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Texte proposé par l'Institut
Français de Thérapie Morphoanalytique:
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Donner du sens au sens
Bien sûr, nous souhaitons tous aider nos patients à se libérer de leurs blocages, souffrances, inhibitions, et les aider à réparer ou à construire les parties de leur Moi mutilées ou stoppées dans leur développement. Nous voulons les aider à éliminer les peurs, les angoisses, la culpabilité, la haine, la dépression….pour leur permettre de s’ouvrir à la joie, retrouver la foi et s’épanouir. Mais comment faire ? Quels sont les mécanismes qui permettent de réaliser ces transformations ? Même si quelquefois, découragés par l’ampleur de la tâche, nous aimerions posséder une baguette magique pour effacer rapidement les souffrances, les résistances, les structures de comportement répétitives, nous savons pertinemment qu’il s’agit d’un processus complexe et que les bonnes paroles, les conseils ou les exercices sont inefficaces pour sortir le P. de ses souffrances et l’aider à acquérir une structure psycho-corporelle suffisamment saine, solide et autonome.
L’un des éléments fondamentaux qui permettent d’accéder à cet équilibre mature, c’est la capacité de symbolisation, c’est à dire la capacité de penser. Je propose d’analyser comment, en donnant du sens aux sens, la Thérapie Morphoanalytique stimule la pensée. Il ne s’agit pas de la pensée mentale ou intellectuelle qui permet d’élaborer des théories, de résoudre des équations ou de comprendre des opinions. Cette pensée là est très utile et nous l’utilisons, bien entendu, mais elle n’a pas d’effet thérapeutique structurant. La capacité de penser dont je parle est celle qui permet de relier les informations des sens avec celles du cœur et de l’esprit, de penser ce que je sens, ce que je vis, ce que je suis. C’est l’activité psychique de base qui donne accès à la conscience de soi et de son intégrité. C’est la capacité de penser la plus fondamentale et la plus intégrative, elle sous-tend le développement cognitif de l’être humain et la pensée intellectuelle.
Cette capacité de penser le vécu corporel et émotionnel, nous la rencontrons congelée ou détériorée chez de nombreux patients On peut citer l’exemple des personnes en état de repli régressif suite à des blessures narcissiques réactivées, ou des personnes en état de désintégration psychocorporelle suite à des chocs émotionnels ou des situations vécues comme catastrophiques. Nous pouvons dire que plus la souffrance est intense et profonde, plus le patient, pour se protéger, effectue un retour à des étapes primitives de son développement (autistique, paranoide-schizoide), et plus la capacité de penser est altérée. Il faut se préoccuper de restaurer et de fortifier cette capacité en donnant du sens aux sens pour créer de la conscience. Nous savons que c’est la conscience qui guérit et qui a le pouvoir d’effacer peu à peu la mémoire des souffrances primitives destructrices dont le Moi a du se protéger.
Pour mieux comprendre comment le travail corporel et le travail sensoriel peuvent conduire à stimuler et restaurer la capacité de penser, il est important de nous rappeler comment naissent et se développent les premières pensées, et comment se construit l’appareil à penser dés le début de la vie. L’une des caractéristiques des pulsions et des sensations dans leur forme la plus primitive c’est leur caractère éparpillé, chaotique, diffus : il n’y a pas d’unification. Le bébé est submergé dès sa naissance par un flot de sensations multiples qu’il vit très intensément mais de façon fragmentée. Chaque sensation est vécue séparément et le bébé n’a aucune conscience d’un lien qui unit les différentes sensations entre elles. Grâce aux soins corporels sans cesse répétés de la mère, le bébé acquiert progressivement la capacité d’unir toutes ces sensations pour accéder au sentiment qu’elles font partie d’un Tout, un Tout sensoriel.
