{"id":5957,"date":"2015-05-23T21:31:03","date_gmt":"2015-05-24T01:31:03","guid":{"rendered":"https:\/\/aws.psycho-ressources.com\/blog\/?p=5957"},"modified":"2015-05-24T09:34:55","modified_gmt":"2015-05-24T13:34:55","slug":"homme-qui-voulait-enfanter","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.psycho-ressources.com\/blog\/homme-qui-voulait-enfanter\/","title":{"rendered":"L&rsquo;homme qui voulait enfanter"},"content":{"rendered":"<p><strong><a href=\"https:\/\/aws.psycho-ressources.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/cover-homme-enfanter.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-5958\" title=\"cover-homme-enfanter\" src=\"https:\/\/aws.psycho-ressources.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/cover-homme-enfanter.jpg\" alt=\"\" width=\"234\" height=\"381\" \/><\/a>L&rsquo;homme qui voulait enfanter<\/strong><br \/>\n<em><strong>Raoul Garnier<\/strong><\/em><br \/>\nPr\u00e9face d&rsquo;Emmanuel Gratton<\/p>\n<p><span style=\"color: #888888;\">Vivre et l&rsquo;Ecrire<br \/>\nLITT\u00c9RATURE ROMANS, NOUVELLES QUESTIONS DE GENRE\u00a0<\/span><\/p>\n<p><strong>SOMMAIRE<\/strong><\/p>\n<p>R.G., homosexuel septuag\u00e9naire, est tenaill\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;obsession, voire jusqu&rsquo;au d\u00e9lire, par le d\u00e9sir d&rsquo;enfanter. Lui qui a aid\u00e9 ses \u00e9tudiants \u00e0 accoucher d&rsquo;eux-m\u00eames, qui a mis au monde des livres, reste sans descendant \u00e0 un \u00e2ge o\u00f9 l&rsquo;on est grand-p\u00e8re. Il sollicite son ami Killian -lui-m\u00eame p\u00e8re- pour l&rsquo;accomplissement de son v\u0153u. Apr\u00e8s moult r\u00e9sistances, Killian l&rsquo;exauce : il donne sa semence. R.G., au p\u00e9ril de sa vie,\u00a0tombe enceint&#8230; mais de quoi ? De qui ? Comment ? Ce roman met en sc\u00e8ne une situation subversive et transgressive de l&rsquo;ordre naturel et social.<\/p>\n<p><strong>L&rsquo;AUTEUR<\/strong><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/aws.psycho-ressources.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/photo-raoul-garnier.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright size-full wp-image-5962\" title=\"photo-raoul-garnier\" src=\"https:\/\/aws.psycho-ressources.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/photo-raoul-garnier.jpg\" alt=\"\" width=\"302\" height=\"214\" \/><\/a>Raoul Garnier est n\u00e9 en 1943 en Normandie. Apr\u00e8s un s\u00e9jour d&rsquo;une dizaine d&rsquo;ann\u00e9es en Afrique (Niger, C\u00f4te d&rsquo;Ivoire), il s&rsquo;installe en Touraine (1984). Il y poursuit sa carri\u00e8re professionnelle et exerce les fonctions de cadre sup\u00e9rieur de sant\u00e9 en milieu hospitalier et carc\u00e9ral. Aujourd&rsquo;hui \u00e0 la retraite, il se consacre \u00e0 l&rsquo;\u00e9criture. Apr\u00e8s Le Choix du fils (2008), L&rsquo;Amant du silence (2012), Raoul Garnier, avec L&rsquo;Homme qui voulait enfanter (2015) signe ici sa trilogie : \u00ab\u00a0Un fils entre p\u00e8re et m\u00e8re, entre amants et Dieu\u00a0\u00bb, l&rsquo;histoire d&rsquo;une vie chaotique entre autobiographie et fiction : la sienne.<\/p>\n<p><strong>PR\u00c9FACE<\/strong><\/p>\n<p><em><strong>Un fils entre p\u00e8re et m\u00e8re, entre amants et Dieu<\/strong><\/em><\/p>\n<p>Lorsque Raoul Garnier m\u2019a laiss\u00e9 son manuscrit L\u2019homme qui voulait enfanter\u2026, il m\u2019a demand\u00e9 simplement de lui dire ce que j\u2019en pensais. Il m\u2019avait contact\u00e9 parce qu\u2019il savait que j\u2019avais \u00e9crit sur L\u2019homoparentalit\u00e9 au masculin, le d\u00e9sir d\u2019enfant contre l\u2019ordre social (1)\u00a0 et s\u2019interrogeait sur la possible publication d\u2019un ouvrage qui t\u00e9moignerait d\u2019un