u00e9alit\u00e9 que souvent les choses se grippent. L\u2019\u00e9ducation des enfants se passe rarement comme on aurait aim\u00e9 ou comme on aimerait qu\u2019elle se d\u00e9roule.<\/p>\n<p>D\u00e8s qu\u2019il s\u2019agit d\u2019essayer d\u2019expliquer comment on pratique soi-m\u00eame, on se heurte vite \u00e0 des difficult\u00e9s insondables. Essayez de montrer comment vous vous y prenez pour que le repas du soir soit un moment pacifi\u00e9, quand votre petit dernier tente de s\u2019extirper de son rehausseur, et fait malencontreusement tomber son assiette de pur\u00e9e et que ses cris \u00e9touffent la parole de la soeur cadette dont le plaisir \u00e0 raconter sa journ\u00e9e de classe se mue en une rage indicible contre le petit ou contre les parents imparfaits que vous \u00eates devenus en un instant puisque vous ne savez, se plaint-elle, que c\u00e9der aux caprices de petit dernier\u2026 C\u2019est \u00e0 l\u2019ain\u00e9 d\u2019entrer dans la m\u00eal\u00e9e, lui dont la faim est insatiable et qui mordrait volontiers dans tout ce qui bouge. Ouf, la temp\u00eate pass\u00e9e, le calme est revenu. Comment ? Pas facile \u00e0 dire. Est-ce votre s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 qui r\u00e9siste \u00e0 toutes les \u00e9preuves malgr\u00e9 une journ\u00e9e de travail harassante ? Ou un geste \u00e0 peine perceptible qui redonne \u00e0 chacun l\u2019assurance qu\u2019il compte pour vous ? Ou une parole forte (en intensit\u00e9 sonore ou en sens produit) qui fait point d\u2019arr\u00eat au d\u00e9bordement ? Ou bien le met sorti du four dont la signature olfactive mobilise les couches mn\u00e9siques les plus profondes du cerveau ? L\u2019alchimie qui a restaur\u00e9 le calme autour de la table est sans doute infiniment plus complexe que les maigres param\u00e8tres ici convoqu\u00e9s. On ne peut en rendre compte qu\u2019\u00e0 grands traits.<\/p>\n<p>Chacun d\u2019entre vous a pu \u00e9galement, \u00e0 son corps d\u00e9fendant, faire l\u2019exp\u00e9rience (am\u00e8re le plus souvent) des effets des conseils prodigu\u00e9s par les amis. \u00ab Fais donc comme ceci, avec moi \u00e7a marche bien ! \u00bb Et vous faites comme ceci, mais \u00e7a ne marche pas mieux, quand \u00e7a n\u2019aggrave pas la situation. Que peut-on tirer de ce type d\u2019exp\u00e9rience ? Au moins deux choses. La premi\u00e8re c\u2019est que, lorsque quelqu\u2019un pense savoir pourquoi telle chose a bien march\u00e9, rien ne nous assure que ce soit bien cette chose qui pr\u00e9cis\u00e9ment a \u00e9t\u00e9 le levier principal de l\u2019acte op\u00e9rant. La seconde, c\u2019est que ce qui peut s\u2019av\u00e9rer pertinent pour Mr A ou Mme B. ne l\u2019est pas n\u00e9cessairement pour Mme C. ou Mr D.. Je pense m\u00eame que \u00e7a l\u2019est rarement. Et lorsqu\u2019un conseil semble avoir \u00e9t\u00e9 op\u00e9rant, ce n\u2019est pas le conseil lui-m\u00eame, mais \u00ab quelque chose \u00bb de cach\u00e9 derri\u00e8re le conseil qui a oeuvr\u00e9.<\/p>\n<p>Qu\u2019est-ce qu\u2019\u00e9duquer ? C\u2019est donc assur\u00e9ment une question qui nous plonge dans l\u2019embarras. \u00c0 plagier St Augustin2, je dirais que si on ne me le demande pas, je pense savoir ce qu\u2019est \u00e9duquer, mais d\u00e8s qu\u2019on m\u2019interroge sur ce qu\u2019est ce savoir, je ne sais plus tr\u00e8s bien.<\/p>\n<p><strong>\u00c9duquer est-il un m\u00e9tier impossible ?