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L'AUTEUR
Bernadette PICAZO révèle l’importance de nos origines familiales sur notre plus ou moins grande résistance au stress. Elle décrit les stresseurs transgénérationnels et leurs conséquences sur nos vies personnelles et professionnelles, tout en nous invitant à fabriquer nos propres outils anti-stress et à les partager.
Bernadette PICAZO est Psychologue clinicienne, formatrice et coach. Elle travaille auprès des entreprises désireuses de prévenir les risques psychosociaux liés au stress au travail, et accompagne les cadres et managers confrontés à des changements professionnels.
EXTRAITS
Les dangers du stress au travail
« Aujourd’hui, le stress tue un salarié par jour en France », titrait récemment un quotidien national. Les suicides très médiatisés des employés du techno centre Renault de Guyancourt ont mis l’accent sur les risques psychosociaux et le stress au travail.
Les 1er et 2 février 2007, un colloque à l’initiative de l’Institut national de recherches et de sécurité (INRS) s’est tenu à Nancy sur le thème : « Le Stress au travail, une réalité. Quelle prévention, quels acteurs et quels outils ? »
L’Agence européenne pour la sécurité et la santé au travail définit le stress au travail comme étant « celui qui survient lorsqu’il y a déséquilibre entre la perception qu’une personne a des contraintes que lui impose l’environnement et la perception qu’elle a de ses propres ressources pour y faire face… » C’est l’état psychophysiologique de l’organisme en réponse à une contrainte.
Le stress au travail repose sur la capacité d’évaluation de la situation par le salarié. Il évalue l’enjeu de la situation et les ressources dont il dispose pour y faire face. Le stress aigu va résulter de la perception d’un déséquilibre entre ressources et contraintes. Si le déséquilibre persiste, le salarié va entrer dans une phase d’inadaptation au stress. L’augmentation de la charge allostatique va entraîner des conséquences sur sa santé et faire apparaître des risques psychosociaux.
L’épuisement d’un organisme longtemps soumis à une sur stimulation dans la vie professionnelle est à l’origine de graves atteintes à la santé physique et mentale des salariés.
Dans les premiers temps du stress chronique apparaissent des symptômes :
- physiques (douleurs, troubles du sommeil, essoufflement…) ;
- émotionnels (crise de larmes, nervosité pour les femmes, agressivité, violence, irritabilité pour les hommes) ;
- intellectuels (difficultés de concentration, erreurs, oublis, difficultés à la prise de décision, manque d’initiative…).
Les salariés tentent d’y répondre en consommant des calmants ou des excitants (café, tabac, alcool, médicaments, drogue…), en adoptant des comportements déviants et des mécanismes de défense organisationnels.
Si les conditions stressantes de travail persistent, le stress chronique se pérennise et les malaises deviennent des maladies plus graves : troubles musculo-squelétiques (TMS), hypertension, maladies cardio-vasculaires, dépression…jusqu’au suicide.
Depuis l’article L.230-2 du code du Travail, les employeurs ont obligation d’évaluer tous les risques de leur entreprise, y compris les risques psychosociaux. Ils doivent également préserver la santé physique et mentale de leur personnel.
À ces obligations juridiques s’ajoute le coût financier important de l’absentéisme, la perte de productivité et le turn-over découlant du stress et de son impact sur le(s) collaborateur(s).
En recherche d’équilibre entre vie privée et professionnelle, préoccupés par le développement durable, chefs d’entreprise et salariés devraient se retrouver sur les thèmes du bien-être et de la santé au travail.
…./…
Le stress d’anniversaire
Tant que notre arbre généalogique n’est pas allégé, le stress nous prépare à la fuite ou à l’attaque d’événements passés que nous ne pourrons jamais rencontrer dans le présent à moins que nous ne les reproduisions dans notre vie.
Ainsi, au « syndrome d’anniversaire » découvert par Anne Ancelin-Schützenberger , s’ajoute le « stress d’anniversaire ».