homme\u2026 qui voulait enfanter. Bien conscient que cela puisse para\u00eetre une h\u00e9r\u00e9sie, il cherchait la caution d\u2019un esprit \u00ab scientifique \u00bb pour valider son projet. Il ne savait pas \u00e0 l\u2019\u00e9poque que je m\u2019int\u00e9ressais aussi aux romans autobiographiques et que ses livres, ce manuscrit \u00e9tant son troisi\u00e8me ouvrage, m\u2019int\u00e9ressaient au plus haut point. Je cherchais autant \u00e0 valider quelques id\u00e9es qui trainaient dans ma th\u00e8se que lui, \u00e0 valider les id\u00e9es \u00e9tranges d\u2019un \u00e9crivain prometteur. Il constituait pour moi le 28\u00e8me t\u00e9moin de ma population d\u2019enqu\u00eate m\u00eame si, d\u2019enfant, il n\u2019a pas vraiment eu.<\/p>\n<p>Raoul Garnier conclut ici une trilogie de trois ouvrages Le choix du fils, Le silence de l\u2019amant , L\u2019homme qui voulait enfanter\u2026 . Cette \u00ab trilogie \u00bb est autant \u00e0 entendre comme l\u2019expression de trois logiques que comme une s\u00e9rie de trois \u0153uvres inscrites dans une suite diachronique. Sa vie nourrit bien chacun de ses r\u00e9cits mais elle n\u2019en constitue pas une s\u00e9rie ou des \u00e9pisodes m\u00eame si on peut y reconna\u00eetre certains personnages, \u00e0 commencer par le personnage principal, l\u2019auteur lui-m\u00eame. Ce qui les lie n\u2019est pas tant li\u00e9 au sujet dont il s\u2019agit mais au sujet, l\u2019auteur, de qui il s\u2019agit. Les trois romans sont trois facettes d\u2019une m\u00eame histoire et d\u00e9notent davantage les processus identitaires \u00e0 l\u2019\u0153uvre,\u00a0 \u00e0 la crois\u00e9e du social et du psychique, le roman faisant n\u0153ud. L\u2019auteur, au fil de son \u00e9criture durant une dizaine d\u2019ann\u00e9es,\u00a0 a trouv\u00e9 sa voie\/sa voix dans le prolongement du roman qui l\u2019a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9.\u00a0<\/p>\n<p>Chaque livre met en jeu une trinit\u00e9 familiale, presque divine parfois, ou plus exactement ceux qui, pr\u00e9sents ou absents, ont compt\u00e9 principalement dans la vie de l\u2019auteur. Il\u00a0 repr\u00e9sente un mod\u00e8le familial classique, h\u00e9rit\u00e9 de l\u2019histoire sociale, de nombreuses religions, et m\u00eame de la psychanalyse : la triade \u00ab m\u00e8re, p\u00e8re, enfant \u00bb. Dans Le choix du fils, l\u2019auteur invoque beaucoup la relation avec sa m\u00e8re omnipr\u00e9sente et r\u00e9cemment d\u00e9c\u00e9d\u00e9e mais aussi celle avec son p\u00e8re, qu\u2019il n\u2019a jamais connu puisqu\u2019il est \u00ab mort \u00bb trois mois avant sa naissance. A la recherche de ses racines, il revisite ses branches maternelles et paternelles et questionne, dans un autre registre, l\u2019\u00e9volution de sa relation spirituelle avec Dieu, \u00ab Notre P\u00e8re qui est aux cieux \u00bb. L\u2019auteur se cherche donc. Son d\u00e9voilement suscite un repositionnement identitaire.<\/p>\n<p>Dans L\u2019Amant du silence, nous nous situons post\u00e9rieurement au Choix du fils mais il est aussi largement question de ce qui s\u2019est produit avant. Les amants dont il est question ont eu une relation passionnelle qui s\u2019est construite dans le temps, de la jeunesse \u00e0 \u00ab la mort \u00bb du personnage principal, m\u00eame s\u2019il s\u2019agit l\u00e0 probablement d\u2019un effet de style de l\u2019auteur qui symbolise par sa disparition dans le roman, les forces titanesques et thanatesques qui l\u2019assaillent dans sa vie r\u00e9elle. P\u00e8re est le statut aussi de cet amant, amant que l\u2019auteur a dissimul\u00e9 \u00e0 sa m\u00e8re.