<\/strong><\/p>\n<p>Il y a pr\u00e8s d\u2019un si\u00e8cle, Freud disait que psychanalyser, gouverner et \u00e9duquer \u00e9taient trois m\u00e9tiers impossibles. Concernant le m\u00e9tier d\u2019\u00e9duquer, on ne saurait lui donner tort surtout si l\u2019on entend sa formule comme une invite \u00e0 se prot\u00e9ger contre l\u2019exc\u00e8s d\u2019autocritique, ce qu\u2019il nommait la f\u00e9rocit\u00e9 du Surmoi. Quoi que l\u2019on fasse comme parent, ce sera toujours mal, imparfait, c\u2019est-\u00e0-dire jamais \u00e0 la hauteur de l\u2019effort ou de l\u2019engagement consenti. De savoir que nous sommes tous log\u00e9s de ce point de vue \u00e0 la m\u00eame enseigne contient sans doute et malgr\u00e9 tout quelque chose de r\u00e9confortant. En outre, \u00ab mal faire \u00bb n\u2019est pas \u00ab faire mal \u00bb. Chacun peut en entendre la diff\u00e9rence. Dans \u00ab mal faire \u00bb il n\u2019y a aucune intention consciente ou inconsciente de \u00ab faire mal \u00bb. Simplement, on s\u2019y prend mal pour faire. Dans la formule \u00ab faire mal \u00bb, on entrevoit une sorte d\u2019intention malveillante, pas toujours consciente, tant s\u2019en faut, mais dont la port\u00e9e est destructrice. Ces situations \u00e9ducatives qui comportent du \u00ab faire mal \u00bb (qu\u2019il vienne des parents ou de l\u2019enfant) n\u00e9cessitent une aide psychologique \u00e0 laquelle la seule lecture de cet ouvrage ne saurait suffire (voir le chapitre \u00ab Si on allait voir un psy ? \u00bb).<\/p>\n<p>\u00ab Mal faire \u00bb est donc une composante in\u00e9vitable, normale, de toute situation \u00e9ducative. Le sentiment de \u00ab mal faire \u00bb, tout inconfortable qu\u2019il puisse \u00eatre, est un bien pr\u00e9cieux. Il est une voie d\u2019entr\u00e9e importante permettant d\u2019interroger ses pratiques \u00e9ducatives, d\u2019identifier ce qui se r\u00e9p\u00e8te dans les conflits, de questionner le sens de ses actes et la port\u00e9e de ses actions. Si vous \u00eates dans ce type de questionnement, vous trouverez sans doute dans la suite de ce petit trait\u00e9 de quoi nourrir votre r\u00e9flexion et inventer les pas de c\u00f4t\u00e9s n\u00e9cessaires pour d\u00e9nouer les conduites r\u00e9p\u00e9titives auxquelles les situations \u00e9ducatives du quotidien vous confrontent.<\/p>\n<p>Permettez-moi encore quelques mots pour vous faire sentir combien \u00eatre parent aujourd\u2019hui est une chose difficile, plus difficile qu\u2019elle ne l\u2019\u00e9tait il y a encore 30 ou 40 ans. Cette \u00e9volution n\u2019est pas propre \u00e0 la question de la parentalit\u00e9. Il en va du \u00ab m\u00e9tier \u00bb de parent comme du m\u00e9tier d\u2019enseignant. On constate que les classes auxquelles les enseignants d\u2019aujourd\u2019hui ont affaire sont bien diff\u00e9rentes de celles de leurs pr\u00e9d\u00e9cesseurs, m\u00eame si les enfants restent des enfants. Dans leur champ propre, les psychologues cliniciens et les p\u00e9dopsychiatres constatent aussi des \u00e9volutions sensibles dans les pathologies pr\u00e9sent\u00e9es par les enfants d\u2019aujourd\u2019hui et dans les difficult\u00e9s dont les parents font \u00e9tat dans les consultations.<\/p>\n<p>En quoi consiste ce changement ?3 De quoi est faite cette \u00e9volution qui augmente la difficult\u00e9 d\u2019\u00eatre parent et d\u2019\u00e9duquer ? Ce qui aujourd\u2019hui fait sympt\u00f4me dans la soci\u00e9t\u00e9 contemporaine, c&rsquo;est une crise de la l\u00e9gitimit\u00e9 des positions d&rsquo;autorit\u00e9. Le champ social \u00e9tait auparavant organis\u00e9 entre autres sur le mod\u00e8le religieux. On reconnaissait l&rsquo;existence d&rsquo;une transcendance comme celle du roi, du chef, du p\u00e8re, du ma\u00eetre, du professeur&#8230; Vaille que vaille, la soci\u00e9t\u00e9 secr\u00e9tait et transmettait des limites construites autour de la place pr\u00e9valente des figures d\u2019autorit\u00e9.