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COURRIERPSY no. 20050819073906 ajouté le 19/08/2005
Quels sont les traitements efficaces de la dysmorphophobie?

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LA QUESTION
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Une-question-de: rose
Ville: montréal
Province: québec
Pays: canada

Voici-ma-question:

Mis à part les médicaments et la thérapie cognitive comportementale existe-t-il d'autres traitements efficaces de la dysmorphophobie?

Et-quelques-explications:

Souffrant de dysmorphophobie "atypique" (sans compulsions et sans phobie sociale, je suis simplement "mal à l'aise" dans mon corps) et ayant tenté la thérapie cognitive comportementale et les médicaments, je désire savoir s'il existe d'autres solutions. Je précise que les médicaments et la thérapie ont eu un effet mais pas suffisant à mon goût. Je me propose de consulter de nouveau un psy mais je reste sceptique, ayant ce problème depuis plus de 10 ans et réalisant que seule une prise de conscience "émotionnelle" fait une différence puisque mes progrès "rationnels" ne suffisent pas. J'ai connu mes plus grands progrès hors du bureau du psy et du médecin, en réalisant simplement que je n'avais pas besoin de me rendre misérable pour mon apparence physique d'autant plus qu'elle est tout à fait correcte.

Comment faire un nouveau pas en avant et me débarassser enfin de cette obsession qui me gâche la vie?

Rose

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LA RÉPONSE
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Où l'on voit qu'une question en apparence simple renvoie à une problématique complexe, donc sans réponse simple...

Pour tenter de répondre à la question posée, on peut dire qu' il existe effectivement d'autres traitements que ceux cités, qui sont potentiellement efficaces vis à vis de la dysmorphophobie comme vis à vis d'autres troubles, cela même si une certaine presse, prompte à tenir des propos réducteurs, affirme parfois le contraire...

Posons clairement le cadre : le champ des psychothérapies n'échappe pas aux polémiques qui agitent la plupart des milieux scientifiques, ce qui veut dire que les avis concernant les questions importantes sont la plupart du temps partagés (toute l'affaire du récent rapport de l'INSERM en France, en témoigne amplement parmi d'autres ...). Par conséquent, il conviendrait de se tenir toujours à la bonne distance vis à vis des partis-pris et des biais qui sont au principe de nombreuses déclarations et autres évaluations ...

Plus concrètement, comme cela vient d'être évoqué, il faudrait savoir (et dans certains cas admettre...) que plusieurs traitements, hormis les psychothérapies cognitivo-comportementales et les médicaments, sont potentiellement efficaces vis à vis de nombreux troubles (dont la dysmorphophobie...), notamment les thérapies d'inspiration psychanalytique, les thérapies systémiques, et les thérapies intégratives ...

La diversité des outils existants ne simplifie pas bien entendu le choix pour la personne souffrante ... mais d'un autre point de vue, c'est une richesse qui offre autant de chances potentielles de résoudre une difficulté.

Il y a plusieurs facteurs importants dans une démarche de psychothérapie : le patient, son entourage, la problématique à traiter, le contexte "élargi" de la démarche, le thérapeute, et enfin le modèle théorique et technique utilisé par ce dernier... Brièvement, c'est de l'interaction de ces différents facteurs qu'émerge le résultat...

En ce qui concerne les modèles évoqués, il est hors de doute qu'ils sont suffisamment nombreux, pertinents et approfondis, pour présenter les garanties d'efficacité potentielle requises...(précisons au passage que rares sont les thérapeutes qui utilisent des modèles "purs"...).
Cependant tout dépend ensuite du thérapeute. En d'autres termes, pour employer une image, un modèle n'est rien indépendamment des mains dans lesquels il se trouve... Chaque thérapeute a en effet une manière personnelle (ou plus exactement idiosyncrasique), d'intégrer les connaissances émanant des théories et des techniques qu'il a étudiées.

Cela étant, sans pouvoir entrer dans les détails, aucune école, aucun courant de pensée n'a été créé en vue de résoudre exclusivement un ou plusieurs types de problèmes particuliers. Les modèles utilisés renvoient à des théories générales du fonctionnement psychique et de ses dysfonctionnements (psychopathologie), théories qui englobent à la fois la description, l'explication de la plupart des troubles ou des catégories de troubles, et enfin les modalités de leur résolution ...
C'est pourquoi aucune des psychothérapies qui sont des outils dérivés de ces théories, n'est en elle-même meilleure ou moins bonne qu'une autre pour résoudre tel ou tel type de problème ...

Cela dit, l'un ou l'autre modèle peut par contre s'avérer clairement plus indiqué ou plus recommandable selon les cas... nous en revenons ici aux autres facteurs cités.
Ainsi, ce qui détermine le choix d'un modèle, c'est souvent le patient lui-même (c'est à dire ses croyances et son savoir préalables notamment, toutes choses basées sur ses expériences personnelles), mais ce peut être aussi, au moins pour partie, son entourage, ou enfin le contexte "élargi" dans lequel il évolue... Voyons quelques cas.