<br \/>\nDans L\u2019homme qui voulait enfanter\u2026, l\u2019auteur approche des 70 ans mais pr\u00e9tend devenir tout \u00e0 la fois, comme un p\u00e8re puisqu\u2019il est un homme, comme une m\u00e8re puisqu\u2019il veut enfanter et porter en son sein l\u2019enfant, exploit surnaturel qu\u2019il parviendra d\u2019une certaine mani\u00e8re \u00e0 concr\u00e9tiser\u2026<\/p>\n<p>La premi\u00e8re histoire raconte le fils, l\u2019enfant qu\u2019il a \u00e9t\u00e9, la seconde raconte l\u2019amant, le partenaire qu\u2019il a \u00e9t\u00e9, la troisi\u00e8me raconte le parent, p\u00e8re\/m\u00e8re qu\u2019il aurait aim\u00e9 \u00eatre. Il y a une suite g\u00e9n\u00e9a-logique dans la position de l\u2019auteur m\u00eame s\u2019il avait d\u00e9j\u00e0 60 ans lors du premier ouvrage. Chacun de ses \u00e9crits recouvre pratiquement la m\u00eame p\u00e9riode et constitue trois \u00e9tapes d\u2019un homme qui voudrait s\u2019enfanter, le premier par le d\u00e9voilement de son homosexualit\u00e9, le second par l\u2019\u00e9tablissement silencieux d\u2019une relation amoureuse et charnelle, tumultueuse et fid\u00e8le, le troisi\u00e8me par l\u2019expression du d\u00e9sir de procr\u00e9er et de donner naissance\u2026 \u00e0 un enfant mais aussi \u00e0 lui-m\u00eame. Il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019un cheminement de 11 ans entre p\u00e8re et m\u00e8re pour, selon l\u2019auteur, \u00ab r\u00e9parer son pass\u00e9, se lib\u00e9rer de culpabilit\u00e9s multiples, pour \u00eatre soi ! \u00bb. Il dit successivement qui il est, qui il aime, qui \u00ab h\u00e9riterait \u00bb de lui\u2026 en avan\u00e7ant graduellement du registre conscient au registre inconscient.<\/p>\n<p>Dans le premier opus on peut qualifier son roman d\u2019autobiographie : \u00ab r\u00e9cit r\u00e9trospectif en prose qu\u2019une personne r\u00e9elle fait de sa propre existence lorsqu\u2019elle met l\u2019accent particuli\u00e8rement sur sa vie individuelle, l\u2019histoire de sa personnalit\u00e9 \u00bb(2)\u00a0 . Raoul Garnier raconte qui il est et qui il a cach\u00e9 si longtemps\u2026 \u00e0 sa m\u00e8re surtout qui constitue sa seule famille mais aussi finalement\u00a0 \u00e0 la communaut\u00e9 des hommes. Il y interroge la place et le poids aussi de ce p\u00e8re disparu trois mois avant sa naissance. Raoul parle ici \u00e0 la premi\u00e8re personne du singulier \u00ab je \u00bb car il d\u00e9voile pr\u00e9cis\u00e9ment ce qu\u2019il a longtemps \u00ab tu \u00bb. L\u2019auteur s\u2019attarde sur son itin\u00e9raire, ses voyages et montre comment il devient visible. Son coming out, suite au d\u00e9c\u00e8s de sa m\u00e8re, le conduit \u00e0 reconsid\u00e9rer les liens d\u2019origine et l\u2019histoire familiale. La couverture du livre est un portrait de sa m\u00e8re, lorsqu\u2019elle avait 20 ans, dans une stature qui d\u00e9note une r\u00e9elle assurance.\u00a0 Elle porte les cheveux courts, \u00e0 la gar\u00e7onne. C\u2019est une photo d\u2019avant la naissance de l\u2019auteur qui cherche dans ses traits, l\u2019origine des liens qu\u2019il a tiss\u00e9s avec elle, ce qu\u2019elle est, elle aussi. Avec son d\u00e9c\u00e8s, l\u2019auteur fait l\u2019aveu qu\u2019il n\u2019a pu faire de son vivant, traduisant l\u2019ambivalence des sentiments, l\u2019identit\u00e9 r\u00e9elle d\u2019un enfant qui s\u2019affirme et se d\u00e9tache de l\u2019image qu\u2019il a jusqu\u2019alors donn\u00e9e de lui.