<\/p>\n<p>Ce syst\u00e8me ayant \u00e9t\u00e9 \u00e9branl\u00e9, tout se passe comme si nous nous \u00e9tions affranchis de la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;avoir affaire \u00e0 une transcendance (une Autorit\u00e9). Or, pour se lib\u00e9rer des figures de l&rsquo;autorit\u00e9, il faut pouvoir disposer d&rsquo;un psychisme d&rsquo;adulte. L&rsquo;enfant n&rsquo;est pas capable de se s\u00e9parer d&rsquo;une telle figure s&rsquo;il ne l&rsquo;a pas rencontr\u00e9e auparavant. C&rsquo;est toute la vie collective qui, de ce fait, a, en moins de 50 ans, bascul\u00e9, de sorte que les limites ne sont plus pr\u00e9\u00e9tablies, fond\u00e9es sur de r\u00e8gles qui se transmettent. Ces limites doivent \u00e9merger des partenaires eux-m\u00eames, par contrat pourrait-on dire. Cela n\u2019est pas sans cons\u00e9quence du c\u00f4t\u00e9 des parents. Sans relais de l\u00e9gitimit\u00e9 venant du corps soci\u00e9tal, sans r\u00e9f\u00e9rence tierce, les parents ne peuvent faire appel qu&rsquo;\u00e0 leurs ressources psychologiques propres pour assumer le travail d&rsquo;\u00e9ducation de leurs enfants.<\/p>\n<p>Par ailleurs, de plus en plus souvent, les parents se d\u00e9mettent eux-m\u00eames de cette position d&rsquo;autorit\u00e9, comme si \u00eatre aim\u00e9 de leurs enfants \u00e9tait plus important que de les \u00e9duquer. Ces parents ne veulent pas prendre le risque d&rsquo;un d\u00e9samour, et sont en cela enclins \u00e0 c\u00e9der sur la plupart des exigences de leur enfant. Ainsi, les enfants font-ils l&rsquo;\u00e9conomie d&rsquo;avoir \u00e0 renoncer \u00e0 leur toute-puissance infantile, condition pourtant n\u00e9cessaire \u00e0 la possibilit\u00e9 de grandir sur le plan psychologique.<\/p>\n<p>Par ailleurs, la soci\u00e9t\u00e9 lib\u00e9rale, ce qu\u2019on appelle le post-modernisme, a tendance \u00e0 effacer les signes distinctifs (symboliques) qui ordonnent les cat\u00e9gories et s\u00e9parent les univers, et notamment ce qui s\u00e9pare le monde des enfants et celui des adultes. Les publicit\u00e9s circulant sur les m\u00e9dias sont une assez bonne illustration de ce ph\u00e9nom\u00e8ne. Chacun a pu voir \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision une publicit\u00e9 en faveur d\u2019une marque automobile, o\u00f9 un adolescent appelle ses parents pour le repas. Les parents sont coll\u00e9s \u00e0 un \u00e9cran d\u2019ordinateur et contemplent avidement la voiture de leurs r\u00eaves. L\u2019adolescent les menace de couper l\u2019ordinateur s\u2019ils ne viennent pas imm\u00e9diatement \u00e0 table, manger le plat de nouilles qu\u2019il a pr\u00e9par\u00e9. Dans le m\u00eame genre, t\u00e9moignant d\u2019un effacement des g\u00e9n\u00e9rations, est apparue il y a quelques ann\u00e9es dans les hebdomadaires une publicit\u00e9 concernant la marque de v\u00eatements \u00ab petit bateau \u00bb. On y voit la photographie d\u2019un homme de 65 \u00e0 70 ans, souriant, pas ras\u00e9 et portant un T-shirt \u00ab petit bateau \u00bb. Au-dessus de son portrait sont \u00e9crits \u00ab 888 mois \u00bb, soit un beau b\u00e9b\u00e9 de 74 ans !<\/p>\n<p>La fragilisation de la diff\u00e9rence des g\u00e9n\u00e9rations est augment\u00e9e par l\u2019affaiblissement de la transmission de r\u00e9f\u00e9rences communes qui organisent symboliquement le passage (et donc la diff\u00e9rence) enfant\/adulte, notamment par la disparition dans la culture occidentale de nombreux rites (religieux ou la\u00efques) marquant un changement de statut social : communion catholique ou juive, c\u00e9r\u00e9monies de remise de dipl\u00f4mes, conscription, tenues vestimentaires, etc.). Ces rites ont pour fonction de travailler et de marquer la diff\u00e9rence des g\u00e9n\u00e9rations4 et l\u2019orientation vers un futur possible : priv\u00e9 de ces liaisons fondamentales, l\u2019individu se retrouve isol\u00e9, en manque de sens \u00e0 donner \u00e0 son existence, en manque de perspectives. Pour retrouver du sens et une direction, chacun se bricole des identit\u00e9s spirituelles \u00e0 la carte, sa religion, ses croyances en puisant dans des r\u00e9f\u00e9rentiels \u00e9loign\u00e9s de sa propre culture, de sa propre tradition.