« Dans ma famille, depuis plusieurs générations, côté paternel, tous les hommes meurent à 53 ans d’un cancer des poumons.
― Quel âge avez-vous ?
― 52 ans. J’ai des crises d’angoisses la nuit. Je stresse le jour. Je ne veux pas mourir. Depuis quatre générations, nous fabriquons des jouets en bois. J’ai repris l’entreprise familiale, qui marche très bien. L’usine ne s’est jamais arrêtée, même pendant la Première Guerre mondiale. Ce sont les femmes de la famille qui l’ont dirigée pendant que les hommes étaient au front. En ce moment, je suis tellement stressé que je ne peux plus travailler. C’est mon fils qui a pris l’entreprise en mains. Je vais lui transmettre car je n’en peux plus, je suis à bout.
― Que s’est-il passé durant la Première Guerre ?
― L’entreprise familiale était détenue par quatre frères qui travaillaient ensemble. C’était plus un atelier qu’une usine. Ils ont tous été mobilisés. Seul mon arrière-grand-père est revenu. Mais il a été gazé. Il est mort plusieurs années après, en 1930, d’un cancer des poumons. Il n’a pas fait reconnaître sa maladie comme étant des suites de guerre. Il était très fier et ne voulait pas être assisté. Son nom n’est pas inscrit sur le monument aux morts de la commune. Vous croyez que cette histoire a quelque chose à voir avec mon stress ?
― Qu’en ressentez-vous ?
― Il paraît que dans le caveau familial, il manque un cercueil pour le plus jeune des frères. Son corps n’aurait jamais été rendu à la famille. Ce sont de vieilles histoires qui remontent à loin. Mon arrière arrière-grand-mère aurait pris le grand deuil. Elle s’est habillée définitivement tout en noir, avec un grand voile devant le visage, et n’aurait plus jamais parlé. Mon grand-père a repris l’atelier à la mort de son père, en 1930 donc. Il l’avait transformé en usine. La vie a repris son cours. Et personne n’a reparlé de cet épisode familial. Mon aïeule est morte à 90 ans sans jamais avoir reparlé. Je ne l’ai pas connue, elle est morte pendant la Seconde Guerre mondiale. Chez nous, on ne parle jamais de tout ça, on va de l’avant. Les clients, les commandes, les nouveaux modèles, “l’innovation dans la tradition”, c’est notre motivation et notre slogan. C’est l’humain qui importe chez nous. Le personnel et les clients doivent se rejoindre sur les valeurs de plaisir et l’épanouissement des enfants.
― Pensez-vous que les événements vécus par votre arrière arrière-grand-mère et ses quatre fils sont achevés ?
― Que voulez-vous dire ? Je ne comprends pas… Ce qui s’est passé entre 1914 et 1930 ne serait pas achevé ? Ça alors ! Je n’y avais jamais pensé. Il faut dire que tout ce que je vous ai raconté, c’est ma femme qui l’a découvert. Elle est comme vous, elle pense que nous héritons des traumatismes vécus par nos ascendants. D’ailleurs, c’est elle qui m’a conseillé de vous voir.
― Donc si j’ai bien compris, votre arrière-grand-père Jules est mort en 1930 des suites non reconnues de la guerre de 1914-1918, d’un cancer des poumons.
― Oui, à 53 ans. Et depuis, mon grand-père et mon père en ont fait autant. Surtout qu’ils fumaient tous les deux à la maison. À l’usine, il est interdit de fumer depuis toujours en raison du bois très inflammable. Les poumons, c’est notre point faible dans la famille.
― Qu’est-ce qui n’a pas été reconnu dans l’histoire de la guerre de 1914-1918 ?
― … Je me souviens maintenant. On disait que mon arrière-grand-père était plus ou moins responsable de la mort de son jeune frère. C’est pas clair. Il faudrait que je cherche. Il y a des papiers au grenier, des lettres, des carnets militaires. Ils étaient ensemble au front. Je vais chercher…
― C’est suffisant pour notre premier rendez-vous.
