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Interview de Nicole Lecocq-François dans la revue Bioinfo 
(Revue Bioinfo, No. 87, Mars 2009)

Nicole Lecocq-François
Psychothérapeute Catharsiste glaudienne
Belgique -
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INTERVIEW DE NICOLE LECOCQ-FRANCOIS PARTIELLEMENT DIFFUSEE DANS LA REVUE BIOINFO N°87, mars 2009.

Quels sont les fondements de la « catharsis » dite « thérapie des profondeurs » ?

La Catharsis glaudienne est aussi appelée « thérapie du tunnel ». Elle a pour objectif de désocculter, en quelques semaines, sans hypnose, tous les événements enfouis remontant à avant, pendant et après la prime enfance. Ces occultations, une fois revécues avec toute leur intensité et leurs détails, libèrent le corps et le psychisme de ses déséquilibres. 

L’expérience clinique a largement démontré qu’il était nécessaire et suffisant de « revivre » intégralement ces expériences traumatisantes ainsi que le moment et le mode d’occultation, pour que les symptômes disparaissent et que la personne guérisse de ses souffrances. On aura effectivement compris que lorsque nous sommes incapables de comprendre, de « digérer » un événement et que nous l’effaçons purement et simplement pour qu’il ne dérange plus notre conscience, nous bloquons le processus de deuil – et donc de guérison - qui s’était automatiquement amorcé et empêchons l’intégration de la réalité de ce qui s’est passé. Tôt ou tard, la personne tentera de terminer le processus en s’exprimant par des symptômes physiques et/ou psychiques en lien avec la teneur du traumatisme. Seule une régression la replongeant dans la scène initiale lui permettra de reprendre le processus là où il s’était figé, de le mener à son terme et de se libérer de ses symptômes. C’est ce que l’adulte peut faire désormais, alors que l’enfant fragile et seul face à son trauma, ne le pouvait pas. La Catharsis glaudienne est particulièrement percutante quand la personne a occulté sa souffrance, mais elle est tout aussi efficace quand la personne a des souvenirs conscients, car même dans ce cas, des affects restent enfouis dans le subconscient.

Albert Glaude est à l’origine d cette thérapie. Qu’a-t-il découvert et mis en évidence par rapport aux autres théories-thérapies ?

L’approche d’Albert Glaude découle entièrement de la clinique sans qu’il n’y ait application quelconque d’une théorie. Ce qu’il a vraiment découvert, c’est l’occultation, mécanisme puissant non comparable au refoulement. C’est donc la capacité qu’a le cerveau de rayer, en quelques secondes parfois, un événement, ou une partie d’événement ou encore les émotions liées à un événement, de le rayer donc de la mémoire consciente. C’est un mécanisme biologique de décharge de la douleur psychique qui, s’il ne se mettait pas en place, menacerait l’équilibre mental de la personne, en cas de traumatisme profond. Il est un mécanisme de survie. 

Ce qu’Albert Glaude a également vraiment découvert, c’est le Tunnel mental que chacun peut visualiser et qui contient tous les avatars non libérés à l’intérieur de la personne. Il serait plus exact de dire que c’est une de ses consultantes qui le découvre en 1978, car un tunnel émerge spontanément dans sa conscience, alors qu’elle est en séance thérapeutique avec Albert Glaude. Le grand mérite de ce dernier est bien sûr d’avoir, à partir de là, multiplié les observations et recoupements, vérifié et avalisé la reproductibilité d’une façon de traiter devenue une méthode. 

Il a mis au point une évaluation permettant de voir si la personne a besoin et est prête à vivre une Catharsis. Il a découvert le paysage s’imposant au bout du Tunnel lorsque la thérapie se termine, lorsque le passé a libéré toutes ses réminiscences encombrant le présent. 
Il a découvert que l’interventionnisme du thérapeute mettait le plus souvent à mal le bon déroulement d’une thérapie, que le fil conducteur qui mène à la guérison est entièrement régi par le subconscient et donc que le rôle du thérapeute était d’accompagner la personne à établir la connexion profonde avec elle-même.

Le phénomène de l’occultation prend donc une place considérable dans cette approche thérapeutique. Comment « soulever » celui-ci sans faire de dégâts profonds au niveau de l’âme ?

Les dégâts profonds dans l’âme ont été créés au moment du traumatisme. Lorsqu’un tout petit est battu, par exemple, il vit la souffrance physique et la pire souffrance qu’est la souffrance morale : l’humiliation, la croyance qu’il est très mauvais si on le bat, qu’il n’a pas le droit d’exister etc. L’occultation permet de s’en tirer « avec le moindre mal ». C’est quelque chose comme : « si je fais comme si cela n’existe pas, alors, je ne souffre pas ; si cela n’est jamais arrivé, alors tout va bien ; alors je fais comme si cela ne s’est pas passé. D’ailleurs, c’est un sujet dont on ne parle jamais. Quand le voisin entend mes cris et qu’il me voit le lendemain, il baisse les yeux ; quand mon professeur voit mes bleus sur les jambes et ne dit rien, c’est qu’il ne faut pas en parler ». Sauf que le subconscient ne connaît pas le temps. Et quand je me retrouve adulte, par exemple, je reste enfermé dans le silence, la crainte, l’hypersensibilité à la violence, dans l’inhibition d’action, je ne sais pas prendre ma place… Et j’ai besoin de guérir de tout cela. Dans une catharsis, l’enfant souffrant en moi va enfin être entendu dans ses souffrances. Je vais revivre ces douleurs, dans un milieu sécurisant, accompagné par le thérapeute dans une relation empathique ; l’enfant n’est plus seul dans son vécu, il reçoit et se donne l’empathie qui l’aurait guéri s’il l’avait reçue à 4 ans, 8 ans, 10 ans… au moment des faits. L’âme reçoit l’empathie, la conscience et la vérité dont elle a besoin et se libère ainsi, car la personne qui avait dû se quitter pour survivre revient à elle-même.