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La peau, stimulée par le toucher, est l’élément de base de cette première ébauche de conscience indispensable pour le développement de la pensée et de l’appareil psycho-affectif. Le travail d’union des sensations et des pulsions partielles qui se réalise pendant les moments de contacts corporels amène une première conscience de la globalité grâce à la fonction
d’inter-sensorialité assurée principalement par la peau ; c’est le travail psychique le plus fondamental, le plus archaïque qui permet d’accéder à la conscience de soi comme un Tout psychosomatique. |
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Pour pouvoir unir les sensations entre elles, le bébé doit impérativement être capable d’attention. L’attention permet de se localiser dans les différentes parties du corps, d’être à l’écoute des sensations, de les vivre au présent et de passer d’une sensation à l’autre, d’une partie du corps à l’autre. C’est une expérience de réunion de tous les sens concentrés sur l ‘écoute sensorielle d’une ou plusieurs parties du corps.
Les Morphoanalystes connaissent bien ce travail de découverte des sensations qui est toujours associé aux propositions de travail corporel que nous réalisons. Maintenir la conscience dans le corps, entrer en contact avec les sensations, suivre les vagues respiratoires, sentir le toucher de la main ou du sol, le poids, le volume… L’attention du patient maintenue dans le corps s’approfondit, s’enrichit, ouvre vers une multiplicité de nuances, de facettes, de variations sensorielles qui se traduisent au niveau des pensées par une plus grande variété, plus de subtilité et de profondeur dans les associations et une compréhension plus globale de soi-même. Cette attention aux messages des sens est la condition pour occuper progressivement son espace intérieur et habiter son corps.
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L’attention du bébé n’est pas innée, elle doit être stimulée. Si les soins corporels ne sont pas adéquats, qualitativement ou quantitativement, le bébé ne pourra pas développer son attention et aura tendance à se replier et à passer d’une sensation à l’autre sans pouvoir concentrer sa présence. L’attention est l’inverse du démantèlement des sens, c’est ce qui permet de sortir l’enfant de la dispersion caractéristique de l ‘autisme primaire et de l’amener à vivre des expériences d’unification qui le soutiendront pour s’ouvrir de plus en plus à la relation. |
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Dans la réalité, ces noyaux sensoriels qui s’agglutinent pour ouvrir la voie à la conscience de la globalité, ne sont pas uniquement sensoriels. Quand la mère s’occupe de son enfant, toutes les sensations que le bébé reçoit sont chargées d’affect. Chaque expérience sensorielle est imprégnée et s’unit à une expérience affective. C’est pendant les moments de communication psychocorporelle, surtout pendant les soins et les jeux corporels, que la mère stimule chez son enfant sa capacité d’attention, ce qui lui permet d’unir graduellement les noyaux d’expériences sensorielles et affectives et d’aboutir à la formation de noyaux sensoriels/affectifs (S/A). L’union du sensoriel et de l’affectif est déjà un embryon de pensée primitive.
Il est intéressant de noter que ces noyaux S/A qui associent une expérience sensorielle et une qualité émotionnelle enveloppante servent simultanément de vecteurs pour intérioriser un objet contenant, ou plus précisément une qualité de lien contenant. Le bébé, en même temps qu’il reçoit des informations sensorielles-affectives, intériorise la capacité d’accueil, de compréhension et la capacité de sa mère de penser ses propres émotions, il s’identifie à sa fonction contenante et l’absorbe. Le prototype de l’expérience d’interaction corporelle/ sensorielle/affective pendant laquelle le bébé introjecte la capacité contenante de sa mère est, bien entendu, la tétée. Quand tout se passe normalement le bébé baigne dans une relation affective empathique tout en recevant un flot d’informations psychosensorielles comme le sentiment d’être tenu, pris-soin, porté, toujours reliées à la qualité de présence de la mère, sa voix, son contact, sa chaleur, sa joie de vivre, son plaisir, son odeur. Cela demande de la part de l’objet contenant externe (la mère, les parents, le thérapeute.) une activité intense pour rassembler toute l’attention dont est capable le bébé (ou le patient) et l’amener à vivre l’instant présent.
