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Sophrologie et / ou Analyse
Martine Massacrier
Psychothérapeute, Sophrologue, France

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1. Un peu d'histoire

Le créateur de la sophrologie est un neuropsychiatre colombien, le Dr Alfonso Caycédo. Né en 1932 à Bogota, il y fait ses études, puis, après le bac se rend en Espagne où il s'inscrit à la faculté de médecine de Madrid, résolu à devenir psychiatre. Il fait sa thèse sous la direction d'une des sommités de l'époque, le PR Lopez Ibor.Il découvre à cette occasion l'utilisation de certaines techniques comme les électrochocs ou les comas insuliniques qui le révoltent au point qu'il pense un moment abandonner sa vocation. Puis il découvre l'hypnose clinique et décide de l'introduire dans l'hôpital où il travaille. Mais l'hypnose a mauvaise presse, elle est synonyme de charlatanisme, et elle fait peur. Il crée alors un nouveau terme à partir de 3 mots grecs :

Sos : tranquille, serein
Phren : cerveau conscience
Logos : étude.

La sophrologie est née et peut se définir comme l'étude de l'harmonie de la conscience.
Le mot est certes nouveau, mais on peut dire qu'à l'époque la sophrologie n'est rien d'autre que de l'hypnose rebaptisée pour des raisons de bienséance.
Elle va toutefois évoluer selon un certain nombre d'influences.

a) La phénoménologie : 

La phénoménologie est une philosophie qui développe une attitude particulière consistant à faire table rase de tous les concepts appris jusque là, suspendre tout esprit critique ou analytique et tout jugement pour ne se concentrer que sur le vécu de l'expérience présente. C'est une nouvelle manière d'appréhender les choses, hors mentalisation, que l'on pourrait qualifier de « connaissance par le vécu ». Caycédo se rendra en Suisse et s'inspirera largement de Biswanger, grand phénoménologue de l'époque

b) les techniques orientales :

Entre temps Caycédo s'est marié avec une adepte du yoga. Sous son influence il entreprend un voyage de 2 ans en Orient. En Inde, il rencontre le yoga, au Tibet la tradition bouddhiste, et enfin au Japon, il s'initie au zen.

En 1967, il revient en Europe et s'installe à Barcelone pour faire la synthèse de toutes les influences auxquelles il a été soumis. C'est là que la sophrologie va se différencier définitivement de l'hypnose et devenir une discipline à part entière. Et c'est là que va naître un concept nouveau, celui de la relaxation dynamique, du moins les 3 premiers degrés de loin les plus importants et les plus intéressants.

En 1972 le premier congrès mondial de la sophrologie est un véritable succès.Les yogis et moines zen invités à cette occasion saluent la naissance de ce qu'ils qualifient de « yoga occidental ».

La sophrologie connaît alors un vif succès, elle ne cesse de s'enrichir des apports de nombreux médecins qui entourent Caycédo. Pour Caycédo, elle est une discipline à part entière qui se suffit à elle-même et ne peut que se corrompre en s'associant à d'autres pratiques. Il est vrai qu'à l'époque, comme malheureusement encore maintenant, le succès croissant de cette discipline attire de nombreux « marchands de bonheur» dont la qualification ainsi que l'équilibre personnel laisse largement à désirer. Ainsi trouve-t-on la sophrologie alliée à de nombreux courants ésotériques, religieux, sectaires et même parfois carrément farfelus qui la discréditent et la rendent suspecte aux yeux du grand public.
La décision de Caycédo de reprendre les choses en main n'est donc pas une mauvaise chose en soi.

Je pense toutefois, ce qui n'engage que moi, que sa volonté de protéger la sophrologie des autres influences déviantes de tous ordres est allé un petit peu trop loin quand il en est arrivé à refuser les apports de ce qui constitue les bases de la psychologie et de la psychanalyse actuelle, essentiellement la notion d'inconscient, et plus globalement tout ce qui parle de l'influence du passé sur le présent ainsi que tout ce qu'on a pu découvrir sur le fonctionnement du psychisme, essentiellement à partir des travaux de Freud et de ses successeurs.

Les seuls sophrologues désormais reconnus par lui sortiront de ses écoles agréées et s'engagent à suivre à la lettre les directions qu'il a fixées.

De là naîtront un certain nombre de tensions entre sophrologues, en particulier avec l'école française de JP Hubert qui bien au contraire cherche à rapprocher les 2 tendances (sophrologie et psychologie) dans le but d'un enrichissement mutuel.