― Merci, je me sens déjà mieux, moins oppressé. Vous m’avez donné un axe de recherche. Je suis de nouveau dans l’action, pour moi c’est vital. »
Jean-Daniel
Au cours des entretiens suivants, Jean-Daniel a découvert son histoire familiale, qu’il ne connaissait pas. Les décès à 53 ans étaient bien en rapport avec Jules et son petit frère. Jean-Daniel a rendu le fardeau à Jules, son frère et leur mère. Sa santé s’est améliorée, il a survécu au syndrome et au stress d’anniversaire de ses 53 ans. L’entreprise a été transmise au fils. Aujourd’hui, Jules s’est engagé aux côtés de son épouse dans des activités humanitaires avec et pour les enfants.
Dans certaines familles, à chaque génération, il est normal de mourir au même âge de la même maladie. Dans un premier temps, c’est considéré comme une tradition.
Celui ou celle qui n’accepte pas cette fatalité, introduit un changement dans le système familial. Le syndrome d’anniversaire pointe un événement ou un deuil non achevé. Sa reconnaissance peut arrêter la répétition et réparer le système
dysfonctionnel.
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La fidélité familiale inconsciente
Vivre c’est souffrir, mais souffrir n’est pas vivre. Nous avons besoin de nous libérer des souffrances héritées, pour accéder à la réalisation de soi et être nous-mêmes. Porter le fardeau des autres perturbe gravement notre système de régulation. C’est un stresseur qui nous coûte de l’énergie et nous oblige à résister en permanence. Carl Gustave Jung a démontré que l’individuation, la pulsion à devenir soi-même, le besoin de se réaliser animait chacun d’entre nous.
La psychogénéalogie est une des voies de libération des scénarios du passé menant à l’individuation. Notre génosociogramme sur quatre ou cinq générations nous offre la possibilité de découvrir notre histoire familiale et d’y rechercher ceux qui ont tenté de se réaliser. Si nos ancêtres se sont accomplis, nous n’avons qu’à suivre la grande avenue déjà ouverte et à mettre nos pas dans les leurs. Notre individuation est alors aisée.
Dans le cas contraire, certains d’entre nous doivent d’abord réparer le système familial avant de se réaliser eux-mêmes. Dans un premier temps, nous héritons de la vie de labeur ou d’échec de nos aïeux et nous reprenons inconsciemment leur fardeau par fidélité familiale. Les malheurs ou injustices qui n’ont pas permis à nos ascendants de se réaliser doivent être entendus. Ce mouvement constitue un des premiers obstacles à lever sur le chemin de la réalisation de soi. L’énergie bloquée dans les valises des autres que nous portons sans le savoir, attend que nous la libérions.
Porter, conserver les fardeaux des autres par amour, nous condamne à les répéter. Nous nous identifions à ceux qui les ont vécus et nous ne vivons pas notre vie. Le refus d’écouter notre inconscient nous met à sa merci, par le retour du refoulé. La peur de vivre, c’est préférer rester dans un malheur connu plutôt que de changer et de chercher un bonheur inconnu.
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« Je ne savais pas que j’étais un homme de couleur. » L’histoire d’Édouard
Comment vit-on coupé de ses racines ?
Grâce aux mesures de personnalité et de stress QPM , j’ai été amenée à côtoyer des personnes hors du cadre de la psychothérapie ou de la formation. C’est dans le brouhaha d’un salon professionnel que j’ai rencontré Édouard.
Édouard est un beau quadra, à l’allure sportive, très sympathique, au sourire engageant. Il a le regard direct et le contact facile de ceux qui ont l’habitude de traiter des affaires avec la planète entière.
Tout de suite, j’ai été saisie par son parcours atypique : avec seulement un CAP en poche, Édouard a été le dirigeant de plusieurs entreprises. Il a brillamment réussi. Mais il a aussi tout perdu.