Il faut comprendre deux choses :
La première est que si l’enfant a été capable de vivre et puis d’occulter un événement, l’adulte qu’il est devenu, peut le supporter grâce à la capacité de recul qu’il a acquise du fait qu’il n’est plus dépendant de l’adulte pour vivre, tout simplement. 

Ensuite, personne ne revivra en Catharsis ce qui l’a traumatisé, s’il n’est pas prêt à le faire. Il n’y a donc pas de décompensations. Le subconscient, au rôle essentiellement protecteur, est le maître d’œuvre du déroulement de la libération des affects, et non le Catharsiste glaudien qui jamais ne forcera quoi que ce soit. 

Dans les conclusions de mon livre « Une vérité qui libère » (éditions Quintessence 2009), je précise que lorsque le travail de Catharsis est terminé, « la personne rejoint son être spirituel ». Une consultante « au bout du Tunnel » souligne entre autres : « Je ressens la plénitude totale, à tout niveau, je n’ai jamais connu cela. Mon corps et mon âme ne sont plus séparés… Mon âme ressent beaucoup de paix, plénitude, joie, bien-être, calme, beauté, je me sens lumineuse… ». Il faut bien se dire que si la personne consulte au départ, c’est bien parce qu’elle se sent tourmentée dans son corps (parfois) et dans son âme (toujours).

Comme se passe concrètement une thérapie chez et avec vous ?

La personne qui se présente en consultation vit une première rencontre d’évaluation qui est avant tout un temps d’accordance avec le thérapeute, une anamnèse des souvenirs conscients et une investigation du subconscient. Cette évaluation ne comporte aucune catégorisation, aucune analyse, aucun diagnostic, mais permet au thérapeute de voir si la Catharsis est adaptée à la personne et si celle-ci est prête à la vivre (dans le cas inverse, cela permet d’orienter vers une autre thérapie). La personne peut ainsi sentir comment elle vit cette approche et décider si elle poursuit le travail.

Le rythme des séances est alors déterminé, des séances de trois heures maximum, qui démarrent assez vite « au divan »
[1]  , dans un état de relaxation (et non d’hypnose) guidée, pour accéder ensuite au « retour dans le passé » par les régressions. Celles-ci sont déclenchées par l’état de pression des symptômes de la personne consultante et facilitées par les ressentis du corps et le passage des portes du Tunnel. Les face à face avant et après le divan favorisent la compréhension et l’intégration des vécus et des revécus.

Quels types de souffrances vivent vos patients ? Exemples ?

Autant la forme des symptômes peut être variée (cela va de la dépression nerveuse à l’eczéma, en passant par les troubles sexuels, les troubles obsessionnels compulsifs, les phobies, l’anorexie etc…), autant on retrouve des blessures plus ou moins profondément enfouies d’humiliation, d’abandon, de perte de confiance, de peur pour la survie, de honte, de non-droit à l’existence, d’isolement, de terreur… Toutes sortes de situations vécues alors que l’enfant était un être dépendant de son environnement et des dérives de la vie. 

Et la spiritualité dans votre approche, la prière ? Quelle place ?

L’ego est profondément touché par les blessures d’enfance et il contamine la personne aussi dans son cheminement spirituel, puisqu’elle n’a plus ou pas sur certains points, accès à son intériorité profonde. Lorsque la personne guérit, elle rejoint son plan spirituel, comme je l’exprime plus avant. Cet accomplissement se produit en dehors de toute croyance religieuse si la personne est laïque. Comme je l’écris dans mon livre, « à ce stade, la spiritualité ne se confondra plus jamais avec les croyances personnelles et le sectarisme ». La prière, je dirais, n’a aucune place dans la Catharsis, sinon si la personne en a besoin et prie spontanément. Mais demander au subconscient de nous libérer de nos douleurs profondes en nous en donnant l’accès, pour que nous devenions des êtres conscients, n’est-ce pas une forme de prière ? 

Le pardon est important dans tout processus de guérison. Un long cheminement… comment y arriver concrètement ?

Le pardon survient… ou ne survient pas. Ce qui guérit, c’est la libération de la douleur. Ce qui permet de pardonner, c’est de guérir et non l’inverse. Certaines personnes estiment que ce n’est pas à elles de pardonner. Ce qui se produit par contre toujours, c’est la compréhension en profondeur du cercle vicieux de la douleur et cela ouvre un espace de compassion qui n’était pas possible avant.
Certaines personnes avaient suivi avant leur Catharsis, des méthodes pour pouvoir pardonner. Elles se sont aperçues en cours de travail, qu’au plus profond d’elles-mêmes, il restait de la rancœur. La rancœur a disparu avec la disparition de la douleur. Car comment pardonner vraiment si l’on ignore comment on a ressenti en profondeur ce qui nous est arrivé, si on ignore au fond ce qui nous est vraiment arrivé ?

Le plus beau chemin reste probablement le pardon à soi-même ; à un moment donné ce besoin de se pardonner s’impose – se pardonner de ne pas avoir compris plus tôt, de s’être tu, d’avoir prolongé le conditionnement de l’enfance, d’avoir perpétué la douleur etc… - et c’est la conscience de ce besoin qui permet au processus de se faire. Car si les personnes viennent en Catharsis parce qu’ils n’en peuvent plus de subir leur mal-être et leurs symptômes, ce qu’ils y découvrent en même temps, c’est un chemin de conscience.

Nicole Lecocq-François
Psychothérapeute Catharsiste glaudienne, Belgique
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[1] Voir la distinction dans mon livre entre le divan glaudien et le divan freudien.
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