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A QUOI SERVENT LES SYMPTÔMES
(ou qu'est-ce qu'un symptôme en psychanalyse)

Par Dominique Cuny, Psychologue Clinicien, Psychanalyste, Poissy, France
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A QUOI SERVENT LES SYMPTÔMES

(ou qu'est-ce qu'un symptôme en psychanalyse)

Pour Freud dans "introduction à la psychanalyse", le symptôme a un sens à rechercher dans l'inconscient. Il fait un parallèle entre le symptôme et la structure du rêve, le symptôme est un désir réalisé: "Le sympt reproduit d'une manière ou d'une autre cette satisfaction de la première enfance, satisfaction déformée par la censure qui naît du conflit..." (1).

Lacan reprend la thèse freudienne et dit que le symptôme est structuré comme un langage, c'est-à-dire qu'il est analysable. Le symptôme dans son enseignement de 57 est structuré par le processus métaphorique du langage, il est une formation de l'inconscient comme le rêve, le mot d'esprit, le lapsus... "les écrits" (2). 

Dominique Cuny
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En 1971 dans "lituraterre" (3) il revient sur le symptôme métaphore pour y adjoindre une notion supplémentaire, celle de symptôme jouissance. Après donc avoir à partir de la lecture de Freud et de la linguistique, dégagé la structure de langage de l'inconscient, c'est dans les années 70 qu'il définit l'incs à partir du réel et donc de la jouissance Dans le séminaire "Ou pire" (4), il définit le symptôme comme lettre à la jonction du symbolique et de la jouissance. La lettre est le résultat d'un signifiant refoulé qui fait retour partiellement et revient avec sa charge de jouissance.

La lettre vient pour marquer la place du signifiant qui fait retour. Le signifiant n'est donc pas directement lisible dans le discours du patient, mais la lettre en marque sa trace de jouissance sous forme de lettre (Ex l'analysante qui cherche dans sa fascination pour la chanteuse Barbara son père inconnu Berbère de surcroît, l'homme aux loups avec le chiffe V qui marque des moments de la scène primitive traumatisante, Hans et les signifiants "Wegen" à cause et "Wagen", voiture qui font équivoque, et déclenchent la phobie des chevaux attelés). La lettre n'est pas à lire, elle ne fait pas métaphore et sens, elle est juste un marqueur qui a pris sa source dans le signifiant originaire et refoulé. La lettre c'est le signifiant détaché de sa valeur de signification, détaché du signifié.
Voilà pourquoi pour les psychanalystes lacaniens, il ne faut pas interpréter sur le sens "Nourrir le symptôme de sens" dit Lacan, mais laisser filer les équivoques dans les mots (ou lettres) pour toucher au réel de l'inconscient (l'inconscient réel). Lacan dira même que dans l'analyse on interprète à partir de l'équivoque. le symptôme a un sens, mais il faut s'abstenir de lui donner du sens prématurément. lui donner du sens serait le renforcer dans le symbolique au détriment de la jouissance qui le sous-tend. Après 1970, le symptôme est donc devenu l'effet du symbolique dans le réel "D'un discours qui ne serait pas du semblant"(3). Dans ce séminaire le signifiant est de l'ordre du semblant et la jouissance de l'ordre du réel, représenté par la lettre. Dans l'inconscient deux structures coexistent donc, la structure du langage et la jouissance, mais il y a nécessité de les différencier.

La jouissance du symptôme a à voir avec le concept de "lalangue", la langue maternelle, la langue entendue par l'enfant dans sa jouissance sonore jouerait selon Lacan un rôle essentiel dans la structuration de notre inconscient. La Lalangue est cette langue propre à chacun qui associe au langage la notion de jouissance, c'est par exemple l'accent vérifiable pour chaque langue étrangère, de l'allitération ou l'assonance en poésie (ex l'accent). Dans la psychanalyse à la différence des psychothérapies (TCC, gestalt...), ce n'est pas la forme du symptôme qui est visée mais l'inconcsient et donc son expression de jouissance dans la lettre.