Édouard, en situation de blocage professionnel et personnel, souhaite retourner à la vie active de toute urgence. Il a conscience que sa trajectoire est la conséquence de son histoire. Il désire en comprendre les raisons et repartir sur de nouvelles bases, plus solides. Nous convenons d’un rendez-vous de travail pour un accompagnement personnalisé d’optimisation de son repositionnement professionnel. Des entretiens individuels sont programmés, utilisant la notamment la psychogénéalogie.
Les mesures QPM fournissent une base de travail pour l’analyse en profondeur de la personnalité, avec les points forts sur lesquels s’appuyer et les potentiels à développer. La psychogénéalogie a pour objectif, à travers le travail de réalisation du génosociogramme et d’analyse transgénérationnelle, de permettre à Édouard de revisiter son histoire familiale et de s’en libérer. Une prise de recul est également prévue, à partir de l’étude de son parcours professionnel. Le rapport au stress est le fil rouge qui conduit tout l’accompagnement. De ce travail, il ne sera question ici que des aspects transgénérationnels et de la trajectoire personnelle.
Le génosociogramme d’Édouard
Au téléphone, il me rappelle notre entrevue en se nommant le « grand métis avec des chaussures blanches ». Édouard est effectivement métis. Notre entretien va d’ailleurs entièrement tourner autour de son identité.
Raymond, son père, est Guadeloupéen. Sa mère, Arlette, est provinciale. Ils se sont rencontrés pendant leurs études, à Paris. Si leurs amours ne dérangeaient personne, le mariage, un départ pour la Guadeloupe et l’arrivée d’un enfant métis étaient impossibles à accepter pour la famille d’Arlette. Trop jeunes, les parents d’Édouard n’ont pas su ou pu résister au rejet de la famille. Le couple a tenu jusqu’aux trois ans du petit Édouard. Ecarté par la famille d’Arlette, son diplôme en poche, Raymond est rentré s’établir à la Guadeloupe.
Édouard porte le nom d’Arlette, puisque la famille a interdit à Raymond de reconnaître son enfant. Être fille mère en 1962 était une honte, une marque d’infamie pour une famille catholique. Un des frères d’Arlette propose d’adopter Édouard pour cacher « la faute ». Puis Henri, un collègue de travail, épouse Arlette et reconnaît Édouard.
À quatre ans, l’enfant prend le nom d’Henri, qu’il appelle Papa.
Deux ans plus tard, à la naissance de son petit frère, Édouard découvre que sa peau est un peu plus foncée que celle du bébé. À l’école, il subit insultes et brimades sans en comprendre la raison, puisqu’il porte un nom bien français et que ses parents sont blancs.
Édouard, qui ignore tout de son histoire, pose des questions, beaucoup de questions. C’est un silence gêné qui lui est opposé. Petit à petit, sa mère lui donne quelques explications. C’est une de ses tantes qui finit par lui raconter son histoire et lui donner le nom de son père.
Dans les années 1980, les salariés passent beaucoup de temps au bureau. Les parents sont souvent absents et s’occupent peu des deux garçons. Édouard prend soin de son petit frère dès l’école maternelle. Ils grandissent ensemble tout seuls. Alors que les parents sont des cadres diplômés aux revenus confortables, les enfants ne vont pas accéder aux études supérieures.
Édouard se réfugie dans le sport de haut niveau. De 7 à 25 ans, il enchaîne les entraînements et les compétitions en national, sans la moindre attention de ses parents. C’est surtout Arlette qui ignore Édouard. Elle ne s’intéresse pas beaucoup à son fils. Seul Henri assistera une ou deux fois aux matchs d’Édouard.
La mère d’Henri, Juliette, ouvre ses bras et son cœur à Édouard. Elle est la grand-mère aimante et aimée, alors qu’Édouard n’est devenu son petit-fils que par le mariage d’Henri, son fils, avec Arlette. C’est le seul membre de la famille, avec son arrière-grand-mère, la mère de Juliette, dont Édouard parle avec tendresse et reconnaissance. Ce sont des Parisiennes du XVIIIe arrondissement dont les ancêtres ont participé à cette vie publique et historique de la Ville de Paris qui a fait trembler tant de gouvernements. C’est le peuple de la solidarité, du franc-parler et de la chaleur humaine. Édouard porte ces valeurs-là.