<\/p>\n<p>Dans le deuxi\u00e8me opus qu\u2019on peut qualifier encore d\u2019autobiographie, m\u00eame si l\u2019auteur n\u2019est plus le narrateur, Raoul revisite ce qu\u2019ont \u00e9t\u00e9 ses amours. De son projet, il aurait pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 \u00e9crire\u00a0 Les Amants du silence mais le titre \u00e9voquait trop le roman de Charles de Foucauld (3)\u00a0. L\u2019Amant du silence peut s\u2019entendre comme triple, le sien puisqu\u2019il n\u2019est plus le narrateur tout en restant le personnage central, celui de son amant, cet homme mari\u00e9, avec des enfants, qui dissimule \u00e0 sa famille les liens qu\u2019il entretient avec Raoul, ou encore le leur, leur silence, puisque les ann\u00e9es se sont \u00e9coul\u00e9es parfois sans qu\u2019ils n\u2019aient eu aucune relation. Le d\u00e9voilement, initi\u00e9 par l\u2019auteur\/narrateur\/personnage central dans Le choix du fils est ici masqu\u00e9 par la mise en mots d\u2019un tiers intime, un amant qui parle de Raoul ou le fait parler.\u00a0 Le proc\u00e9d\u00e9 permet \u00e0 l\u2019auteur de prendre une distance par rapport \u00e0 lui-m\u00eame et de donner la parole \u00e0 celui qui curieusement fait silence sur son amour homo-\u00e9rotique tout comme l\u2019auteur l\u2019avait fait \u00e0 l\u2019\u00e9gard de sa m\u00e8re. Le Raoul du premier roman s\u2019attribue le pr\u00e9nom de Jean-Raoul dans le roman, Jean comme celui que lui aurait donn\u00e9 son p\u00e8re, Raoul comme celui que lui a finalement donn\u00e9 sa m\u00e8re. Raoul \u00e9tait aussi le pr\u00e9nom de son p\u00e8re, pr\u00e9nom dont il h\u00e9rite donc \u2026 comme pour assurer la continuit\u00e9 de la lign\u00e9e. Jean-Raoul, plut\u00f4t que Raoul est une mani\u00e8re de r\u00e9habiliter le p\u00e8re dans sa fonction de transmission et de quitter l\u2019homonymie confuse avec lui. Il participe d\u2019une r\u00e9habilitation du sujet \u00e0 sa place d\u2019enfant, de fils capable de quitter sa m\u00e8re qui l\u2019a d\u00e9j\u00e0 quitt\u00e9. La couverture du livre repr\u00e9sente la portrait d\u2019un bel homme, celui de l\u2019auteur lui m\u00eame \u00e0 20 ans. La photo s\u2019extrait d\u2019un cadre dont la vitre est bris\u00e9e pouvant t\u00e9moigner aussi bien de la rupture entre les amants que de l\u2019\u00e9cart qui existe entre les apparences et l\u2019\u00eatre profond. Il traduit aussi \u00ab la volont\u00e9 de sortir du cadre, des normes sociales, de les vaincre pour vivre en dehors de toute norme, de toute convention, en toute libert\u00e9 \u00bb. Il annonce d\u00e9j\u00e0 que son d\u00e9sir d\u00e9passe les conventions sociales. L\u2019amant de l\u2019auteur se cache derri\u00e8re le pr\u00e9nom d\u2019Isis, d\u00e9esse \u00e9gyptienne comme chacun sait. L\u2019auteur fait part aussi d\u2019autres aventures qu\u2019il a eues souvent avec des gens d\u2019\u00c9glises m\u00ealant ainsi le silence \u00e0 d\u2019autres loyaut\u00e9s et secrets. Jean Raoul, celui qui tient donc la plume, meurt dans le roman laissant Isis, comme dans la mythologie \u00e9gyptienne, s\u2019occuper des morts et des mots. Cette mort est bien entendu fictive mais elle est aussi la marque d\u2019une certaine r\u00e9alit\u00e9 pour l\u2019auteur qui, suite au d\u00e9c\u00e8s de sa m\u00e8re, ressent aussi le poids de l\u2019existence, le sentiment peut-\u00eatre d\u2019avoir manqu\u00e9 sa vie affective, de n\u2019avoir pas d\u2019enfant et de se retrouver seul. Il franchit l\u00e0 cependant un cap, s\u2019\u00e9loignant de plus en plus de la r\u00e9alit\u00e9 visible pour se rapprocher de sa v\u00e9rit\u00e9 invisible. Un certain Jean-Luc, myst\u00e9rieux, est mentionn\u00e9 sur son r\u00e9pondeur comme vivant avec lui. Le d\u00e9voilement autobiographique du premier roman se recouvre donc d\u2019un voile o\u00f9 faits et fictions se m\u00ealent, comme pour rhabiller un sujet qui s\u2019est trop mis \u00e0 nu ou pour acc\u00e9der finalement \u00e0 une v\u00e9rit\u00e9 plus profonde du sujet.<br \/>\nCette d\u00e9marche initi\u00e9e conduit l\u2019auteur \u00e0 ce troisi\u00e8me opus L\u2019homme qui voulait enfanter\u2026 o\u00f9 il s\u2019agit l\u00e0 vraiment d\u2019un roman personnel, d\u2019une autofiction (4)\u00a0 selon l\u2019invention de Serge Doubrovsky.