Le symptôme de l'enfant:

Il est rare que les enfants consultent d'eux mêmes, qu'ils se disent qu'il y a quelque chose qui ne tourne pas rond. L'enfant présente un symptôme gênant pour son entourage, une agitation, un problème scolaire,des colères, des peurs... En règle générale ce sont les parents, les enseignants, les éducateurs qui sont alertés et qui conduisent l'enfant chez le psychanalyste ou le psychothérapeute. L'abord analytique consiste à prendre au sérieux ce symptôme car l'enfant qui présente un symptôme gênant pour son entourage pose toujours une question. Nous devons prendre ces symptômes tout à fait au sérieux, mais notre écoute portera sur la demande de l'enfant lui-même, de quoi lui se plaint, qui n'est peut-être pas la même chose que les adultes qui sont à l'origine de la consultation. Les questions de l'enfant derrière leurs symptômes, concernent souvent des questions fort graves qui portent sur leur existence même. Question sur son origine :d'où est-ce que je viens? de quel désir suis je né ? Que suis-je pour l'Autre?

Puisque c'est le langage qui impose à l'être humain de s'interroger ( parlêtre), d'être confronté à ces questions, les réponses que l'enfant va trouver, il va les chercher auprès de l'Autre. Pour Lacan le grand A c'est le symbolique, soit les valeurs, les codes, le sens transmis par les parents. En même temps que les parents apprennent à l'enfant à parler, ils lui transmettent leurs désirs, leur rapport à l'autre, au partenaire, au sexe, à la filiation, à leurs propres parents... A travers ces messages implicites et explicites, l'enfant va avoir des réponses sur l'amour, le désir, sur ce qu'ils attendent de lui, de ce qu'il représente pour eux... Toutes ces interventions de l'Autre vis à vis de lui-même, l'enfant les entendra comme des réponses sur son existence, sa raison d'être.
Ainsi l'enfant trouve dans l'Autre un certain nombre de clés, pour se construire une justification à son existence.

Quelle est l'attente des parents? En ce qui concerne la mère par exemple, son enfant est souvent en position d'objet de satisfaction, de plaisir . Les soins que la mère lui prodigue, impliquent tout autre chose que la satisfaction des besoins vitaux. Il y a une satisfaction autre, en plus, on parle d'enfant en position d'objet a de la mère (objet cause de désir), reste de jouissance. On sait les ravages pour ses enfants qui ne sont pris que dans les soins factuels sans ce plus du désir et de la satisfaction libidinale. Dans les services de néatologie, dans les orphelinats, l'enfant n'est pas regardé, aimé, il n'est pas objet de satisfaction, on s'assure uniquement qu'il soit propre, bien nourri, et depuis Spitz on connaît les symptômes qui frappent ces enfants dans la jouissance du soin sans être pris dans le désir de l'Autre, ça s'appelle l'hospitalisme. Ce sont des enfants qui ne rient pas, n'ont pas d'expression affective et sociale et qui souvent se laissent mourir.

En ce qui concerne le père, il a fonction de faire coupure dans ce lien duel entre la mère et l'enfant, dans la satisfaction libidinale. Il est celui qui fait la loi, qui dit à l'enfant : "tu ne coucheras pas avec ta mère" et à la mère: "tu ne réintroduiras pas ta progéniture". Le père est le garant de la loi, il est le père interdicteur de la jouissance (père symbolique), il est aussi celui qui jouit de la mère, un père jouisseur (père réel traumatique, père du mythe de totem et tabou). Le père est donc celui qui articule les deux registres, celui de la loi symbolique et de la jouissance. Cette jouissance-là qui passe pa l'oedipe, sexualisée par l'oedipe, est dite phallique. Elle introduit la question de rôles, des générations, de l'interdit de l'inceste, de la différence des sexes. Chez les lacaniens on parle de la métaphore paternelle, le désir du père sur la mère, fait chuter l'enfant en position d'objet a de la mère et phallicise le désir.

Qu'est-ce qu'il se passe quand l'enfant n'a pas en sa possession la métaphore paternelle pour répondre à la question de la jouissance? c'est son corps qui répond, corps non phallicisé, objet de jouissance de l'Autre, c'est le symptôme phobique comme chez Hans, et toute la déclinaison des symptômes névrotiques ou psychotiques.

