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Impression ou certitude?

Par Dominique Jeanneret, Psychothérapeute, Québec, Canada
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En tant que thérapeute, on attire souvent des clients qui nous ressemblent, qui ont vécu des situations similaires, qui nous reflètent certaines choses connues. L'expérience de vécu que nous en avons nous permet de les aider à dépasser ces situations douloureuses et à guérir les blessures sous-jacentes.

Cette semaine, j'ai eu une nouvelle cliente qui m'a touchée par ce qu'elle vit et que j'ai aussi vécu : l'impression (et non la certitude) d'être trompée par son conjoint, impression démentie par l'intéressé. Cela rejoint directement ce que j'ai vécu avec Georges l'hiver dernier. Une impression pour laquelle je n'ai jamais eu de certitude.

Vous vous souvenez peut-être alors ce que j'ai écrit, ce que je vivais : plusieurs «signes» clairs m'avaient fait croire que Georges m'avait trompée. Pourtant, il me l'avait démenti clairement... mais pas de façon amoureuse. Mentalement. «Mais non, je ne t'ai pas trompée». Je n'ai pas eu alors «Mais non, mon amour ! Comment pourrais-je avoir fait ça ? C'est toi que j'aime !» avec des bras tendres pour me serrer. Il était resté sur sa chaise. Ma cliente, appelons-la M., a reçu la même réponse de son conjoint quand elle lui en a parlé, avec la même attitude. 

Depuis quelques temps, elle a mis sur papier tous les signes et coïncidences qui lui confirmaient de plus en plus que son impression était vraie. Pourtant, son conjoint démentait toujours tout en lui reprochant de se faire des scénarios.

Un point important compte dans cette histoire : M. et moi avons été trompées par d'anciens conjoints. Ça avait fait très mal. Nous nous retrouvions, M. avec son conjoint et moi avec Georges, à nous faire revivre une situation presque similaire. La différence, cependant, c'est que ce n'est qu'une impression et que notre conjoint niait (pour moi) et nie (pour M.) qu'ils nous ont trompées et nous n'en avons jamais eu ni la confirmation ni l'infirmation.

De plus en plus mal, M. est allée passer quelques jours dans un centre pour femmes où elle a rencontré plusieurs intervenants, dont des psychologues. Ils lui tous ont dit la même chose, chacun à sa façon, tout comme ses ami(e)s : «Il te trompe, c'est sûr ! Que fais-tu encore là ? Sors de cette relation !». Mes amis m'avaient dit la même chose mais pas ma psy, ce qui me permet de vous parler d'une guérison aujourd'hui et qui me permet d'aider M. à atteindre la sienne.

Avec le recul et les guérisons que j'ai faites par rapport à ce que j'ai vécu avec Georges, j'ai donc dit autre chose à M. (je parle ici aussi de moi pour expliquer mais, en parlant avec elle, je ne parlais que par rapport à elle) :

Il arrive, dans la vie, des situations difficiles qui se répètent et se répéteront tant que nous n'aurons pas guéri notre enjeu, notre blessure imprimée dans notre inconscient. En l'occurrence, ici, la blessure de trahison et de tromperie que nous avons vécue avec d'anciens conjoints, peut-être même dans notre enfance (pour ma part, ma mère a été trompée par mon père, ce qui a créé leur séparation, puis a longtemps été trompée par son deuxième mari. Par la suite, j'ai été trompée par presque tous mes conjoints... si c'est pas assez clair, comme enjeu répétitif !).

Cependant, au fur et à mesure que nous cheminons et guérissons des bouts de cette blessure, la situation va se reproduire éventuellement de façon différente et moins «profonde». Ici, la tromperie n'est plus qu'une impression dont nous n'arrivons pas à avoir la certitude, impression niée par le conjoint considéré pourtant, à tort ou à raison, comme coupable d'adultère. 

La preuve que nous avons avancé dans notre cheminement vers nous-même est que nous ne sommes pas encore trompées, du moins pas officiellement car nous n'avons pas d'autre vérité que celle que nous donne notre conjoint.