On comprend alors que le succès du processus d’introjection des noyaux S/A et de la fonction contenante qui les imprègne dépend pour une grande partie de la capacité d’attention, de concentration et de présence de la mère (ou du thérapeute). Toutes les techniques utilisées dans le cadre de la Thérapie Morphoanalytique développent et renforcent cette capacité d’attention, autant chez le patient que chez le thérapeute. Cette chaîne de conditions et conséquences crée un climat d’intimité favorable à l’introjection de la fonction contenante qui soutient la capacité de tout vivre, tout sentir… et d’associer. Si la mère ou le thérapeute n’ont pas cette qualité de présence, d’attention, d’écoute, de concentration et de communication empathique… alors le soin corporel perd sa valeur structurante et fonctionne comme un tranquillisant qui apaise momentanément mais ne permet pas au bébé (ou au patient) d’intérioriser la fonction contenante qui seule peut lui permettre d’unir sensations,sentiments et affects. Ces noyaux S/A qui s’unissent à leur tour à des éléments de l’environnement (sons, lumières, voix, odeurs…..) constituent les prémisses d’ une pensée naissante.
Ces cinq lignes sont toutes intimement entrelacées et chacun, au cours de son évolution, les développe de façon plus ou moins harmonieuse.
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Il est souvent utile d’observer ce qui se passe avec les patients les plus difficiles, ceux qui sont le plus coupés de leurs sensations et qui ont du mal à s’intérioriser, élaborer et exprimer. Le Thérapeute Morphoanalyste se retrouve souvent confronté aux mêmes problèmes que la mère d’un bébé qui traverse une phase d’autisme. Comment amener son patient à sortir de son état « encapsulé » dans ses sensations internes, pour qu’il s’intéresse à la relation ? Chez ces patients qui ont congelé leur capacité de sentir pour se protéger et qui vivent dans un climat autistique quasi permanent, la communication est vécue comme un risque énorme de tomber dans la dépendance de l’autre et de tomber en morceaux. |
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Le patient contrôle les échanges avec le monde extérieur, ce qui l’empêche de penser normalement. Dans ce cas le thérapeute ne doit pas se décourager, il doit continuer inlassablement de stimuler son patient en lui faisant vivre la relation corporelle. L’attention centrée sur le corps et l’expression des sensations permet d’abord au patient d’assembler les différentes parties de lui-même et d’accéder à la perception de son unité sensorielle. Demander à une personne qui n’a pas d’intérieur de s’ouvrir à l’extérieur est totalement incohérent.
Le Thérapeute Morphoanalyste aide donc son patient à découvrir et sentir les limites de son corps, distinguer les espaces interne et externe, et se vivre comme un Moi séparé de tout ce qui est Non-Moi. On peut dire que se sentir unifié dans son corps et percevoir la différence entre Moi et Non-Moi est une des bases fondamentales pour l’activité de penser. C’est le point de départ indispensable pour établir un pont vers l’extérieur, vers l’autre. En fait nous expérimentons constamment ce paradoxe : aider nos patients à entrer en contact avec leurs sensations, à se relier à eux-mêmes
dans leur corps pour pouvoir s’ouvrir à la relation, échanger avec le monde extérieur et le laisser entrer à l’intérieur.
Le travail d’unification n’est jamais complètement terminé. Il fonctionne tout au long de la vie et peut toujours être sollicité, en particulier avec les personnes en état de choc émotionnel, ou lorsque le patient effectue un retour à des phases primitives peu ou mal intégrées et que son appareil sensoriel-affectif est fortement perturbé. Ne perdons pas de vue que ce travail d’unification se déroule dans un contexte de rencontre avec une personne (la mère, les parents, le thérapeute) qui non seulement stimule les sensations mais aussi communique psychiquement et corporellement avec plaisir et permet au bébé (au patient) d’éprouver du plaisir. L’accumulation de ces expériences de rencontre, de stimulation sensorielle, reliées à un vécu de plaisir, permet l’intériorisation d’une image corporelle chargée d’amour et d’affection. L’activité psychique de représentation des parties du corps associées à un éprouvé de plaisir chargé de relation affective est un élément de base qui permet d’accéder à la conscience de soi comme un Tout unifié, bon, vivant, récepteur et source de plaisir.
