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Les forteresses psychopathologiques
du sujet criminel

Par Steve Abadie-Rosier
Psychanalyste - Psychothérapeute - Sexologue
Auteur en Médecine Scientifiques et Psychopathologie
Paris - France
Éditions: Les Neurones Moteurs, France

Autre publication:
Construction psychologique du sujet 


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PRÉSENTATION DE L'ÉDITEUR

Pour une partie de la presse et le grand public, le criminel posséderait une intelligence supérieure et une maîtrise de son corps, une mémoire et une rapidité hors normes. Il n'en est rien.

Déconstruisant le mythe du criminel surdoué popularisé par le succès de films tels que Le Silence des agneaux et Basic Instinct, ou par celui de la série télévisée Dexter, Steve Abadie-Rosier introduit la notion innovante de "forteresse psychopathologique", grâce à laquelle il entreprend d'étudier le phénomène criminel. Il propose une typologie articulée autour de 5 familles de forteresses et démontre au passage l'intérêt du concept tant pour l'étude clinique de ces personnalités que pour leur prise en charge thérapeutique.

Ce sont, au final, les fondations d'une poliorcétique des forteresses psychopathologiques du sujet criminel que Steve Abadie-Rosier creuse ici, dont l'objectif serait à la fois de connaître les systèmes de défense et de résistance mis en place par les sujets criminels, mais également de maîtriser la technique du siège de ces places fortes psychiques, pour mieux les faire tomber.

Les forteresses psychopathologiques du sujet criminel s'adresse aux professionnels, en formation ou en exercice :

  • de la santé mentale : psychanalystes, psychiatres, psychothérapeutes, psychologues ;

  • de la criminologie ;

  • de la police, de la justice et de l'administration pénitentiaire.


AVANT-PROPOS

Le meurtre est plus qu’on ne le croit une tendance, un penchant de la nature humaine. Il aura fallu des siècles de civilisation des mœurs et de dressage des pulsions pour rendre l’animal humain moins violent et moins sanguinaire qu’il ne l’a été pendant des siècles. L’abcès de fixation des sociétés modernes sur le problème de l’insécurité est le symptôme de ce déplacement progressif du curseur, de l’abaissement considérable du seuil de tolérance social à la violence physique. Le meurtre est à cet égard emblématique à la fois de ce que la société tient pour inacceptable, et de ce qu’elle a profondément refoulé et enfoui dans les retranchements de l’inconscient collectif. Le pessimisme de Freud, tel qu’il s’exprime dans Malaise dans la civilisation, est fondé sur le constat que le degré de raffinement extraordinaire atteint par nos sociétés se paie par une hypertrophie de l’autocontrainte individuelle et de l’autocensure psychique. Selon Freud, le retour du refoulé ne pourra prendre la forme que d’un acte libératoire dont le degré de violence fera symétrie à l’intensité requise par ce travail millénaire de contention et de discipline qu’on appelle civilisation. Il est possible que nous portions tous en nous la bête fauve, la brute meurtrière, le loup sauvage et carnassier : la fascination qu’exerce sur beaucoup de nos contemporains la figure du criminel et, plus encore, celle du serial killer s’explique précisément par l’intégration dans une même figure du plus haut degré de civilisation, et même de civilité, et de la plus intense sauvagerie. Le Dr Hannibal Lecter, immortalisé par Le Silence des agneaux, est un psychiatre reconnu par ses pairs, un amateur de l’art du Quattrocento, un hôte capable du plus suprême raffinement, mais aussi un cannibale. Or cette figure concentre et représente au plus haut degré la contradiction, vécu par chacun de nous, entre les contraintes extraordinairement puissantes que la vie en société nous impose, et les pulsions primordiales qui continuent à nous habiter. Il va sans dire que non seulement aucun criminel véritable ne se présente sous la figure géniale d’un surdoué du crime, mais qu’encore la plupart d’entre eux sont précisément d’un niveau culturel assez bas (ainsi que Denis Duclos en fait état, statistiques à l’appui, dans Le Complexe du loup-garou) [Duclos, 2005].

