Cette lecture professionnelle du livre intitulé Défi à la pudeur, quand la pornographie devient l’initiation sexuelle des jeunes de Gérard Bonnet, se veut un résumé quant aux 3 éléments qui m’ont le plus intéressée.
TROIS PRINCIPAUX ÉLÉMENTS :
1- REGARD DE L’AUTRE;
2- REGARD DU MONDE;
3- LA VISION DU SEXE ET CLIVAGE.
1- REGARD DE L'AUTRE:
Par l’entremise de ses expériences thérapeutiques, Bonnet nous fait part que tout exhibitionniste, à un moment ou l’autre de sa thérapie, projettera la responsabilité de ses actes sur l’autre. Selon le patient, c’est le regard de l’autre qui serait responsable du dévoilement de son sexe. Afin d’appuyer ses dires, il peut même raconter comment s’est passé la première fois où il a été surpris par le regard de l’autre lorsqu’il était en train d’uriner ou de se déshabiller. Selon l’auteur, cette situation serait soudainement arrivée à un moment difficile, une crise, une remise en question. Elle aurait alors provoqué chez le patient une réaction d’angoisse et celle d’exhibition par la suite. À l’en croire, le regard de l’autre a été l’élément déclencheur de son acte d’exhibition, il en serait donc devenu pour l’exhibitionniste l’agresseur et non l’agressé. Ainsi, par réaction à ce qu’il a vécu, l’exhibitionniste s’impose au regard de l’autre. Ceci démontre bien que la situation du passée n’est pas survenue à n’importe quel moment : c’était un moment de crise. Il s’est alors vu agressé au plus profond de lui-même. Afin de se sortir glorieux de cette situation passée, l’individu ressent le besoin de s’affirmer dans son identité pour réaffirmer sa toute-puissance phallique. L’important selon Bonnet est de reconstituer ce qui est à la source de cet effroi.
2- REGARD DU MONDE:
L'argumentation de Gérard Bonnet tient bien la route. En effet, dans son livre, l’auteur souligne que nous vivons dans une société profondément exhibitionniste, où chacun est tenu, s'il veut la moindre parcelle de pouvoir ou de simple reconnaissance sociale, de se faire voir, quitte à se fabriquer une image. Mais s’exhiber ainsi dans l’ultime but de prendre sa place à l’intérieur de la communauté n’est pas sans conséquence. Et là, Bonnet est très convaincant. Selon lui, l’exhibitionnisme pornographique est à la lumière de la complexité du monde dans lequel nous vivons. Comme défense au regard du monde, l’exhibitionnisme pornographique social est le reflet d’une société de consommation, de marchandage et de performance où les individus sont contraints à se conformer à des exigences sociales et professionnelles de plus en plus difficile. En réaction à ce manque de repère, les individus s’efforcent de miser sur ce qu’ils ont de plus intime : le sexe. En se rabattant sur la vision du sexe, en réduisant ainsi l’homme en un seul organe, l’exhibitionnisme pornographique social rend alors de plus en plus aveugle le regard de ceux qui l’organisent et l’entretiennent. En étant ainsi plus aveugles, ils confondent l’agresseur et l’agressé, et rabattent ainsi les conséquences de leur effroi sur les jeunes, donc sur la génération future. Mais l’impact de ces images pornographiques chez les jeunes et les enfants est le but inconsciemment recherché. C’est l’assouvissement d’une jouissance perverse. Le dieu Phallus dévore ainsi ses enfants.
3- VISION DU SEXE ET CLIVAGE:
Les significations inconscientes de l’exhibitionnisme sont intrinsèquement liées à l’identité de genre. En effet, l’anxiété de castration qui est en lien avec le conflit oedipien révèle chez le garçon une peur fantasmatique de perdre son pénis et une fragilité quant à son sentiment de masculinité. Cette peur de perdre son pénis, symbole de masculinité, et d’être engloutie par la fusion première, c’est-à-dire l’orbite maternelle, est l’expression d’une peur inconsciente de perdre son identité personnelle, donc d’être féminisé. Ceci réduit l’individu mâle à focaliser sur son pénis et à assimiler la masculinité à la toute-puissance phallique. L’angoisse associée à la vision du sexe féminin ne peut être surmonté qu’en ressortant glorieux de ce traumatisme. Le pervers répond alors par un trop d’excitation et de plaisir.
L’angoisse inconsciente qui relève de l’anxiété de castration a fait prendre conscience à l’individu de la différence des sexes. Mais ceci a créé chez lui un trop d’angoisse à la vue de ce sexe « castré ». Ceci amène donc au clivage. Effectivement, son moi est coupé en deux : d’un côté, il reconnaît la différence sexuelle entre l’homme et la femme, et de l’autre, la vision du sexe féminin lui a donné cette impression insurmontable qu’il y a un manque, une absence. Ce clivage est un moyen de protection, une façon de maintenir l’angoisse refoulée. Le secret est donc le refoulement. Ainsi, selon l’auteur, le fait de s’exhiber serait pour l’exhibitionniste un véritable défi à la pudeur qu’il se lance à lui-même, voir à une autre partie de lui-même.
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