Comme les parents sont des administratifs, Édouard est dirigé vers des études de comptabilité. Il passe donc le CAP, mais rend copie blanche au BEP. Actif, dynamique, aimant le contact humain, surdoué, très intelligent, Édouard réussit cependant dans son parcours professionnel à partir de la moitié des années quatre-vingt, en profitant de la montée en puissance de l’informatique. À 25 ans, il est chef de projet. Il anticipe sur l’essor des ordinateurs individuels et de l’Internet. Son ascension continue.
Vers 30 ans, il dirige des projets d’envergure internationale. La pression devient très forte, il passe sa vie dans les trains et les avions. Les enjeux et les budgets sont énormes. Ce sont les années de règne des golden boys. Si la rémunération est importante, le stress est intense.
Puis Édouard quitte le statut de salarié et devient associé de trois entreprises en même temps. Comme il a compétences, talents, savoir-faire et relations, ces entreprises explosent leur chiffre d’affaires.
Cependant, le 11 septembre 2001 marque un arrêt brutal de l’économie mondiale. Édouard et ses entreprises entrent dans une longue période de difficultés. Lors d’une escale en Guadeloupe, il contacte Raymond, son père biologique. Édouard a 35 ans. Les deux hommes passent un après-midi ensemble. Raymond a divorcé d’une Antillaise. Il est maintenant remarié. Édouard espère que son père maintiendra le lien, mais Raymond a sa vie. Cette journée de retrouvailles demeure sans suite.
Sur le plan personnel, à 23 ans Édouard a rencontré Alice, qui est originaire de Martinique. Leur relation a duré dix ans, parallèlement à une activité professionnelle très prenante. Un fils, Antoine, est né en 1992 : Édouard ne le voit pas beaucoup dans sa petite enfance, par manque de temps. Édouard et Alice ne sont pas bien acceptés par leurs belles-familles respectives. La famille martiniquaise d’Alice n’accueille pas à bras ouverts Édouard le demi Guadeloupéen. Les deux îles ont toujours été plus ou moins rivales. De leur côté, les parents parisiens d’Édouard n’apprécient pas Alice la Martiniquaise.
La pression du travail, les voyages incessants, les horaires à rallonge et l’hostilité des familles ont raison de cette relation. Antoine a 3 ans quand Édouard et Alice se séparent. Pour Édouard, c’est un déchirement car il ne voulait pas faire vivre à son fils ce qu’il avait lui-même traversé.
En grandissant, Antoine s’isole dans son monde et développe une forme de retrait autistique. C’est une descente aux enfers pour Édouard, qui adore son fils.
Puis Édouard tombe amoureux de Rachel. Elle le prévient que leur relation est vouée à l’échec car elle est juive sépharade. Édouard n’écoute que son cœur et passe outre. Encore une fois, les deux familles n’acceptent pas les amoureux. Les parents d’Édouard n’apprécient pas plus Rachel qu’ils n’ont apprécié Alice. Rejet, travail de sape de la famille, surmenage professionnel, effondrement des affaires, baisse des revenus, perte du train de vie ont raison de cette relation tumultueuse.
Aujourd’hui, Édouard se consacre à l’épanouissement de son fils. Il a appris à ralentir son rythme pour aller à son pas. Après de longues recherches, il a trouvé une école spécialisée en Belgique où Antoine est enfin serein. C’est chez sa grand-mère Juliette qu’il a trouvé refuge, soutien et affection. À 45 ans, Édouard est au milieu de son parcours. Il s’est momentanément retiré des affaires, pour réfléchir et prendre du recul. Après avoir dévoré la première partie de sa vie, il est à même de faire des choix conscients pour aborder la suite.