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La nécessité de ce travail de construction ou reconstruction de l’unité sensorielle/affective est particulièrement évidente avec les patients qui ont un noyau autistique important. Ce sont des patients impénétrables, enfermés dans leur coquille, qui n’ont pas ou peu de contact émotionnel avec eux-mêmes. Ils sont très accrochés aux séances mais s’angoissent et résistent chaque fois que le thérapeute essaie de créer un contact profond. Souvent le patient se réfugie dans une interminable et stérile pensée intellectuelle. Le thérapeute débutant peut se laisser tromper par cette pensée pseudo-confidentielle qui ne s’approfondit pas.
Le patient parle de son histoire, de ses sensations, de ses émotions, mais sans s’impliquer, sans contact, en restant superficiel. Quand le thérapeute se laisse impressionner par ce beau discours qui donne l’apparence d’une élaboration riche et profonde, y compris même en utilisant un vocabulaire plus ou moins psychologique, il se retrouve avec un matériel vide et inexploitable.
Il est donc impuissant et le patient le manipule en lui faisant croire qu’il lui livre des choses très importantes et qu’il est en train d’accomplir un merveilleux travail de conscientisation. C’est la victoire du contrôle qui bloque toute évolution. |
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Pour sortir de cet état de façon durable et reprendre son évolution, le patient a besoin d’une révolution ! Il compte sur son thérapeute pour le détourner de cette fausse activité de pensée et l’amener dans le domaine des sens pour l’aider à reconstruire sa capacité de sentir et de penser ce qu’il sent. Et quand il résiste ou n’y arrive pas, il compte sur son thérapeute pour insister, pour le stimuler, le guider, lui faire découvrir son monde intérieur riche et varié à travers les différentes situations de travail corporel. Devant autant de persévérance, le patient finit par se laisser « contaminer » par le désir de communiquer de son thérapeute, il commence à s’intéresser à la relation et peu à peu se laisse vivre le délice du contact réel et le désir réel de ce contact. Il s’identifie ainsi à un être qui sent, parle, aime communiquer, un être aimant et compréhensif.
D’autres fois, quand la douleur mentale est insupportable, le clivage du Moi permet au patient de « s’échapper » dans le corps pour convertir des angoisses psychiques en symptômes physiques. De cette façon la psyché se projette dans des parties du corps pour éviter la douleur et transforme ces parties de corps en « îlots autistiques corporels » qui fonctionnent de manière totalement inconsciente. On peut comparer ce mécanisme de projection interne à celui de la projection externe quand le bébé (ou le patient) évacue dans l’autre (mère, thérapeute) un contenu mental trop fort, trop perturbant, pour s’en débarrasser. C’est une forme de déni de la réalité psychique.
Il est important à ce moment là d’utiliser le corps comme point de départ d’un chemin qui, tout en respectant les limites du patient, contourne ses défenses et le guide pour entrer en contact avec les contenus émotionnels inconscients insupportables, effrayants, qui sont à l’origine de la projection, mais sans que le patient se sente menacé. Dans ce cas toute interprétation verbale risque d’être vécue comme une volonté du thérapeute d’obliger brutalement le patient à réintroduire en lui ce dont il essayait justement de se débarrasser et de le mettre face à l’insupportable. La relation thérapeutique sera alors vécue de manière persécutoire et le thérapeute perçu comme un ennemi dangereux.