<\/p>\n<p>Il est enfin un autre facteur, sans doute plus compliqu\u00e9 \u00e0 appr\u00e9hender, qui fragilise consid\u00e9rablement les positions \u00e9ducatives. Il rel\u00e8ve de la contestation des savoirs li\u00e9s \u00e0 l&rsquo;exp\u00e9rience subjective, et la recherche d\u2019appuis (des pratiques) sur les connaissances objectivables. Au nom d\u2019une information qu\u2019on estime juste et l\u00e9gitime, d\u2019une rigueur qu\u2019on qualifie de scientifique, d\u2019une efficacit\u00e9 que l\u2019on revendique, notre soci\u00e9t\u00e9 lib\u00e9rale fait la promotion d\u2019une exigence de transparence, par le calcul rationnel, l\u2019\u00e9valuation tous azimuts, l\u2019exp\u00e9rimentation de laboratoire. La promotion de cette forme de rationalit\u00e9 se fait au d\u00e9triment de la richesse de l\u2019exp\u00e9rience sensible et de la parole5. Elle veut exclure le doute, l\u2019incertitude, ce qu\u2019on pourrait appeler la logique du flou, au profit de \u00ab certitudes \u00bb pr\u00e9tendument certifi\u00e9es par l\u2019exp\u00e9rimentation et la science statistique. On s\u2019en remet \u00e0 la connaissance scientifique et aux sp\u00e9cialistes, comme on s\u2019en remettait \u00e0 Dieu et \u00e0 ses repr\u00e9sentants autrefois.<\/p>\n<p>Un petit exemple :<\/p>\n<p><em>Une maman vient me voir, car son b\u00e9b\u00e9 de quelques mois pleure beaucoup. Elle se demande notamment \u00e0 quel moment elle peut ou doit lui donner le biberon. Combien de temps elle peut ou doit accepter de le laisser pleurer. Elle a peur de se tromper, de traumatiser son petit, d\u2019\u00eatre au fond sans le savoir une mauvaise m\u00e8re causant la souffrance de son enfant. Elle a lu beaucoup de livres sur le d\u00e9veloppement de l\u2019enfant, mais ne trouve pas de r\u00e9ponse satisfaisante \u00e0 son questionnement. Elle vient donc voir un sp\u00e9cialiste. \u00c0 vrai dire, je ne suis pas le premier qu\u2019elle vienne consulter. Elle a d\u00e9j\u00e0 vu un p\u00e9diatre, un neurop\u00e9diatre et deux psychologues, qui tous ont fort aimablement r\u00e9pondu \u00e0 ses questions, qui tous l\u2019ont rassur\u00e9e sur la sant\u00e9 de son b\u00e9b\u00e9 et sur ses qualit\u00e9s maternelles. Mais, malgr\u00e9 tout insatisfaite, dans le doute quant \u00e0 ce qu\u2019elle appelle \u00ab ses comp\u00e9tences de m\u00e8re \u00bb, elle continue sa qu\u00eate aupr\u00e8s d\u2019un nouveau \u00ab sp\u00e9cialiste \u00bb. On lui a parl\u00e9 de moi, dans des termes \u00e9logieux (\u00e7a fait toujours plaisir), c\u2019est pourquoi elle attend beaucoup de cette rencontre, d\u2019autant qu\u2019elle vient de loin, dit-elle (\u00e7a fait monter la pression). Ce que cette maman n\u2019avait peut-\u00eatre pas entendu (ou pu entendre faute<\/em> <em>d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 mis en travail) dans les consultations pr\u00e9c\u00e9dentes, c\u2019est qu\u2019aucun savoir (psychologique ou p\u00e9diatrique) ne peut venir mettre un terme \u00e0 son questionnement, lui donner la bonne r\u00e9ponse, la bonne m\u00e9thode, l\u2019assurer de la bonne pratique qui ferait d\u2019elle une bonne m\u00e8re et qui permette \u00e0 son b\u00e9b\u00e9 d\u2019\u00e9chapper \u00e0 toute souffrance.<\/em><\/p>\n<p>Ce que cette maman a \u00e0 entendre et \u00e0 assimiler c\u2019est qu\u2019il ne peut y avoir d\u2019ad\u00e9quation totale entre le b\u00e9b\u00e9 et son environnement, qu\u2019aucune m\u00e8re ne peut (ni n\u2019a \u00e0) prot\u00e9ger son enfant de tout, pas davantage des effets de la frustration6 que de ceux de la souffrance physique, et qu\u2019un b\u00e9b\u00e9 puisse, en m\u00eame temps que l\u2019amour et la tendresse, \u00e9prouver de la col\u00e8re et m\u00eame de la rage contre son environnement est inh\u00e9rent \u00e0 la condition humaine.