Donc, on a deux choix :

1. on sort de la relation car on est sûre qu'il nous trompe malgré le fait qu'il nie ce qui nous semble une réalité évidente, avec tous les signes et coïncidences qu'on a remarqués. On considère donc que, en plus, il ment. La responsabilité de notre état de tristesse, et éventuellement dépressif, lui incombe totalement puisque c'est à cause de lui que nous sommes ainsi. (C'est la conclusion à laquelle les intervenants du centre de femmes et les amis étaient arrivés pour M.).

OU (et c'est ce que j'ai vécu et proposé à M.) :

2. on se prend en mains et on s'occupe de notre blessure de trahison. On réalise et accepte que notre conjoint n'est que le déclencheur de cette blessure qui s'est ravivée au contact de signes et coïncidences, avec lesquels on a tiré des conclusions basées sur notre seule interprétation mais sans aucune validation. 

On va donc chercher la raison pour laquelle on est encore à se faire revivre ça, d'où ça vient, en NOUS. On prend du recul du conjoint, le temps de guérir notre blessure. On prend la responsabilité de ce qui nous arrive et ne mettons la faute sur personne. On s'occupe de soi et on laisse l'autre s'occuper de lui, le temps de guérir notre blessure qui crée peine, frustrations et colère.

Dans ce cas-ci, notre état provient clairement :

1. de notre dépendance affective (on a besoin d'être rassurée sur la fidélité, l'unicité que nous sommes pour l'autre. On se sent moindre, petite, mal-aimée, manque d'estime de soi, etc.). Je vous remets ici ce que j'avais alors écrit à mon sujet, qui explique aussi une partie de la dépendance affective : 

J'ai réalisé que, quelque part, j'attendais qu'une partie de mon bonheur me soit apportée par Georges. J'attendais des choses de lui qu'il ne peut ou n'est pas prêt à me donner. La communication en est une mais c'étaient aussi des choses qui m'auraient donné l'impression de ne pas être seule dans mes projets, par exemple, dans mes intérêts, dans ce que j'ai envie de vivre en couple.
Je n'étais pas très fière de moi quand j'ai réalisé ça parce que c'est une des choses qui a débalancé notre couple et j'en suis maintenant consciente. A sa façon, Georges aussi attendait qu'une partie de son bonheur arrive à travers moi, je le savais, mais je ne me rendais pas compte que je faisais pareil. A travers mes demandes et mes attitudes, je demandais du bonheur à Georges, inconsciemment.

2. de notre enjeu et blessure de trahison que nous avons vécue avec d'anciens conjoints, voire même dans notre enfance.

Ici, la guérison va devoir passer par l'«expansion du Soi» pour atteindre une maturité émotionnelle qui va nous permettre de croire sincèrement qu'on mérite d'être unique pour l'autre, qu'il n'aura pas envie d'aller voir ailleurs, voire de nous tromper.

En plus simplement dit, cela revient à apprendre à s'aimer sincèrement, à grandir intérieurement, à prendre confiance en soi, à remonter l'estime de nous-mêmes, à combler le vide que l'on ressent par de l'amour, de la paix et de la joie. 

Pour y arriver, de petits outils sont nécessaires, comme :

  • faire attention à être en présence à soi et non en dehors de soi;

  • s'accueillir dans ce que nous ressentons sans pour autant y mettre toute l'emphase : toujours garder un recul sur ce que nous vivons pour ne pas se laisser envahir par les émotions négatives;

  • toujours garder à l'esprit que, dans une situation, on a toujours au moins deux façons possibles de voir la situation;

  • prendre le recul face à certaines situations qui, au premier abord, viennent nous conforter dans nos impressions et scénarios comme, par exemple, le conjoint (considéré coupable d'adultère) qui laisse un gentil message sur le répondeur pour prendre de nos nouvelles. 

