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L'Oedipe: L'histoire d'un 
désir coupable et triangulé.
 

Docteur Erick Dietrich - Paris, France
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L'Oedipe: L'histoire d'un désir coupable et triangulé.

Qu’est-ce que l’OEdipe ? Qu’est-ce que l’Inceste ?

L’oedipe correspond à une période pendant laquelle l’enfant éprouve des désirs amoureux et/ou agressifs à l'égard de ses parents. Ces désirs que l’enfant éprouve pour un de ses parents sont tout à fait normaux, il serait absurde de vouloir les interdire ou les réprimer. Ces désirs oedipiens de l’enfant peuvent s’exprimer et se mettre en acte, cela aussi est normal, ce qui est important pour l’enfant c’est la réponse correcte et adéquate que vont y apporter les parents. Le complexe d’OEdipe n’est pas qu’une histoire de désirs sexuels, c’est aussi l’acceptation de la différence des sexes et des générations. L’Oedipe est aussi la rencontre avec la différence des générations et la différence des sexes devient centrale dans la vie même si la question se pose dès que la naissance et la manière dont l’enfant va découvrir son identité à partir de ce que sont concrètement les parents qu'il a, ceux avec qui il vit. Que le père ou la mère soit géniteur ou pas, c'est celui qui vit avec lui qui est en position d'être à un moment donné ce parent-là pour lui.

Erick Dietrich

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Les parents n'investissent jamais le petit garçon comme la petite fille. À travers les soins, les câlins et les caresses, les bisous, la manière dont les parents abordent ses zones sexuelles et érogènes, donc la manière dont les parents les traitent en tant qu’êtres sexués, les enfants, ils vont percevoir leur identité sexuelle différemment. Chaque parent va avoir un style particulier pour incarner et interpréter ce qu'est la féminité et la masculinité. La deuxième question présente, concerne la manière dont les parents traitent la différence des générations ? C'est la manière dont on traite la question de la maturation. Il y a des parents qui s'attendent à ce que très vite les enfants grandissent très tôt, très rapidement, à ce qu'ils soient donc déjà adulte. A l'autre extrême, les parents qui, au contraire, vont se mettre à traiter leurs enfants comme s'ils restaient toujours enfants. La différence de génération se manifeste très concrètement dans la vie familiale par des droits différents. L’inceste correspond aux passages à l’acte des désirs d’un des parents ou des deux pour leur enfant. On parle en général d’inceste quand les actes des parents s’inscrivent dans l’acte (attouchements, abus sexuels, pénétrations, violences sexualisées…). On parle de contexte ou d’environnement incestuel quand dans la sphère familiale l’enfant est confronté à l’expression d’un inceste qui ne relève plus du simple fantasme parental mais d’un agir comportemental, symbolique et/ou verbal. Vous entendrez aussi parler d’inceste symbolique ou d’inceste psychologique selon les auteurs.

Ainsi l’Oedipe est normal, l’inceste en est tout le contraire, il est donc soit un ensemble de réactions inadaptées des parents face au désir oedipien de leur enfant, soit directement une position incestueuse ou incestuelle des parents. Le complexe d'OEdipe chez le garçon ou d’Electre chez la fille est donc un ensemble organisé et structurant de désirs amoureux et hostiles que l'enfant éprouve à l'égard de ses parents. Le complexe se présente comme dans l'histoire d'OEdipe : désir de la mort de ce rival qu'est le personnage du même sexe et désir sexuel pour le personnage du sexe opposé. Dans sa forme inversée, il se transforme en amour pour le parent du même sexe et haine et jalousie envers le parent de sexe opposé. Ces envies sont plus importantes pendant la période de 2 à 6 ans et connaissent une reviviscence à la puberté. Dans un développement normal, ils s’estompent au fur et à mesure que l’enfant investit des objets d’amour et de désir à l’extérieur du cadre familial. Pour cela, encore faut-il que les parents ne l’interdisent pas et qu’il n’y ait pas un environnement incestuel ou incestueux.

L’inceste ? « Ce n’est pas vrai, ce n’est pas si répandu que ça, ce sont les psy qui en parlent de trop », voilà ce que nous entendons le plus souvent ou « Ca n’arrive que chez les autres ». Et bien NON.