Analyse transgénérationnelle
En termes de fidélités familiales inconscientes, nous voyons Édouard reproduire deux fois des couples identiques à celui de ses parents.
Raymond et Arlette étaient de cultures différentes. Leur relation et leur enfant n’étaient pas acceptés par leurs deux familles. La pression exercée sur eux les a obligés à se séparer. Les lignées d’Édouard n’ont pas « fait famille » autour de lui. Il dit qu’il porte toujours un sac sur l’épaule. Il est prêt à partir. Il ne voit plus ses parents. Il ne possède pas une place à lui, sauf auprès de sa grand-mère d’adoption.
Rejet, abandon, licenciement, trahison, jalousie, séparation et échecs jalonnent son parcours professionnel et personnel. La question de la place et de l’identité y est prépondérante. Parfois, pour avoir une place, il faut s’en faire une et choisir un lieu où s’enraciner. Édouard est privé des énergies de ses ancêtres, qu’il ne connaît pas. Il ne possède pas encore de racines, ni de lieu où les planter.
Jusqu’à la naissance de son demi-frère, Édouard ignore sa différence. Il découvre que sa peau est plus foncée que celle du bébé, et pose alors des questions.
« Je ne comprenais pas et personne ne voulait m’expliquer. »
Son identité dépend-elle de son choix ? Comment être la moitié de quelque chose et quelle moitié choisir ? Être moitié guadeloupéen et moitié du terroir français tout en vivant à Paris est un assemblage difficile à maintenir.
Il dit avoir choisi Paris et la France, mais son apparence physique lui a valu douze mois de brimades et de violences pendant son service militaire, et trop souvent ailleurs. Sa demi-Guadeloupe se rappelle à lui sans arrêt bien qu’il n’y ait jamais vécu et qu’il ne connaisse pas sa famille. Même coupé consciemment de son histoire, Édouard porte inconsciemment les traumatismes de la déportation, de l’esclavage qui a duré jusqu’en 1848, et des mauvais traitements subis par ses ancêtres dans les îles.
Quelle a été la vie de sa famille paternelle ? Quelle a été la vie de son père ? Les violences que subit Édouard, sont l’écho d’autres violences qui ne veulent pas être oubliées. Son histoire paternelle se réactualise en lui, par les ruptures et les questions d’identité et de lieux qu’il vit.
Du côté de sa mère, Édouard est également coupé de l’histoire familiale. Il ne sait rien des événements qui se répètent dans sa vie actuelle. Comment la grossesse d’Arlette s’est-elle passée ? Le fœtus porte l’empreinte des événements bouleversants vécus pas sa mère.
Que s’est-il passé à sa naissance ? Comment a-t-il été accueilli ? Comment a-t-il vécu les disputes autour de son nom et l’interdit fait à son père de le reconnaître ? Jusqu’à ses 3 ans, son père est présent – mais où ? Que se passe-t-il après la séparation de ses parents ? Le mariage de sa mère ?
Les questions sur le début de la vie d’Édouard demeurent sans réponse. Pourtant, il dit qu’il entre dans la vie active comme un taureau dans l’arène ; plein de fougue, il fonce tête baissée. Cependant, ce qui reste en souffrance à la fin de l’adolescence réapparaît à la crise de la mi-vie. C’est le retour du refoulé. Édouard est en panne, bloqué, arrêté par les ruptures dans son propre scénario de vie, lui-même répétition de scénarios inconnus hérités de ses parents et de ses lignées.
La vie demande à être honorée. Nous devons donner une place aux événements heureux et malheureux que nous vivons. C’est ensemble que nous devons fêter les bonheurs et pleurer les malheurs. Nos familles doivent avoir une histoire connue et partagée. Le silence, les non-dits et les secrets sont des poisons qui gangrènent les racines dont nous avons besoin pour que nos arbres généalogiques trouvent la lumière et se développent. Pour repartir dans la vie, Édouard doit accepter ce qui est et ce qui a été.