"Le séminaire IV " est presque entièrement consacré au cas du petit Hans, analysé par Freud. Ce petit garçon de 4 ans, vivait jusque-là un bonheur et une satisfaction parfaite en totale harmonie avec sa mère. C'était l'enfant qui comblait ses parents, le petit géni, jusqu'au jour où patatras, la catastrophe arrive, le couperet tombe. Il présente à sa mère quelque chose qui fait irruption, qui fait tache dans son monde harmonique. ce quelque chose c'est l'érection (en même temps, il y a eu la naissance de sa petite soeur), (érection chez le garçon, mais cette excitation sexuelle est valable aussi chez la petite fille).Donc Hans présente cette érection à sa mère qui le repousse en lui signifiant son dégoût. Voilà le garçon encombré de son érection , de son corps, d'une jouissance dont il ne sait que faire. Lacan dit que si Hans est encombré par cette jouissance c'est parcequ'il ne peut recevoir de réponse du fait du type de parents qu'il a. Effectivement les parents ne s'entendent pas très bien (ils divorceront), la mère de Hans à un certain plaisir à chasser le père du lit conjugal pour y placer son fils chéri, et le père a une attitude complaisante. La mère est complaisante à l'éviction du père, tout en rejetant l'érection du fils et le père se laisse faire, moyennant quoi l'enfant reste encombré car il n'y a personne comme le dit Lacan pour "lui prendre la chose des mains". Hans n'a pas peur de perdre son robinet, il sait qu'il est bien vissé. Son problème c'est qu'il n'arrive pas justement à perdre cette jouissance en trop. Il n'y a personne pour lui dire:" pas touche, ce n'est pas ton affaire, tu verras plus tard". personne pour lui symboliser la position phallique, celle incarnée justement par le père auprès de la mère. La castration paternelle n'a pas été opérante, castration non pas dans le sens d'enlever l'organe, mais au sens où il s'agit d'apporter une réponse à la question: "Qu'est-ce que c'est que ça? A quoi ça sert?". Hans ne reçoit aucune réponse de son père qui pourrait être du type: " ça c'est l'affaire de papa et de maman". Alors l'enfant va chercher des réponses lui même dans des théories sexuelles infantiles. Là où le père dans sa fonction symbolique (la loi) et sa fonction réelle (la jouissance phallique), est inexistant, Hans à travers son symptôme va tenter de mettre à distance la question phallique, la castration... symptôme de la chute du cheval, de la morsure, des yeux noirs... II y a toujours un moment où l'enfant se sent dépité, déçu de ne pas obtenir de ses parents l'amour qu'il attend d'eux. Il s'aperçoit que, malgré tous ses efforts pour répondre à leur désir, il n'est pas tout pour eux. ça se passe à l'occasion de la naissance d'un petit frère ou d'une petite sœur, la venue d'un autre enfant prouve qu'il n'a pas suffi à combler le désir parental, notamment de sa mère.

Il vaut mieux qu'il ne soit pas tout pour ses parents, tout pour sa mère, il vaut mieux qu'il y ait dans le circuit un tiers qui ordonne le va et vient de la mère. Qu'elle s'en aille rejoindre le père, qu'il y ait pour lui un lieu où s'incarne son désir à elle, hors l'enfant, un lieu qui l'empêche de se croire satisfaisant, de croire qu'il puisse combler l'attente maternelle.

Que faire du symptôme de l'enfant?

La psychothérapie vise à une amélioration symptomatique par une utilisation du transfert (suggestion) et l'identification au thérapeute (renforcement du moi), la psychanalyse c'est le processus d'écoute qui va prendre au sérieux la question de l'enfant dans le: "D'où est-ce que je viens et pour quoi faire? qui suis-je pour l'autre?". L'identification ne résume jamais l'identité du sujet, ne dit jamais ce qu'il est dans sa vérité inconsciente, sa vérité inconsciente étant celle de la justification de son existence. L'enfant étant dépendant de ses parents, pour le traiter, il faut entendre les parents, ce qu'ils ont à dire, mais cela ne suffit pas, il y a toujours une implication de l'enfant dans ce qui lui est donné dans le dispositif familial où il constitue ses identifications.
Il est nécessaire d' offrir à l'enfant le dispositif d'écoute qui lui permette de prendre la parole à son tour, pour émettre ses propres signifiants maîtres et cerner" l' objet a" qu'il est pour l'Autre ou qu'il recherche sur l'Autre.

NOTES:
1- Freud, "Introduction à la Psychanalyse", Petite Bibliothèque Payot, 2001
2- Les Ecrits, Edition Seuil, 1966
3- Lacan, " Lituraterre", revue"littérature" larousse n°3 oct 71,"Autres Ecrits" Seuil 2011, "D'un discours qui ne serait pas du semblant"Champ Freudien, Seuil 2006.
4- Lacan, Le Séminaire. Livre XIX, Champ Freudien, 2011
5- lacan, Le Séminaire Livre IV, La relation d'objet, Seuil, 1957


Par Dominique Cuny 
Psychologue Clinicien, Psychanalyste
Poissy, France
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