De nos jours, l'inceste symbolique ou réel affecte au moins 65 % des relations père-fille, mais est aussi très fréquent entre une mère et son fils. Les relations incestueuses homosexuelles mère-fille sont plus importantes que dans les relations père-fils. Dans nos consultations plus de 75 % de nos patient(e)s ont été incesté(e)s de façon réelle ou symbolique. Il faut aussi le dire, l’inceste touche la relation mère/fille et mère/fils et aussi les enfants de moins de 5 ans.

Une jeune fille de 22 ans, assez perturbée, est venue consulter pour problèmes affectifs et sexuels. Depuis l’âge de 15 ans, elle faisait l’amour avec son père. Sa mère le savait, mais ne disait rien. Elle faisait, quant à elle, l’amour avec son fils. Extrême et caricaturale, cette histoire arrive bien plus souvent que vous ne le pensez, cela dépasse l’oedipe, et ça porte un nom : l’inceste. Cela commence par le viol sexuel, mais de nombreuses situations équivoques (inceste symbolique) sont tout aussi destructrices, si ce n’est plus. Car l’enfant ne peut pas mettre de mots sur sa souffrance.

Les situations d’inceste réel ou symbolique se produisent toujours quand la sexualité entre les parents n’est pas harmonieuse et qu’ils n’ont pas la maturité nécessaire pour trouver une solution adulte. D’où l’importance d’une relation épanouissante dans le couple. Car lorsqu’un des deux parents, et c’est souvent le cas, utilise l’enfant pour compenser ses manques, il reste accroché à l’enfant. Si un homme est frustré par sa femme, s’il est en manque, où passe son énergie sexuelle ? Etant entendu qu’il faut absolument qu’il se « décharge » ou qu’il l’exprime d’une façon ou d’une autre. Pour un père immature n’ayant pas la force d’aller vivre sa sexualité à l’extérieur, son excédent de sexualité va donc se décharger là où il se trouve : sur les enfants avec une mère qui ne veut pas voir ou qui cautionne la situation parce que cela l’arrange. Même chose pour la mère en manque de sexualité, d’affectivité ou de complicité, qui utilisera un ou plusieurs de ses enfants pour remplacer le « mari défaillant ».

Quand le couple est harmonieux, rapidement, les deux conjoints feront comprendre à l’enfant que SA vie est à l’extérieur. A condition bien sûr, que cet extérieur n’ait pas été présenté comme terrifiant et que l’enfant n’ait pas l’impression que son départ puisse détruire l’équilibre de l’un de ses deux parents.

L’inceste se traduit toujours par un viol : la pénétration d’un objet quelconque dans l’intime de l’enfant que ce soit un doigt ou un sexe dans le vagin, l’anus ou dans la bouche. Dans l’inceste symbolique, le parent pénètre dans les territoires « privés » de son enfant, en entrant dans sa chambre, en violant sa correspondance… Sans oublier les petites phrases toutes faites de type : « Je vais t’en foutre une si tu continues » « On dirait une pute habillée comme ça », « Mais quelle enculée tu fais », ou la mère disant à son fils qui va sortir en boite : « whaououou qu’il est beau mon fils ! Je serais bien fière de sortir avec toi et d’être ta cavalière ».

Réel ou symbolique, de nombreux adultes ont été élevés dans des familles très incestueuses (passant à l’acte) ou dans l’inceste symbolique (ne passant pas à l’acte dans la réalité mais dans le symbolique). J’ai suivi des patientes qui ont eu des rapports sexuels suivis avec leur père. Dans un contexte non-violent, certaines s’en souviennent même avec un « certain plaisir ». Elles présentent rarement de grosses problématiques sexuelles. La sexualité demeure possible même si elle n’est qu’imparfaitement satisfaisante. Ces femmes présentent pourtant, d’importants désordres affectifs et psychologiques. Les patientes élevées dans des milieux familiaux où l’inceste symbolique est très présent, indiquent les mêmes désordres auxquels on peut ajouter très souvent d’importants troubles sexuels (anorgasmie, manque de désir, dégoût de la sexualité et surtout vaginisme).

L’inceste symbolique et/ou réel, laisse des traumatismes graves. Mais au-delà, le plus difficile, c’est d’aider la personne à dépasser sa culpabilité car l’environnement socioculturel et éducatif la fait douter, voire pire lui impute la responsabilité et infiltre de la culpabilité. L’amener à comprendre qu’elle a pu prendre « un certain plaisir » soit directement (une certaine jouissance corporelle), soit indirectement (dans les bénéfices secondaires : cadeaux, place privilégiée dans la famille, écoute, reconnaissance …) et lui permettre de l’accepter enfin.

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