Au premier niveau, on peut être contente de l'entendre nous demander des nouvelles gentiment. Ça fait du bien au coeur. 

Au deuxième niveau, on réalise, par exemple, qu'il appelle de son cellulaire. On se monte alors un bateau-scénario qui va nous faire plus de mal que de bien : il a appellé de son cellulaire et non de chez lui. Cela confirme notre impression qu'il sort avec sa coloc, donc il n'appelle pas de la maison pour qu'on ne connaisse pas le numéro de téléphone (qui serait affiché sur notre téléphone), au cas où on aurait envie d'appeler, de tomber sur la coloc et de lui envoyer un char de m...

Faisons ici le «test de réalité» par rapport au deuxième niveau :

Question : Est-ce vrai, faux ou douteux (qu'il ait appelé de son cellulaire parce que....etc.) ?

Réponse : C'est carrément douteux.

Que faire dans ce cas-là ?

Oublier le deuxième niveau, avec lequel on ne réussit qu'à se faire du mal, et se concentrer sur une réalité plus vraie, celle du plaisir d'avoir reçu un message de son conjoint qui appelait pour prendre des nouvelles, donc qui se soucie de savoir comment on va.

Pas facile, me direz-vous, quand on est en petits morceaux, qu'on a mal et qu'on aurait juste besoin qu'il soit là pour nous prendre dans ses bras et nous rassurer.

Justement... Il n'est pas là et nous n'aurons pas la rassurance que nous voulons... de lui.

La rassurance, c'est de nous que nous devons la trouver, c'est à nous de nous l'offrir. Par notre présence, notre expansion de soi, l'amour que nous nous donnons. 

Seul cet amour peut réussir à nous guérir de nos blessures, à nous rendre plus forts, plus solides, plus aimants, de nous-même d'abord, de l'autre ensuite, car on ne peut considérer avoir une relation équilibrée si un des deux conjoints n'est pas avec lui-même et attend son bonheur de l'autre. 

Personne ne peut combler notre vide d'amour que nous-même.
Personne ne peut nous donner le bonheur que nous recherchons si on le cherche à l'extérieur de nous-même.

Nous sommes les seuls capables de nous aimer d'abord. Si on ne s'aime pas, on ne pourra aimer et être aimé(e) de façon saine et harmonieuse...

On atteint ce but en travaillant à déconnecter nos fausses croyances - que nous ne méritons rien de mieux que d'être mises de côté et trompées, dans cet exemple -, et à guérir notre blessure d'abandon, de rejet, de trahison et de tromperie.

Tout cela tout en accueillant sans jugement toutes les émotions qui nous habitent, que ce soit la peine ou la colère, et en écrivant notre journal intime quotidien pour déposer ce qui nous ronge, pour laisser mijoter tout ça et nous permettre d'avancer...

Pour ma part, à force de travailler sur ma présence, l'avancement de la guérison, à voir les choses positives, à toujours me ramener à ce que je veux pour moi d'abord et à laisser les choses douteuses en dehors de ma vie, j'ai vécu, un moment donné, un espèce de déclenchement qui s'est réalisé tout seul en moi, une espèce de libération intérieure remplie d'amour. La colère a alors disparu comme par magie...

Cette libération intérieure m'a permise alors de me dire que, peu importe si Georges m'avait trompée, il m'avait permise de guérir cet enjeu de trahison et de tromperie et, pour ça, je pourrais lui dire merci ! Quand je l'ai revu, quatre mois après notre séparation, c'était en paix et ce fut une rencontre agréable.

Comme quoi les personnes qui nous font vivre des moments difficiles ne sont que des déclencheurs de choses que nous avons à guérir avec nous-mêmes...

Nous sommes tous les enseignants les uns des autres, ne l'oublions jamais... 

Peu importe de quelle façon les personnes nous enseignent. C'est à nous de voir ce que nous avons à apprendre, même - et surtout - quand ça fait mal...

Par Dominique Jeanneret, Psychothérapeute
Québec, Canada 
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