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Né avec moi?
A la sortie du ventre de Maman, tu étais déjà là.
Je ne me rappelle pas des premiers jours de ta présence. J’étais trop occupé à découvrir ce
monde étrange où je venais d’être projeté.
Ce qui me rassurait alors était les voix et les odeurs, les contacts des autres êtres présents
autour de moi. Ceux qui savait, ceux qui avaient déjà l’expérience de la vie.
C’est quand la nuit venait, que les voix s’éloignaient puis se taisaient, que j’étais seul dans le
noir appelant en vain au secours ; que peu à peu ta présence s’est fait sentir.
Tu as protégé mon sommeil.
Et j’ai grandi.
Tu étais toujours là.
J’ai découvert la parole.
Le jour, je vivais des événements nouveaux, certains heureux d’autres moins, le soir tu
recevais, précieux témoin, mes plus intimes confidences.
Mes secrets sont devenus les tiens, aucun endroit au monde ne fût plus sûr que toi pour garder
mes trésors.
La vie peu à peu s’est installée, je me suis éloigné du doux ventre maternel, l’air si essentiel
oxydé mes rêves.
J’ai continué à te parler, à dormir dans tes bras, je t’ai agressé, arraché un œil, déchiré,
barbouillé de stylo feutre…
Meurtri, coupable, blessé de t’avoir blessé ; j’ai souvent pleuré pour toi.
Tu ne t’es jamais plaint.
Aujourd’hui, je suis un homme, une femme. Tu es là posé sur le lit, rangé dans un carton ou
perdu lors d’une diablerie du quotidien.
Mais tu es là …au fond de moi.
C’est vrai, je t’ai éloigné…Je me rappelle ce premier amour, ces yeux là, ce parfum là, ce
cœur là… qui t’a rangé au grenier.
Oublié Nounours, Doudou, Totote…enfouis dans l’enfance enfuie.
J’aime, je suis adulte je maîtrise tout de la vie, je n’ai plus besoin de toi.
Et puis …le bel amour est parti !
Je me revois fouillant frénétiquement le grenier à ta recherche et l’instant des retrouvailles,
des doux pleurs dans tes bras. Te faisant subir ce que jamais je n’aurais oser infliger à
l’autre défaillant.
L’œil manquant, la déchirure, le bouton arraché, le gribouillis…tout est là.
Ce qui t’est arrivé m’est arrivé, tes blessures sont mes blessures, tu es une partie de moi.
Tu es le miroir ou, si je le veux, je peux voir les moments de ma vie que j’ai caché derrière le
rideau de l’inconscient.
Demain j’ai rendez-vous avec mon psy…je lui parlerais de toi…
Pascal ZENTZ
Psychanalyste
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