\u00a0 Il laisse \u00ab une place pr\u00e9pond\u00e9rante \u00e0 l\u2019expression de l\u2019inconscient dans le r\u00e9cit de soi. \u00bbApr\u00e8s avoir voulu mourir et \u00eatre mort litt\u00e9rairement parlant, voil\u00e0 Raoul qui veut enfanter. Le r\u00e9cit proc\u00e8de ici \u00e0 un retour en arri\u00e8re dans la diachronie mais \u00e0 une avanc\u00e9e dans le sujet trait\u00e9. La parole est laiss\u00e9e cette fois ci \u00e0 Killian dont le pr\u00e9nom d\u2019origine celtique r\u00e9sonne davantage dans notre modernit\u00e9 que celui d\u2019Isis. Il est d\u2019ailleurs cuisiniste-designer et sonne le r\u00e9veil, voire la r\u00e9surrection de Raoul, qui se fera appeler alors Herg\u00e9\/R.G. dans le roman, en \u00e9cho au papa de Tintin et \u00e0 tous ces secrets, secrets que Serge Tisseron s\u2019est employ\u00e9 lui aussi \u00e0 d\u00e9plier chez Herg\u00e9. R.G. veut une nouvelle cuisine pour remplacer, en quelque sorte, l\u2019ancienne, celle de sa m\u00e8re. Outre le fait que la cuisine d\u00e9signe \u00e0 la fois la salle r\u00e9serv\u00e9e \u00e0 la pr\u00e9paration des plats, la pr\u00e9paration des plats et le plat lui-m\u00eame &#8211; le lieu, l\u2019art et le produit &#8211; on peut s\u2019interroger sur ce qu\u2019Herg\u00e9 mijote en changeant de cuisine. Il fait bien mariner le lecteur !<br \/>\nIl va se lier d\u2019amiti\u00e9 avec ce Killian, homme mari\u00e9, comme Isis donc,\u00a0 et qui vient d\u2019avoir une enfant. Killian se laisse apprivoiser par ce R.G., de 33 ans son ain\u00e9, et aussi par ses confidences et fantasmes. R.G. ne veut pas seulement une cuisine am\u00e9nag\u00e9e mais un enfant, pas seulement l\u2019avoir mais l\u2019enfanter. L\u2019histoire est tellement \u00ab grosse \u00bb qu\u2019il finit par en \u00eatre troubl\u00e9, d\u00e9contenanc\u00e9. R.G veut \u00eatre p\u00e8re, certes, mais aussi m\u00e8re, r\u00e9unir en son sein l\u2019X et l\u2019Y pour donner la vie, porter l\u2019enfant\u2026 enfanter, c\u2019est-\u00e0-dire engendrer, accoucher, mettre au monde. Le choix du terme est prodigieux car il t\u00e9moigne d\u2019un d\u00e9sir tr\u00e8s pr\u00e9cis, d\u2019un moment qui permet le saut g\u00e9n\u00e9rationnel. Ce d\u00e9sir d\u2019enfant (er) est un d\u00e9sir ontologique qui d\u00e9fie les lois de la nature, qui n\u2019a ni sexe, ni genre, ni \u00e2ge et dont bien des auteurs comme Bernard This (5)\u00a0, Genevi\u00e8ve Delaisi de Parseval (6)\u00a0, Fran\u00e7oise Hurstel (7)\u00a0 ont fait l\u2019examen.<br \/>\nKillian, le narrateur de cette histoire, ne voit pas tr\u00e8s bien ce qu\u2019il a \u00e0 voir dans cette affaire. De son c\u00f4t\u00e9, il a bien \u00e9prouv\u00e9 aussi quelques signes de couvade lors de la grossesse de son \u00e9pouse mais il reste intrigu\u00e9, troubl\u00e9 par le s\u00e9rieux avec lequel R.G. le sollicite pour contribuer \u00e0 ce projet. Killian finira pourtant par exaucer, apr\u00e8s bien des r\u00e9sistances, les v\u0153ux de R.G. Il donnera sa semence, et celui-ci sera effectivement enceint\u2026 mais de quoi ? De qui ? Comment ?<br \/>\nLe lecteur, qui a lu les deux premiers romans, est conduit, lui aussi, \u00e0 suivre les frasques de son auteur qui, \u00e0 travers son personnage central, Raoul, Jean-Raoul, Herg\u00e9 exprime de plus en plus les tr\u00e9fonds de son \u00e2me. Il se fait mourir dans le deuxi\u00e8me opus, il devient enceint dans le troisi\u00e8me. Si l\u2019on suit \u00e0 la lettre ce chemin, cela n\u2019a aucun sens qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019ailleurs de la raison comme de l\u2019axe du temps. Si l\u2019on suit les mouvements psychiques de l\u2019auteur, on