<\/p>\n<p>Ce que cette maman a \u00e0 entendre, c\u2019est que la rage que l\u2019enfant va rencontrer n\u2019est pas destructrice, qu\u2019il va survivre \u00e0 cela et que la m\u00e8re est l\u00e0 pour que de tels \u00e9prouv\u00e9s puissent \u00eatre \u00e9prouv\u00e9s, puis m\u00e9tabolis\u00e9s, pacifi\u00e9s. Elle n\u2019a pas \u00e0 redouter la col\u00e8re que l\u2019enfant, grandissant, pourrait diriger contre elle par instants. Cette col\u00e8re va se transformer pour autant qu\u2019on lui donne un espace d\u2019expression et qu\u2019on accompagne sa lente transformation en puissance cr\u00e9atrice (par le jeu, par le sport, par l\u2019activit\u00e9 intellectuelle, etc.).<\/p>\n<p><em>J\u2019ai essay\u00e9 de monter cela \u00e0 cette maman, notamment en lui disant que, malgr\u00e9 le peu de connaissance que j\u2019avais d\u2019elle, je la consid\u00e9rai comme en mesure de supporter et plus encore de tirer profit de la frustration que j\u2019allais lui infliger. Je ne lui donnerai aucune r\u00e9ponse savante sur le quand, le comment ni le pourquoi on peut frustrer un enfant, que cette question n\u2019appelle aucune r\u00e9ponse possible. Par contre, elle appelle une autre question. Pourquoi faudrait-il redouter le d\u00e9samour de son b\u00e9b\u00e9 ? Ne peut-on faire confiance \u00e0 la vitalit\u00e9 psychique de ce petit \u00eatre pour qu\u2019il surmonte, entour\u00e9, contenu par une m\u00e8re bienveillante, la col\u00e8re qu\u2019il peut l\u00e9gitimement \u00e9prouver face \u00e0 une r\u00e9ponse insatisfaisante ? Je la mettais au fond dans une situation similaire \u00e0 celle qu\u2019elle redoutait pour son b\u00e9b\u00e9 ? Allait-elle succomber \u00e0 la frustration ou bien accepter de se mettre elle-m\u00eame \u00e0 l\u2019\u00e9preuve de cette non-r\u00e9ponse, de l\u2019\u00e9prouver, de la travailler pour grandir comme m\u00e8re ? Je lui montrais que j\u2019avais confiance en elle pour entamer ce cheminement. En fin de consultation, elle m\u2019a chaleureusement remerci\u00e9. Mais je ne saurai jamais vers quoi cette consultation a conduit cette maman. L\u00e0, c\u2019est moi qui \u00e9tais (et suis toujours) frustr\u00e9.., mais c\u2019est un moteur puissant pour continuer \u00e0 apprendre de mes patients.<\/em><\/p>\n<p>Ce qui semble avoir disparu chez certains parents, c&rsquo;est la possibilit\u00e9 d\u2019une mise en appui sur le doute, sur le d\u00e9faut de savoir et la l\u00e9gitimit\u00e9 qui fonde ce d\u00e9faut. C&rsquo;est cette l\u00e9gitimit\u00e9 qui aurait d\u00fb permettre \u00e0 cette maman de \u00ab faire entendre \u00bb \u00e0 l&rsquo;enfant qu\u2019il avait assur\u00e9ment de bonnes raisons de pleurer, d\u2019\u00eatre en col\u00e8re parce qu\u2019aucune r\u00e9ponse ne pouvait l\u2019apaiser7, mais qu\u2019elle \u00e9tait l\u00e0, pr\u00e9sente, pour lui faire sentir que cela n&rsquo;\u00e9tait pas pour autant destructeur et qu\u2019il saurait progressivement faire avec cette col\u00e8re, l\u2019apprivoiser.<\/p>\n<p><strong>\u00catre parent et le rapport \u00e0 la transmission<\/strong><\/p>\n<p>On ne se d\u00e9barrasse pas facilement de ce qui nous a \u00e9t\u00e9 transmis. Ce qui nous est transmis par les g\u00e9n\u00e9rations ant\u00e9rieures l\u2019est \u00e0 notre corps d\u00e9fendant le plus souvent. Quand ce qui nous est transmis comme postures \u00e9ducatives nous convient, lorsque nous y adh\u00e9rons, la d\u00e9ception, ou la souffrance \u00e9ventuelle li\u00e9e \u00e0 la confrontation au r\u00e9el d\u00e9bouchent souvent sur des r\u00e9visions, des ajustements \u00e9ducatifs, une inventivit\u00e9 renouvel\u00e9e qui favorisent le plus souvent l\u2019adaptation parent\/enfant\/environnement. Les choses sont plus compliqu\u00e9es lorsque les parents, p\u00e8re et m\u00e8re, p\u00e8re ou m\u00e8re, souhaitent se d\u00e9faire des mod\u00e8les parentaux qui ont particip\u00e9 \u00e0 leur propre construction (pour des raisons souvent li\u00e9es leur souffrance v\u00e9cue d\u2019enfant). On re\u00e7oit fr\u00e9quemment en consultation des parents qui se font le t\u00e9moin de ce que ce \u00e0 quoi ils ont voulu \u00e9chapper comme parents dans l\u2019\u00e9ducation de leur enfant, ils le reproduisent malgr\u00e9 eux.