Ne pouvant réaliser l'unité, Caycédo abandonne alors le terme « sophrologie » au domaine public et à ceux qu'il considère globalement comme des charlatans et crée le terme de « sophrologie caycédienne », la seule qu'il reconnaît. Parmi ces « charlatans », (et il y en a vraiment) se trouvent également ceux qui acceptent de s'ouvrir à toutes les récentes et moins récentes avancées de la psychologie et de la psychanalyse. C'est son opinion, je ne la partage pas et Dieu merci je suis loin d'être la seule !

Nous laisserons donc là ces querelles de clocher pour nous intéresser plus spécifiquement à la complémentarité entre sophrologie et thérapie, discipline parfois appelée sophro-analyse ou sophrologie analytique, mouvement défendu entre autres par JP Hubert et l'Ecole Française. Mais il va de soi que ce type de pratique ne peut être exercé que par un sophrologue suffisamment formé à l'analyse, ayant lui-même subi une analyse didactique et une supervision.

2. Les apports de la psychologie  

- le diagnostic :

Il est l'élément indispensable du traitement. Nous recevons en sophrologie une très grande variété de demandes : c'est l'étudiant qui veut se préparer à passer un examen, la préparation à un accouchement ou au permis de conduire, l'entraînement mental à une performance sportive, la simple demande de mieux-être et le sentiment d'avoir besoin de se relaxer, la gestion d' un stress temporaire du à des conditions de vie particulièrement difficiles jusqu'à la demande d'aide pour une phobie, un trouble anxieux, un TOC ou une dépression. Tous ces cas sont du domaine de compétence de la sophrologie, mais bien entendu ne se traitent pas du tout de la même façon.

- le symptôme :

Un stress qui se présente comme « actuel » n'est très souvent que la réactivation d'un autre bien plus ancien mais toujours actif, qui à l'occasion de circonstances vaguement analogues ou d'un moment de faiblesse en profite pour se réactualiser.
Le symptôme est le plus souvent un témoin qui ne dit pas ce qu'il a l'air de dire.
Prenons un exemple qui à mon avis est parlant : le déplacement observé dans toute sa splendeur dans les phobies : telle personne va tout d'un coup se sentir envahie d'une angoisse énorme, pouvant aller jusqu'à la crise de panique lorsqu'elle se trouve en présence d'un objet ou d'une situation caractéristique (ascenseur, lieu public, animal, etc, etc.la liste est longue ). Le coupable est vite désigné : c'est l'objet qui déclenche la phobie (phobogène). Cette angoisse a toutes les manifestations de la peur (tremblements, tachycardie, sueurs, panique, besoin irrésistible de fuir, sentiment de danger imminent, respiration coupée...). Elle en diffère par deux composantes essentielles :

- ce n'est pas de la peur mais de l'angoisse c'est à dire une manifestation qu'on pourrait assimiler à la libération de l'énergie dégagée par un conflit psychique inconscient qui n'a trouvé que cette voie de compromis pour s'exprimer, même si elle est désagréable au plus haut point.

- l'objet ou la personne qui semble déclencher le symptôme n'est pas du tout le véritable déclencheur, simplement le représentant présent du véritable déclencheur qui lui se situe dans le passé et reste la plupart du temps totalement ignoré se la personne phobique qui se montrerait bien étonnée si on lui annonçait directement la cause de ses problèmes.

Ce phénomène qui focalise sur un objet présent, tout en le déguisant, un conflit du passé s'appelle le « déplacement ».
Qui n'est pas au courant de ce type de phénomène (et il y en a bien d'autres qui déguisent ainsi les apparences) ou refuse d'en tenir compte suivra le raisonnement de son patient et se focalisera sur l'objet du déplacement sans chercher à comprendre le mécanisme à l'ouvre à l'arrière plan. 
Et il aura toutes les chances de guérir par déconditionnement et habituation progressive son patient de sa phobie spécifique d'où le succès apparent de nombre de thérapies « brèves ». Brèves en cela qu'elles ne considèrent comme but que la suppression du symptôme qui marque la guérison déclarée. 
Et le symptôme est d'autant plus simple à éliminer qu'il possède comme défense principale cette aptitude au déplacement : ainsi guéri de la phobie des ascenseurs, et très content de l'être, on peut se voir peu de temps après affecté d'une autre phobie, à moins que ce ne soit un eczéma ou autre désagrément du même genre.

Les théories psychanalytiques nous ont apporté cet énorme enrichissement qui est de ne pas confondre suppression du symptôme et guérison. Un apport qui a tendance à se dévaloriser dans cette époque dédiée au Dieu Productivité et dont les mots clefs sont rapidité et efficacité. Il faut croire que le psychisme refuse de suivre ces lois.