ne peut qu\u2019\u00eatre surpris au contraire de sa logique dynamique, \u00e9conomique et topique. La fiction est l\u00e0 non plus pour articuler une logique des faits biographiques, m\u00eame si elle \u00e9chappe en partie aussi \u00e0 l\u2019auteur, mais pour (re) construire ce qui constitue les remords et les regrets d\u2019une existence. Les voies du d\u00e9sir empruntent les chemins de traverse que les voies terrestres ignorent. Etre p\u00e8re et m\u00e8re \u00e0 la fois, le devenir \u00e0 70 ans par l\u2019intercession de la semence d\u2019un autre homme, conteste aussi bien l\u2019ordre naturel que l\u2019ordre symbolique mais par le jeu d\u2019\u00e9criture, \u00e0 l\u2019image de celle de Jean Schlumberger dans L\u2019inqui\u00e8te paternit\u00e9 (8)\u00a0, l\u2019improbable devient presque possible. Raoul Garnier trouve le moyen de construire cette intrigue de telle sorte qu\u2019il entraine le lecteur dans cette aventure, de plus en plus m\u00e9dus\u00e9. La couverture du livre choisi par Raoul Garnier montre une statuette sans ventre, comme l\u2019envers pr\u00e9cis\u00e9ment de ce qu\u2019il pr\u00e9tend vouloir devenir dans son titre. La statuette est \u00ab abstraite \u00bb contrairement au portrait de sa m\u00e8re et de lui-m\u00eame \u00e0 20 ans dans les deux premi\u00e8res autobiographies. Le ventre est \u00ab vide \u00bb pour t\u00e9moigner de la vacuit\u00e9 paternelle mais le nom de Raoul Garnier est pass\u00e9 cette fois ci au-dessus du titre du livre, contrairement aux deux pr\u00e9c\u00e9dents ouvrages, comme s\u2019il s\u2019accomplissait pleinement ici en tant qu\u2019auteur de sa vie. L\u2019enfantement est une op\u00e9ration qui transforme l\u2019enfanteur par enchantement.\u00a0<\/p>\n<p>Le d\u00e9sir d\u2019enfant d\u2019R.G., sous la plume de Raoul Garnier, semble tellement fort que le lecteur se laisse prendre par ses fantasmes et la force de son d\u00e9-lire : R.G. n\u2019a ni le sexe, ni la sexualit\u00e9, ni l\u2019\u00e2ge pour enfanter mais il est pr\u00eat \u00e0 renverser les lois humaines et celles de la culture par les forces pulsionnelles, Eros et Thanatos, de son d\u00e9sir tout-puissant, celle qu\u2019on retrouve aussi dans les mythes, grecs ou romains, avec Zeus ou Jupiter, mais de mani\u00e8re encore plus extraordinaire dans la mythologie inuit rapport\u00e9e par Bernard Saladin d\u2019Anglure : \u00ab Les deux premiers humains sortirent de deux petites buttes de terre sous forme de deux m\u00e2les adultes. Ils voulurent bient\u00f4t se multiplier et l\u2019un deux mit l\u2019autre enceint. Quant la grossesse vint \u00e0 son terme, ils constat\u00e8rent l\u2019incapacit\u00e9 d\u2019accoucher de l\u2019homme enceint. Son compagnon provoqua par un chant magique la r\u00e9sorption de son p\u00e9nis et une ouverture de son p\u00e9rin\u00e9e, le transformant en femme, la premi\u00e8re femme. Celle ci accoucha bient\u00f4t d\u2019un fils. D\u2019eux, sont issus, dit-on, tous les Inuit. \u00bb(9)\u00a0 .<\/p>\n<p>La mythologie reste cependant du domaine des Dieux. Dans l\u2019histoire de R.G., la grossesse est soudainement interrompue par le verdict scientifique. Cette folie d\u2019un d\u00e9sir va \u00eatre stopp\u00e9e nette par le retour brutal \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9. Vouloir enfanter quand tout s\u2019y oppose conduit \u00e0 la mort. A vouloir jouer les dieux, les hommes se condamnent. On retrouve dans L\u2019homme qui voulait enfanter la m\u00eame sanction que celle qui pr\u00e9side \u00e0 L\u2019inqui\u00e8te paternit\u00e9, il ne saurait y avoir de transgressions sexu\u00e9es et sexuelles dans la logique procr\u00e9ative. Bien qu\u2019R.G. pense dans un premier temps avoir \u00e9t\u00e9 victime d\u2019un \u00ab infanticide \u00bb m\u00e9dical, il admet finalement l\u2019explication scientifique du corps m\u00e9dical Me voil\u00e0 comme ce docteur\u00a0 P. \u00e0 tenter de comprendre la situation, \u00e0 chercher une explication scientifique et humaine\u00a0 \u00e0 cette aventure : \u00ab Pour qui donne sens \u00e0 ce qui lui arrive, la maladie cherche \u00e0 nous gu\u00e9rir ! Elle est opportunit\u00e9, chance dans notre parcours de vie. Elle est l\u00e0 pour nous permettre de cro\u00eetre spirituellement ! \u00bb.