<\/p>\n<p><em>Ainsi, Mme M. a-t-elle souffert, enfant, de la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9, de la violence morale et physique de ses deux parents. Elle a tout fait dit-elle, pour ne pas ressembler \u00e0 sa m\u00e8re, en se montrant pr\u00e9sente et attentive \u00e0 ses enfants, aimante autant qu\u2019elle le pouvait. Mais elle fait l\u2019amer constat qu\u2019elle se voit reproduire par moments des gestes, des paroles qui viennent de sa m\u00e8re. \u00ab Avec \u00c9lise (sa fille), je me retrouve au bout du compte \u00e0 fonctionner comme ma m\u00e8re alors que j\u2019ai voulu tout faire pour ne pas lui ressembler\u00bb. Il n\u2019est sans doute pas juste de dire que Mme M. fonctionne comme sa propre m\u00e8re. La violence dans laquelle elle est prise par moments n\u2019a pas la m\u00eame ampleur, ni en intensit\u00e9 ni en fr\u00e9quence, que celle qu\u2019elle a subie, mais elle fait le douloureux constat qu\u2019on ne se d\u00e9barrasse pas aussi facilement de ce qui nous a \u00e9t\u00e9 l\u00e9gu\u00e9 \u00e0 notre corps d\u00e9fendant, et que la volont\u00e9 pas plus que l\u2019amour pour son enfant ne constituent un rempart suffisant pour nous prot\u00e9ger de ce qui se r\u00e9p\u00e8te par la transmission.<\/em><\/p>\n<p>Souvent, lorsqu\u2019on oppose au mod\u00e8le parental qui nous a fait souffrir comme enfant, un contre-mod\u00e8le destin\u00e9 \u00e0 nous faire \u00e9chapper comme parent aux parents que nous avons eu, on fabrique \u00e0 notre insu les conditions de la r\u00e9p\u00e9tition m\u00eame.<\/p>\n<p>Si l\u2019on veut \u00e9chapper aux effets d\u00e9l\u00e9t\u00e8res de certaines transmissions, il ne sert \u00e0 rien de rejeter en bloc ce qui nous a \u00e9t\u00e9 transmis ou d\u2019imposer \u00e0 sa volont\u00e9 un contre-mod\u00e8le au mod\u00e8le qui a particip\u00e9 \u00e0 notre construction. Il faut non rejeter, mais accueillir ce qui nous a \u00e9t\u00e9 l\u00e9gu\u00e9 par l\u2019\u00e9ducation pour le mettre au travail, et lentement le refa\u00e7onner. Ce qui nous est transmis, qu\u2019on le veuille ou non nous constitue, est une partie de notre \u00eatre profond, une partie de notre identit\u00e9. On ne saurait le rejeter sauf \u00e0 nier une partie de soi-m\u00eame, \u00e0 se mutiler au fond.<\/p>\n<p>Par ailleurs, ce qui est transmis n\u2019a pas vocation a priori \u00e0 se reproduire \u00e0 l\u2019identique, de sorte qu\u2019il n\u2019y a nulle fatalit\u00e9 \u00e0 \u00eatre un \u00ab clone \u00bb de notre m\u00e8re ou de notre p\u00e8re. Pour cela, il faut assimiler ce qui nous est transmis, pas le rejeter ou le contrecarrer. Un psychologue un peu oubli\u00e9 de nos jours, Jean Piaget, utilisait une formule biologique assez parlante pour faire comprendre ce qu\u2019est le ph\u00e9nom\u00e8ne de l\u2019assimilation sur le plan psychologique. Lorsque nous mangeons du lapin, disait-il, notre corps ne se transforme pas en lapin, c&rsquo;est le lapin qui se transforme en notre corps. Eh bien, assimiler ce qui nous est transmis c\u2019est le transformer en quelque chose qui est nous. C\u2019est cette op\u00e9ration (complexe) que futur parent, ou parent, nous devons lentement (rien ne sert de courir\u2026), patiemment (\u00e7a, c\u2019est plus difficile \u00e0 accepter de nos jours) accomplir.<\/p>\n<p>Comment accomplir ce travail d\u2019assimilation ? Peut-\u00eatre en lisant les chapitres qui suivent, au gr\u00e9 de votre humeur, de vos interrogations, de votre curiosit\u00e9, sans chercher de r\u00e9ponses cl\u00e9s en main \u00e0 votre questionnement, sans chercher \u00e0 vouloir faire taire vos doutes. Ces doutes sont le sel de la vie psychique et ils contiennent bien plus de vertus que vous ne pouvez imaginer.