Mais si le thérapeute sait utiliser le travail du corps et des sensations, il pourra amener son patient à élaborer un langage signifiant des zones du corps, des sensations et des symptômes, c’est à dire de tous les lieux de projection interne, pour conduire son patient vers la conscience intégrative qui a le pouvoir de nettoyer et réparer. Dans ce cas, comme le patient ne se sent pas en péril, il accepte de collaborer, associe, développe ses capacités sensorielles, élabore un discours (souvent métaphorique), fait des liens….Dans chaque partie explorée, il reconnecte ainsi avec la sensibilité du lieu du corps et avec sa charge émotionnelle. Mais ce travail de contact sensoriel profond qui guide inexorablement le patient vers les contenus émotionnels se fait de façon tellement simple, graduelle, légère, presque anodine bien que rigoureuse, que la dose de contact émotionnel est supportable et ne déclenche pas l’angoisse paralysante qui est à l’origine du mécanisme de projection dans le corps. Peu à peu l’angoisse diminue, ce qui favorise la capacité de conscience corporelle et émotionnelle, et le travail d’intégration corps-psyché s’effectue, la plupart du temps à l’insu du patient, dans son inconscient, sans nécessité d’interprétation verbale.
Dans tous les cas l’intériorisation des expériences S/A qui constituent les prototypes des premières pensées, dépend de la qualité de l’affect qui accompagne ces expériences. Pour que le patient puisse introjecter la fonction contenante suffisante pour l’aider à développer sa propre capacité de penser, il faut qu’il se sente accueilli avec sa partie infantile blessée dans la psyché du thérapeute, avec une acceptation totale de sa souffrance, de sa colère, de ses fantasmes, sans aucun jugement, seulement le désir de le comprendre, c’est à dire de sentir ce qu’il sent, de penser ce qu’il vit.
Quand Bion émet l’hypothèse que « l’identification projective est une forme précoce de ce qui plus tard sera appelé une capacité de penser », il fait allusion au bébé qui, incapable de penser une expérience émotionnelle trop douloureuse, clive et projette cette partie de lui-même dans sa mère qui, dans sa « rêverie », transforme ces éléments insoutenables en sentiments plus tolérables, que le bébé pourra réintégrer.
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Le cadre de la Thérapie Morphoanalytique et les techniques utilisées reproduisent analogiquement les conditions de soins de la relation primitive mère/parents/bébé. Le travail corporel, le travail des sens, l’attention du thérapeute et du patient centrée sur le vécu du corps au présent… cela crée un champ très particulier de communication infra-verbale qui libère et potentialise les possibilités de projection / identification / intériorisation nécessaires à l’installation et la restauration de la capacité de se sentir contenu à l’intérieur de sa propre peau et de sa propre psyché. La réalité concrète du toucher matérialise le lien d’acceptation inconditionnelle et permet au patient de se sentir tenu, soutenu, en même temps psychiquement et corporellement. « Si vous ne me touchez pas, je n’arrive pas à penser » me disait un de mes patient quand je tardais à poser ma main sur son ventre au début de la thérapie.
En effet, il faut se sentir suffisamment tenu et unifié pour pouvoir rassembler les sensations, les sentiments, les images et développer une activité de pensée. La communication corporelle par le toucher amplifie et accélère le mécanisme d’identification projective qui permet au patient de sentir, vivre et penser ce qu’il vit. |
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L’activité de pensée la plus basique est une pensée qui unit un noyau S/A, une personne stimulante et un enveloppement affectif contenant, aimant et empathique. Ces pensées primitives qui se caractérisent par la réunion signifiante des éléments S/A isolés est concomitante à la constitution des premiers noyaux du Moi. Ceci est compréhensible puisqu’il s’agit des mêmes éléments et du même mécanisme d’unification qui sous-tendent la constitution des noyaux du Moi par introjection, et la capacité de représentation de ces noyaux. On se rend compte que les possibilités de stimuler la croissance du Moi et de développer la constitution d’un appareil à penser les pensées dépendent avant toute chose de la qualité d’empathie de l’environnement maternant (ou du thérapeute).