Il est clair par exemple que si le patient est persuadé qu'il est seul responsable de son état, et/ou qu'il doit trouver les solutions en lui-même exclusivement... il conviendra qu'il entame une démarche strictement individuelle, au moins dans un premier temps... Ainsi, le fait que cette démarche soit analytique, systémique, cognitivo-comportementaliste, ou intégrative, importe moins que la réalité subjective et le vécu expérientiel qui s'y rattachent ...

Autre exemple, si l'entourage est fermé ou réfractaire à l'idée qu'il peut être en cause dans ce qui arrive au patient... une thérapie systémique dans laquelle des personnes de l'entourage assistent aux séances et sont amenées à se remettre en questions, ne sera pas indiquée... de même, si l'état des relations familiales ou conjugales ne le permet pas, pour toute autre raison ...

Autre cas : il arrive fréquemment que le choix d'une thérapie soit effectué sur la base d'une recommandation d'un(e) ami(e) ou d'une connaissance, d'un médecin, d'un instituteur, ..., toutes personnes qui exercent une influence directe ou indirecte, et qui ont elles-mêmes la plupart du temps des a-priori, c'est à dire des croyances et des connaissances plus ou moins justes et approfondies en la matière...

Enfin, il y a aussi des questions pratiques (proximité des structures, coût,...) qui déterminent souvent le choix d'un établissement ou d'un cabinet plutôt que d'un autre...

Quoi qu'il en soit, on n'insitera jamais assez sur le fait que le ressenti de la personne en thérapie est tout à fait primordial, puisque c'est pour elle-même qu'elle effectue cette démarche... L'important est qu'elle se sente en confiance et à l'aise avec le thérapeute (ce qui n'exclut pas qu'il y a parfois certains flous, certaines incompréhensions ou certains malentendus, qui doivent être dissipés dans toute la mesure du possible)...

La relation doit être suffisamment forte pour être efficiente, or c'est là une question tout à fait personnelle dans laquelle interviennent des facteurs à la fois conscients et inconscients...c'est pourquoi on parle parfois à juste titre, de la difficulté qu'il peut y avoir à rencontrer "la bonne personne"...
Quoi qu'il en soit, tant que des progrès apparaissent sur le plan conceptuel ou factuel (hormis certaines interruptions ponctuelles qui peuvent survenir...), il est intéressant de continuer dans la même démarche...

Sans entrer plus loin dans les détails, une thérapie est souvent un cheminement long, délicat et parfois aussi difficile... à la mesure de ses enjeux devrait-on dire ... mais les résultats quand ils sont là, sont d'autant plus satisfaisants...le plus important à cet égard est donc pour le patient, de continuer à chercher et de ne jamais désespérer de trouver la(les) solution(s) appropriée(s)...

Pour en revenir à la situation décrite par Rose, il est à préciser que l'émotionnel et le rationnel sont étroitement imbriqués... ce sont les pensées et les croyances dysfonctionnelles qui déclenchent les émotions négatives... (inversement, les pensées positives déterminent des émotions de même nature). Ici, d'après ce qui est expliqué, c'est bien une prise de conscience d'ordre rationnel, un réajustement positif des pensées, qui a déterminé un soulagement émotionnel, un allègement de la souffrance... c'est la raison pour laquelle le travail thérapeutique (quelle que soit l'école...) consiste souvent à mettre ensemble au jour ces pensées et à les modifier dans un sens approprié pour la personne...

Parfois aussi, ce sont aussi des souvenirs, des pensées inconscientes ou refoulées qui apparaissent lorsqu'elles sont rappelées de manière fortuite ou délibérée...
Dans ces cas, une sensation de souffrance à l'état brut peut s'emparer de la personne, a fortiori quand cette souffrance n'a pas ou peu été élaborée... quoi qu'il en soit, si l'émotion ressentie en pareil cas peut sembler être la cause première des problèmes, c'est pratiquement toujours la mise en mots des choses qui permet de trouver ou de retrouver la sérénité...Ceci confirme d'un autre point de vue, l'imbrication évoquée dans les lignes qui précèdent...

Précisons enfin que pendant une thérapie, beaucoup de prises de conscience et l'essentiel du changement recherché se font effectivement en dehors du bureau du psy... il y a tout un travail de réflexion et de maturation des idées et de changement des comportements qui s'effectue progressivement, entre ou encore après les séances... cependant cela ne signifie pas nécessairement que la thérapie n'y est pour rien... Le travail thérapeutique permet au patient de développer sa capacité de penser, si ce n'est de "panser", ses difficultés... de sorte qu'une grande part de ce travail vient de lui-même, tout en prenant appui dans l'interaction, certains diraient dans l'intersubjectivité ...

Voilà donc la réponse que je souhaitais faire à la question posée... je n'y ai pas répondu directement, parce que comme on l'aura compris, il n'y a pas de réponse unique ou toute prête à ce genre de question...aussi ai-je préféré faire un détour par des généralités que beaucoup de personnes auraient intérêt à connaître lorsqu'elles se trouvent confrontées à ce même genre de question... Néanmoins, je pense être restée suffisamment proche du texte de Rose, pour qu'elle y trouve la matière utile pour orienter et poursuivre son cheminement....

Cordialement
Françoise Zannier, Psychologue, Psychothérapeute
Paris, France

Françoise Zannier, Psychologue, Psychothérapeute
Lien suggéré:
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