Mais il faut aller plus loin : mon hypothèse est que la figure du criminel psychopathe (et notamment celle du tueur en série), à la fois supérieurement cultivé et atrocement bestial, aussi fantasmatique soit-elle, en est venue à incarner le véritable héros de notre temps, précisément parce qu’elle exprime la peur que nous n’agissions comme lui. La répulsion, mais aussi la fascination qu’exerce sur nous l’image du général nazi qui s’installe au piano pour travailler une fugue de Bach après avoir gazé des milliers de Juifs, expriment précisément ce « malaise » qui est le nôtre face à l’impuissance de la culture à prévenir le crime. Car précisément, c’est la quantité de culture et donc de refoulement qui déterminent l’ampleur de la violence réactionnelle. François Chatelet avait intitulé l’un de ses pamphlets Vivre et penser comme des porcs : même un haut degré de culture et de connaissance peut cohabiter avec un antihumanisme détestable et régressif. Le meurtrier représente donc ce dont nous sommes capables collectivement, c’est-à-dire à titre de civilisation, si nous n’instaurons pas un certain nombre de contrôles et de garde-fous qui nous protègent de nous-mêmes. Le paradoxe est que nous devons nous méfier de notre propre civilisation, du processus qui nous rend chaque jour un peu plus éloigné de l’animal, un peu plus subtil, un peu plus profond, un peu plus doué. Aujourd’hui, cette remise en cause du progrès est patente dans le cas de l’écologie : nous avons en partie au moins compris qu’il fallait une maîtrise de notre maîtrise, et qu’un progrès indéfini de la technique hypothéquait fortement la possibilité même de la survie humaine sur terre. Hans Jonas a ainsi réhabilité le sens de la peur : il faut, en quelque sorte, sauver la peur, seule capable de venir limiter notre volonté et notre capacité d’action. Mais qui s’interroge sur cette peur dans le domaine de notre propre nature ? On est en droit de se demander si ce ne sont pas précisément, les criminels ! Ils nous disent, comme les prophètes de malheur que sont dans leur domaine les écologistes, d’avoir peur aussi de notre propre division psychique : « Ayez peur de vous-même et de votre propre nature, car votre haute culture ne vous prémunit en rien contre la barbarie, au contraire ». Que nous montre l’imagerie commune et essentiellement romanesque et cinématographique des psychopathes ? Un univers ultracivilisé, urbain, universitaire, bourgeois, et sous surveillance, au sein duquel va surgir un loup-garou venu de nulle part – sinon de notre propre inconscient. Les banlieues américaines proprettes et verdoyantes seront le théâtre d’un déchainement de violence sans limite ; dans ces maisons cosy de la banlieue huppée se cachent des caves sombres et humides, véritables cavernes préhistoriques, où un citoyen américain moyen et insoupçonnable se plaît à torturer son prochain. Dans American Psycho, Breat Easton Ellis prend pour personnage central un yuppie américain, soucieux de son alimentation et de sa santé, qui se plaît aussi à égorger des clochards et à infiltrer des rats vivants dans le vagin des prostituées. C’est en somme le loup carnassier lâché sur le campus hi-tech : derrière le « home sweet home » la chambre des tortures ; derrière la façade de la culture, la férocité de la nature. 