<\/p>\n<p>NOTES<br \/>\n1. C\u2019est-\u00e0-dire les mod\u00e8les qu\u2019ont pu repr\u00e9senter les parents des futurs parents, ce qu\u2019ils ont eu aux yeux de ces futurs parents de positif ou de n\u00e9gatif, ce qu\u2019ils drainent d\u2019amour ou de haine, de l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 ou de pesanteur. Ainsi, tel p\u00e8re pourra-t-il souhaiter se comporter de fa\u00e7on tr\u00e8s diff\u00e9rente de ce qu\u2019il a v\u00e9cu avec son propre p\u00e8re, tel autre au contraire reproduire ce qu\u2019il a plus ou moins id\u00e9alis\u00e9 comme enfant ou adolescent de la posture paternelle ou maternelle. Telle m\u00e8re cherchera-t-elle \u00e0 r\u00e9parer, \u00e0 travers l\u2019amour qu\u2019elle donne \u00e0 son enfant, tout ce qu\u2019elle n\u2019a pas re\u00e7u de ses propres parents. Nous reviendrons plus bas sur cette question complexe autant que passionnante.<br \/>\n2. Qui, essayant de d\u00e9finir ce qu\u2019est le temps, \u00e9crivait : \u00ab Quand personne ne me le demande, je le sais. Qu&rsquo;on vienne \u00e0 m&rsquo;interroger l\u00e0-dessus, je me propose d&rsquo;expliquer et je ne sais plus \u00bb (Confessions, Livre XI, 14, 17).<br \/>\n3. Pour une \u00e9tude plus compl\u00e8te des d\u00e9terminants et des cons\u00e9quences de ce changement, le lecteur int\u00e9ress\u00e9 pourra se reporter \u00e0 deux articles : Gadeau L. (2015). \u00ab Vers une soci\u00e9t\u00e9 du narcissisme pervers \u00bb. Connexions, 2\/104, 165-176 ; Gadeau, L. (2015). \u00ab Acc\u00e9l\u00e9ration du changement et temporalit\u00e9 psychique : le glissement de l&rsquo;autorit\u00e9 institutionnelle vers la (d\u00e9)responsabilit\u00e9 individuelle \u00bb. Dialogue, 2\/208, 125-138.<br \/>\n4. Ce qui semble favoriser la fragilit\u00e9 des rites, c&rsquo;est qu&rsquo;on ne per\u00e7oit leur int\u00e9r\u00eat ou leur pouvoir structurant qu&rsquo;apr\u00e8s qu&rsquo;ils aient disparu. Dans la culture occidentale, lorsqu&rsquo;on est dans la pratique du rite, on ne per\u00e7oit pas le b\u00e9n\u00e9fice qu&rsquo;il engendre, on ne semble percevoir que son aspect contraignant.<br \/>\n5. Rendre compte de ce qu\u2019on entend par parole, ici, est peut-\u00eatre difficile en quelques mots. Disons qu\u2019il ne suffit pas de prononcer des phrases justes du point de vue grammatical ou simplement compr\u00e9hensibles pour l\u2019interlocuteur pour qu\u2019il y ait parole. La parole suppose un sens et un effet qui aillent au-del\u00e0 de l\u2019information d\u00e9livr\u00e9e ou re\u00e7ue. La parole modifie celui qui parle (par le fait d\u2019\u00eatre engag\u00e9 dans ce qu\u2019il dit) et\/ou celui qui re\u00e7oit ce qui est dit (par le fait qu\u2019il entend dans ce qui est dit quelque chose qui d\u00e9passe le message intentionnellement adress\u00e9). On pourrait faire une diff\u00e9rence entre causer et parler. Au bistrot, \u00e7a cause (beaucoup m\u00eame), mais le flot de paroles ne modifie gu\u00e8re celui qui parle, pas davantage le plus souvent que celui qui \u00e9coute. Vous pouvez retrouver les m\u00eames personnes huit jours, quinze jours ou un mois apr\u00e8s, elles se disent, accoud\u00e9es au comptoir, \u00e0 peu pr\u00e8s les m\u00eames choses, et ne sont nullement modifi\u00e9es par ce qu\u2019elles disent. Pourquoi ? Parce que ce qu\u2019elles ont \u00e0 dire n\u2019est pas adress\u00e9. C\u2019est dit \u00e0 qui veut bien l\u2019entendre. Parler suppose au contraire une adresse. Comme pour une lettre, il y a un destinataire. Mais, et c\u2019est l\u00e0 que \u00e7a se complique, si le destinataire n\u2019est pas choisi au hasard, c\u2019est qu\u2019il repr\u00e9sente un autre destinataire, mais celui-l\u00e0 ignor\u00e9 (par la conscience) du sujet qui parle.