<\/p>\n<p>C\u2019est en lisant entre les lignes, par l\u2019analyse des m\u00e9taphores et des m\u00e9tonymies, des mythes et des l\u00e9gendes, des faits et des fictions, que le lecteur peut trouver la logique de cette trilogie qui est moins \u00e0 chercher dans la succession des r\u00e9cits que dans le parcours de son auteur qui passe du d\u00e9voilement autobiographique \u00e0 l\u2019autofiction narrative. Elle se niche dans le jeu d\u2019\u00e9criture, des ombres et des lumi\u00e8res de son auteur. Au d\u00e9voilement de l\u2019identit\u00e9 cach\u00e9e succ\u00e8de l\u2019expression d\u2019un amour silencieux qui permet d\u2019exprimer le d\u00e9sir souterrain et tabou d\u2019un homme qui aurait voulu enfanter.\u00a0 L\u2019autofiction dit bien davantage encore que l\u2019autobiographie, elle rend compte de ce qui ne peut arriver dans la vie mais qui se trame dans l\u2019arri\u00e8re-cuisine de nos esp\u00e9rances secr\u00e8tes.<\/p>\n<p><em><strong>Emmanuel Gratton<\/strong><\/em><br \/>\nMa\u00eetre de conf\u00e9rences, psychologue et sociologue clinicien<br \/>\nUniversit\u00e9 d\u2019Angers<\/p>\n<p>NOTES<br \/>\n1. Gratton Emmanuel, L\u2019homoparentalit\u00e9 au masculin, le d\u00e9sir d\u2019enfant contre l\u2019ordre social, PUF, 2008<br \/>\n2. Lejeune Philippe, Le pacte autobiographique, Seuil, 1975,(coll. \u00ab\u00a0Po\u00e9tique\u00a0\u00bb)<br \/>\n3. Durel Alain, Les amants du silence &#8211; Le roman de Charles de Foucauld, Ed.\u00a0 L\u2019\u0153uvre, 2009<br \/>\n4. Doubrovski Serge, Fils, Galil\u00e9e, 1977<br \/>\n5. This Bernard, Le p\u00e8re : acte de naissance, Ed. du Seuil, 1980<br \/>\n6. Delaisi de Parseval Genevi\u00e8ve, La part du p\u00e8re, Ed. du Seuil, 1981<br \/>\n7. Hurstel Fran\u00e7oise, Identit\u00e9 masculine, inversion des r\u00f4les parentaux, fonction paternelle<br \/>\nIn Le p\u00e8re, l&rsquo;homme et le masculin en p\u00e9rinatalit\u00e9, ERES, 2003<br \/>\n8. Schlumberger Jean, L\u2019inqui\u00e8te paternit\u00e9, NRF, 1911<br \/>\n9. Saladin d\u2019Anglure Bernard, Le troisi\u00e8me sexe, La recherche, N\u00b0 245, 1992<\/p>\n<p><strong>D\u00c9TAILS<\/strong><br \/>\nISBN : 978-2-343-06067-5<br \/>\n2 mai 2015<br \/>\n182 pages<br \/>\nPrix \u00e9diteur : 16,63 \u20ac<br \/>\nPOUR COMMANDER &#8211; <a href=\"http:\/\/www.editions-harmattan.fr\/index.asp?navig=catalogue&amp;obj=livre&amp;no=47084\">http:\/\/www.editions-harmattan.fr\/index.asp?navig=catalogue&amp;obj=livre&amp;no=47084<\/a><\/p>\n<p><strong>DU M\u00caME AUTEUR<\/strong><\/p>\n<p><em><strong>Le choix du fils<\/strong><\/em><br \/>\nSOMMAIRE: \u00ab\u00a0L\u2019auteur, fils unique, enfant posthume, sous l\u2019emprise affective de sa m\u00e8re et sous le mensonge d\u2019une vie qu\u2019il lui consacre, \u00e9touffe dramatiquement. Au d\u00e9c\u00e8s de sa m\u00e8re, il a soixante ans. Poss\u00e9d\u00e9 par un imp\u00e9rieux besoin d\u2019authenticit\u00e9 pour exister, enfin, il \u00e9crit le Choix du fils, r\u00e9cit de sa qu\u00eate identitaire et spirituelle. Il r\u00e9v\u00e8le son homosexualit\u00e9, entrave \u00e0 une relation loyale envers sa m\u00e8re et obstacle \u00e0 un cheminement vers Dieu. D\u00e9sormais sans parent, il recherche sa famille paternelle \u2013 elle lui est inconnue \u2013 et oeuvre pour un rapprochement avec la parent\u00e8le maternelle. D\u00e9marche de deuil et de v\u00e9rit\u00e9, d\u00e9marche de pardon et de r\u00e9conciliation avec soi, les siens, \u00ab ses hommes \u00bb et Dieu, ce livre retrace le cheminement d\u2019une r\u00e9silience.