- l'inconscient :

Ce qui vient d'être dit démontre que ce que nous pouvons observer n'est que la face visible de l'iceberg qui nous constitue, ce qui renvoie immédiatement à la notion d'un inconscient actif à nos dépens et qui détermine les véritables raisons de nos comportements.
Notion beaucoup trop longue à développer dans le seul cadre de cet article mais dont les autres bulletins parlent largement dans leur ensemble.
L'inconscient détermine la formation des symptômes, mais aussi les mécanismes de défense et le fameux « transfert » dont la sophrologie semble à tout prix vouloir se débarrasser comme s'il était question de se démarquer à tout prix de la psychanalyse, et remplaçant cette notion par celle d' « alliance sophronique » oubliant par-là même que si la psychanalyse utilise le transfert, elle ne le crée, ni le provoque. Elle exploite simplement un phénomène général qui est la reviviscence au présent et au travers des personnes de notre entourage de nos vieux conflits avec des personnes proches du passé, principalement les parents même et peut-être surtout lorsque ceux-ci ont disparu. Nous choisissons préférentiellement pour jouer ce transfert des figures d'autorité : patron, médecin, thérapeute etc. mais aussi et très souvent conjoint ou partenaire et de manière plus générale n'importe qui susceptible de jouer le jeu.

On est bien loin, très loin même d'avoir fait le tour de la question, mais ces quelques points principaux montrent bien la différence d'état d'esprit dans laquelle travaillent ceux qui tiennent compte de ces mécanismes souterrains et ceux qui ont choisi de les ignorer.

3. Les apports de la sophrologie 

- le travail sur le corps : quel que soit le mode de traitement choisi, on passe toujours par la relaxation. Donc déjà, on ajoute tous les bénéfices équilibrants de cette méthode. Mais cette relaxation, appelée sophronisation de base n'est pas une fin en soi. Elle permet de se mettre dans un niveau de conscience modifié donnant un accès plus facile à l'inconscient. Ainsi, les images, souvenirs, etc.reviennent plus facilement, d'autant plus facilement que la vigilance du système de défense est réduite. Ceci facilite également les prises de conscience des liaisons entre les évènements et de leur interaction avec le passé.
Mais c'est également un travail sur la prise de conscience du corps, sur la sensorialité qui permet de renforcer le schéma corporel et au travers de ce dernier la solidité de l'individu tout entier.

- les techniques découvrantes et recouvrantes : 
Ce qui est le plus souvent reproché à la psychanalyse c'est sa lenteur d'action, alors que pendant ce temps les symptômes persistent, voire s'intensifient et l'individu souffre en ayant l'impression de dépenser beaucoup d'argent et d'énergie pour rien.
L'avantage de la sophrologie est de pouvoir jouer sur les deux tableaux : analytique et symptomatique en alliant techniques recouvrantes et découvrantes. Pendant que les techniques découvrantes s'occupent de traiter la véritable raison d'être du problème, les techniques recouvrantes permettent de gérer l'angoisse (relaxation, respiration, techniques conditionnées), de déconditionner peurs et croyances négatives issues de certains vécus, ainsi que de préparer le changement de comportement souhaitable pour la personne. Car il faut savoir que même après avoir mis à jour et compris pourquoi on a adopté un comportement ou des choix néfastes pour nous-mêmes, même après avoir décidé de mettre un terme à ces comportements, la mise en pratique de cette décision pose encore beaucoup de problèmes et soulève beaucoup de résistance. La peur du changement, une des principales peurs communes à tout le genre humain renforcée par les automatismes adoptés depuis parfois de longues années ainsi
que les fameux « bénéfices secondaires » ne vont pas faciliter la tâche.
C'est sur ces obstacles qui sont loin d'être négligeables que la sophrologie peut agir en apportant une aide significative pour les dépasser, ce qui bien sûr permet une réduction tout aussi significative de la durée de la thérapie.

4. Conclusion

Voici je l'espère un petit tour d'horizon qui vous aidera à vous y retrouver dans les différentes orientations de la sophrologie et des sophrologues et vous permettra de mieux choisir les personnes avec qui vous souhaitez travailler en fonction de vos propres souhaits et opinions.
Ainsi ce bulletin aura répondu à son but qui est de renseigner le plus possible les personnes pour leur permettre d'effectuer leurs choix en connaissance de cause.car j'entend encore trop souvent dire par des patients qu'ils ont « fait une psychothérapie pendant des années», alors qu'ils se sont contentés d'aller voir 1 fois par mois un psychiatre pour un traitement chimique !

Martine Massacrier
Psychothérapeute, Sophrologue, France
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