<br \/>\n6. Le mot \u00bb frustration \u00bb peut para\u00eetre un peu fort, mais on en comprendra le sens et la port\u00e9e si on l\u2019oppose au mot \u00ab privation \u00bb. La privation concerne le registre des besoins fondamentaux comme l\u2019alimentation, le sommeil, l\u2019attachement, la s\u00e9curit\u00e9 psychique, etc. La frustration porte sur un autre registre, celui des d\u00e9sirs (voir le chapitre 2). On ne saurait infliger des privations \u00e0 un enfant (pas plus qu\u2019\u00e0 un adulte d\u2019ailleurs). De telles pratiques tomberaient sous le coup de la loi. Ce serait de la maltraitance. La frustration est consubstantielle au d\u00e9sir, elle en constitue une des garanties vitales, parce qu\u2019elle donne des limites \u00e0 son acc\u00e8s. Ces limites, qui ne sont pas ni des emp\u00eachements ni des interdits absolus, donnent sa consistance et sa valeur au d\u00e9sir.<br \/>\n7. Et donc qu&rsquo;il devait assumer la d\u00e9ception fondamentale li\u00e9e \u00e0 sa condition d&rsquo;humain, \u00e0 savoir que personne, pas plus la meilleure des m\u00e8res que toute autre, n\u2019est et ne sera \u00e0 m\u00eame de combler en permanence ses attentes, ni apaiser totalement ses souffrances.<\/p>\n<p><strong>D\u00c9TAILS<\/strong><\/p>\n<p>ISBN\/EAN 978-2-84835-426-2<br \/>\n16,00 EUR<br \/>\n400 pages<br \/>\nFormat: 15 x 21 cm<br \/>\n6 septembre 2017<\/p>\n<p><strong>COMMANDE<\/strong><br \/>\n&#8211; <a href=\"http:\/\/www.inpress.fr\/livre\/etre-parent-aujourdhui\/\" target=\"_blank\">http:\/\/www.inpress.fr\/livre\/etre-parent-aujourdhui\/<\/a><\/p>\n<a href='http:\/\/twitter.com\/share' class='twitter-share-button' data-text='\u00catre parent aujourd&#039;hui.' data-url='https:\/\/www.psycho-ressources.com\/blog\/?p=9211' data-counturl='https:\/\/www.psycho-ressources.com\/blog\/etre-parent\/' data-count='horizontal' data-via='LesPSY'>Tweet<\/a>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00catre parent aujourd&rsquo;hui. Comment la psychologie peut vous aider au quotidien. Paris : Editions In Press. Ludovic Gadeau Docteur en psychopathologie Psychologue clinicien Psychoth\u00e9rapeute R\u00c9SUM\u00c9 Les repas, le coucher, les apprentissages scolaires, la t\u00e9l\u00e9vision ou les jeux vid\u00e9o, les soubresauts &hellip; <a href=\"https:\/\/www.psycho-ressources.com\/blog\/etre-parent\/\">Continuer la lecture <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[18,7,6],"tags":[77,685,2952,51,1101,171,2093,896,1157,25,2205,42,1250],"class_list":["post-9211","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-actualites-psychologie","category-livres","category-publications","tag-clinique","tag-education","tag-eduquer","tag-enfants","tag-infantile","tag-mere","tag-parental","tag-parents","tag-pere","tag-psychologie","tag-psychopathologie","tag-psychotherapie-2","tag-quotidien"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.psycho-ressources.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9211","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.psycho-ressources.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.psycho-ressources.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.psycho-ressources.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.psycho-ressources.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=9211"}],"version-history":[{"count":9,"href":"https:\/\/www.psycho-ressources.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9211\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":9223,"href":"https:\/\/www.psycho-ressources.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9211\/revisions\/9223"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.psycho-ressources.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=9211"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.psycho-ressources.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=9211"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.psycho-ressources.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=9211"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}