\u00a0\u00bb Par Raoul Garnier, \u00c9dition de l&rsquo;Harmattan.<br \/>\n&#8211; <a href=\"https:\/\/www.psycho-ressources.com\/bibli\/choix-du-fils.html\">https:\/\/www.psycho-ressources.com\/bibli\/choix-du-fils.html<\/a><\/p>\n<p><em><strong>L&rsquo;Amant du silence<\/strong><\/em><br \/>\nSOMMAIRE: Pr\u00e9sentation de \u00c9lisabeth Gontier, Docteur en psychologie &#8211; \u00ab\u00a0L\u2019Amant du silence n\u2019est pas une autobiographie mais une \u00ab auto-fiction \u00bb, selon le terme si justement choisi par son pr\u00e9facier, F. T\u00e9zenas Dumontcel. C\u2019est ce qui autorise l\u2019exercice de psychanalyse de la litt\u00e9rature que l\u2019on pourra lire dans les lignes qui suivent et dont il importe de resituer les limites : il ne s\u2019applique pas \u00e0 la personne r\u00e9elle de Raoul Garnier dont l\u2019intimit\u00e9 restera ainsi pr\u00e9serv\u00e9e, mais bien au r\u00e9cit imaginaire qu\u2019il a cr\u00e9\u00e9. Le premier \u00e9clairage \u00e0 apporter concerne le nom d\u2019Isis. L\u2019auteur confirme qu\u2019il l\u2019a choisi pour le narrateur de l\u2019histoire en fonction de sa sonorit\u00e9 \u00e9voquant un pass\u00e9 intime partag\u00e9 avec lui, sans volont\u00e9 de r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la d\u00e9esse d\u2019\u00c9gypte. Quelques correspondances remarquables pourraient toutefois venir enrichir notre compr\u00e9hension de ce texte complexe \u00e0 la fois dans sa structure et dans la mati\u00e8re humaine qu\u2019il explore. Certes, Isis est une d\u00e9esse et le personnage d\u2019Isis est clairement masculin, malgr\u00e9 sa bisexualit\u00e9. Cependant, il est possible de comparer l\u2019action de la d\u00e9esse, qui par son amour redonne vie \u00e0 son \u00e9poux et fr\u00e8re Osiris, \u00e0 celle du notable normand qui mobilise \u00ab \u00c9ros au secours de Thanatos \u00bb dans sa rencontre avec un Jean-Raoul vieillissant et d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9, puis qui le fait vivre par-del\u00e0 la mort en publiant ses \u00e9crits posthumes, le ressuscitant pour ainsi dire. Comment encore ne pas faire le parall\u00e8le entre la d\u00e9esse qui se lance dans une recherche vou\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9chec du phallus perdu de son mari, et l\u2019Isis de cette auto-fiction, qui tente en vain de ranimer le d\u00e9sir de son amant ?\u00a0\u00bb Par Raoul Garnier, \u00c9ditions l&rsquo;Harmattan, France.<br \/>\n&#8211; <a href=\"https:\/\/www.psycho-ressources.com\/bibli\/amant-du-silence-temoignage.html\">https:\/\/www.psycho-ressources.com\/bibli\/amant-du-silence-temoignage.html<\/a><\/p>\n<a href='http:\/\/twitter.com\/share' class='twitter-share-button' data-text='L&#039;homme qui voulait enfanter' data-url='https:\/\/www.psycho-ressources.com\/blog\/?p=5957' data-counturl='https:\/\/www.psycho-ressources.com\/blog\/homme-qui-voulait-enfanter\/' data-count='horizontal' data-via='LesPSY'>Tweet<\/a>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;homme qui voulait enfanter Raoul Garnier Pr\u00e9face d&rsquo;Emmanuel Gratton Vivre et l&rsquo;Ecrire LITT\u00c9RATURE ROMANS, NOUVELLES QUESTIONS DE GENRE\u00a0 SOMMAIRE R.G., homosexuel septuag\u00e9naire, est tenaill\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;obsession, voire jusqu&rsquo;au d\u00e9lire, par le d\u00e9sir d&rsquo;enfanter. 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