Le paradoxe c’est qu’une grande quantité de cette substance psychique qui plus tard permettra de développer une pensée verbale articulée et cohérente se transmet de manière totalement infra-verbale au cours des interactions corporelles/affectives qui accompagnent le lien symbiotique normal de la mère avec son bébé. Le cadre est en place mais ça n’est pas suffisant !
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Pour que toutes les parties du Moi puissent participer spontanément à la création des pensées, il faut impérativement s’intéresser aux noyaux traumatiques émotionnels inconscients qui paralysent les capacités d’association en congelant et en isolant des territoires importants dans l’appareil psychoaffectif du patient. Le thérapeute ne doit pas se laisser séduire par la pensée verbale mentale. Il ne doit pas perdre de vue que le but recherché est le rétablissement de l’unité psychoposturale, c’est à dire le lien vital de circulation de l’énergie entre le corps réel, le corps sensoriel et le corps émotionnel. |
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Tant que le patient n’aura pas réussi à retrouver et à revivre les traumatismes émotionnels qui bloquent son développement, une grande partie de son énergie ne sera pas disponible pour élaborer des pensées. C’est un amputé psychique !
Le travail corporel et le travail sensoriel sont des portes d’entrée naturelles qui permettent d’atteindre les contenus émotionnels emmagasinés dans les différentes parties du corps, dans la peau, les muscles, les organes, dans tous les tissus. Il s’agit souvent d’émotions réprimées, de souffrances psychiques très anciennes enfouies dans l ‘inconscient. Nous savons que le lâchage des freins musculaires permet de libérer les freins émotionnels et de traiter l’expérience traumatique. Le patient peut alors se réapproprier les territoires libérés, il les intègre dans son monde intérieur et enrichit sa capacité de se comprendre et de comprendre le monde environnant.
Les techniques corporelles qui mobilisent le contenu des tensions, contractions, rétractions, des articulations, de la peau… permettent d’atteindre directement les émotions dans le corps. L’utilisation simultanée du travail corporel et de la conscience sensorielle dans le même lieu, où toute l’attention est concentrée, est l’une des clés essentielles qui permet au P. d’entrer spontanément en contact avec la mémoire émotionnelle. Il n’y a pas d’intention ou d’induction. L’émotion qui émerge est le résultat de la rencontre de plusieurs niveaux de conscience au même moment dans le même lieu. Le corps devient caisse de résonance de l’émotion qui s’exprime naturellement. Dans ce cas l’expression émotionnelle est connectée au corps, elle a une base, un sens. Le corps non seulement aide à contenir l’émotion mais il lui sert d’appui pour ensuite parler et penser cette émotion. La libération des émotions retenues dans l’inconscient permet aux pensées de retrouver leur libre cours en rétablissant le contact corps-psyché.
Quand l’unité psychoposturale est suffisamment restaurée et que la communication circule librement entre le corps, les sensations et les émotions, l’appareil à penser se remet à fonctionner normalement en permettant au Moi de se construire et de s’exprimer par une pensée saine, créatrice, spontanée, autonome, une pensée qui unit toutes les parties du Moi. De telle façon que, après avoir été stimulée par l’unification des éléments corporels, sensoriels, affectifs, la pensée, à son tour, stimule l’unification et participe à l’intégration des différentes parties de
l’Etre.
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BIBLIOGRAPHIE
D.ANZIEU, Le Moi-peau, Paris, Dunod.
W.R. BION, Aux sources de l’expérience, Paris, PUF.
D. MARCELLI, La psychiatrie de l’enfant, vol.XXVIII, Paris, PUF.
J. SARKISSOFF, Cuerpo y psicoanalisis, Desclée De Brouwer, Bilbao.
F.TUSTIN, Les états autistiques chez l’enfant, Paris, Le Seuil.
D.W.WINNICOTT, Processus de maturation chez l’enfant, Paris, Payot.
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Texte
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