Grâce à son génosociogramme, il a mis de l’ordre dans son histoire. Les deux systèmes familiaux de son père et de sa mère ne se sont pas intriqués, c’est-à-dire entremêlés. Accepter la différence est un chemin parfois difficile à parcourir. Édouard a affronté personnellement cet écueil, puisqu’il a essayé à deux reprises de créer des couples mixtes, sans succès. Jusqu’à présent, Édouard a choisi de s’exclure de ses systèmes familiaux d’origine. Le travail d’acceptation est en cours de réalisation. Une connaissance de l’histoire de la famille au-delà de ses parents est nécessaire à la constitution de racines. Édouard est l’enfant de ces lignées-là. L’accès aux énergies de ses ancêtres est capital pour rebondir.
Les parents d’Édouard ne font pas obstacle à cette réappropriation.
En renouant les liens familiaux, Édouard a pu construire symboliquement son propre système familial sans avoir à choisir. Son génosociogramme lui a donné une place : « Je suis ici, entre la lignée de ma mère et celle de mon père. Ils se réunissent en moi. J’inclus tout le monde. »
La question du stress court tout le long de nos entretiens. Édouard l’ignore. Pour lui, la vie doit se vivre pleinement. L’analyse des revers et ruptures qu’il a vécus lui a fait constater que son stress chronique lui a fait prendre, dans l’urgence, des risques inconsidérés. Malgré sa force physique et mentale, il reconnaît l’état d’épuisement dans lequel il était quand ses trois entreprises se sont arrêtées. Depuis deux ans, il est en convalescence d’un burn out qu’il n’avait pas identifié.
Son fils, Antoine, lui apprend la lenteur. Très désireux d’entrer en contact avec cet enfant, Édouard se met à son rythme et apprend à communiquer autrement.
Après ce travail de fond, Édouard a repris son activité professionnelle sur des bases plus solides. Il a tiré la leçon de sa première tranche de vie personnelle et professionnelle. Cette période de retrait lui a donné l’occasion de mieux se connaître et de fixer ses propres priorités.
Ayant établi le plan de sa seconde tranche de vie, il sait où il veut aller et ne se laisse plus emporter par sa fougue. Très soucieux du stress, qu’il prend soin de mesurer régulièrement, il développe des projets innovants à l’international.
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En prenant votre vie en main, vous devenez consciemment créateur (rice) de votre monde.
Transformez vos fragilités en forces en nettoyant vos lignées familiales.
Fabriquez vos propres outils anti stress et partagez-les.
Plus nous ferons pétiller nos vies, plus nous évoluerons harmonieusement ensemble sur des systèmes vivants.
De votre joie de vivre dépend la mienne puisque nous sommes tous en interdépendance.
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NOTES:
1- Voir, par exemple, l’article du 10 février 2008 paru sur le site du Nouvel Observateur, « Troisième suicide
au techno centre de Guyancourt » : « Dans le courrier [laissé à sa femme et son fils], cet homme en passe d’être nommé cadre – une promotion rare précise Le Parisien, explique qu’il ne se sent “pas capable de faire ce travail, que le travail est trop dur à supporter”. » (http://tempsreel.nouvelobs.com/actualites/social/20070220.OBS3370/)
2- Anne Ancelin-Schützenberger, Aïe, mes aïeux ! – Liens transgénérationnels, secrets de famille, syndrome d’anniversaire, transmission des traumatismes et pratique du génosociogramme, Paris, Desclée de Brouwer, 2001.
3- Chef d’entreprise prospère rencontré dans le cadre d’un entretien de psychogénéalogie et de gestion du stress.
4- Quantic Potential Measurement un outil d’aide à la connaissance de la personne, qui met notamment en évidence les différentes formes de stress et d’anxiété susceptible de la freiner, utilisé par les coachs en entreprise, la médecine du travail, la formation professionnelle, les psychologues... -------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
Bernadette
Picazo, Psychologue clinicienne
Meudon, France
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