Deux questions se posent alors : faut-il prendre au sérieux le supposé message de ces criminels ? Et surtout : qui sont les vrais criminels ? Ce serait faire trop d’honneur aux psychopathes que de leur donner le statut de symptôme d’une vérité qui se cherche. Ils sont aussi les témoins d’une société pervertie, c’est-à-dire en délicatesse profonde avec ses propres normes. Il y a une forme de fanatisme insupportable autour des héros du Silence des agneaux ou de Saw, et il est permis de douter que, n’étaient le talent d’acteur d’Anthony Hopkins dans le premier cas, et l’arrière-fond politique de la création de Guantanamo dans l’autre, ces films expriment une vérité profonde et aient la moindre portée philosophique. J’irai même plus loin en affirmant qu’il est extrêmement malsain qu’une société en vienne à se donner pour héros des personnages qui, comme celui de Dexter, n’aient d’autre façon pour exister que celui d’exterminer leurs semblables. Car après tout, il n’y a guère que trois séries d’interdits ou de normes qui s’opposent au meurtre : la loi, la culture et la morale. Or, précisément, les criminels tels que les fictions nous les présentent échappent aisément à la loi, sont des virtuoses de la culture et se situent au-delà de la morale. À cet égard ils sont l’expression parfaite de cette postmodernité individualiste, hédoniste et apolitique que tant de sociologues et de philosophes ont parfaitement décrite, comme Gilles Lipovetski. Il n’y a plus de normes absolues, je suis l’artisan de mes propres valeurs, et rien ne peut venir orienter mon action qui ne soit d’abord passé au filtre de ma propre évaluation : dans de telles conditions il est inévitable que l’interdit du meurtre soit lui même relativisé. Il ne s’agit pas pour nous de céder à un discours moraliste qui encouragerait la censure de certains thrillers, mais de signaler que faire du meurtre le symbole même de l’acte libre et gratuit, soustrait magiquement aux contraintes sociales, et finalement emblématique d’une sorte de révolution anarchiste (sur le modèle situationniste du : « Tuez cet homme », au hasard, dans la foule), est en soi un phénomène inquiétant. Il s’agit aussi de refuser d’assimiler le meurtre à un geste esthétique, sur le mot d’ordre baudelairien du : « Assommons les pauvres ». C’est un dandysme de l’esprit macabre et complaisant. Certes, il ne manque, depuis Thomas de Quincey, pas de zélateurs pour considérer l’assassinat comme « l’un des beaux arts ». Stockhausen a même parlé du 11 Septembre comme du plus superbe happening du XXe siècle. Mais on ne rêvasse pas impunément sur l’assassinat. Raskolnikov et Meursault étaient des schèmes philosophiques. Dexter est une figurine publicitaire. Il est donc beaucoup plus dangereux, non parce qu’il est un phénomène indissociable de l’art de masse, non parce qu’il questionne les normes sociales, mais parce qu’il figure comme un slogan en faveur de la barbarie. Ce qu’il y a de terrible avec le behaviorisme, disait Hannah Arendt, c’est qu’il pourrait devenir vrai. Ce qu’il y a de malsain dans la mode des criminels et des serial killers, c’est qu’un meurtrier puisse être l’objet d’une mode. Sans doute était-ce le cas de Landru ou du Dr Petiot, mais il reste que l’attrait pour la figure du « décivilisé » s’écarte ici du programme cathartique fixé par Aristote pour atteindre à la névrose collective : fascinés par notre propre pouvoir de destruction (et c’est ce qu’il y a à mon avis d’intéressant dans la figure du psychopathe), nous faisons du criminel moins un miroir révélateur qu’un héros définitif. Reste à revenir, pour nous déciller, à ce que sont les véritables homicides. Ce sont, à l’inverse de ce qu’on nous montre, des gens qui ont peur.

J'ai occupé la place si particulière qui est celle de psychanalyste auprès d’un certain nombre de criminels français ― parfois très médiatiques. Ma première intervention en centre carcéral m’a immédiatement jeté au visage toute l’inhumanité qu’il allait me falloir regarder au fond des yeux, dans le but de comprendre. Comprendre, et non juger… Au fil de mes missions, j’allais à la rencontre de ces hommes dangereux. Bien vite je me rendis compte que tous n’avait pas une « logique de l’irréparable » [Labadie, 2004], certains même faisaient preuve de retard dans l’élaboration et dans leur construction intellectuelle. Rapidement je me questionnais sur leurs capacités cognitives supérieures. C’est alors que commença la chasse « à l’intrus ».

Très loin de l’Hannibal Lecter exhibé derrière sa vitre blindée dans le terrifiant Silence des agneaux, je découvris des hommes pourvus d’un certain « génie du crime », mais aussi d’une construction psychologique défaillante ; j’ai alors pu recenser une psychopathologie du sujet criminel. Ces forteresses psychopathologiques trahissent ces « dieux du crime », ces forteresses font que ce si médiatique criminel qui envahit notre imaginaire se piège à sa propre logique et font de lui un jeune enfant que l’on doit punir d’avoir commis une faute irréparable.

Dresser une cartographie du sujet criminel est impossible. Certains experts vont jusqu’à maintenir la tradition du criminel au QI élevé, blanc et américain, popularisé par la littérature et le cinéma ; pourtant il existe dans toutes les cultures et sur tous les continents. Les récentes avancées de la police scientifique et des techniques d’investigation ont permis d’identifier un nombre impressionnant de ces prédateurs qui échappaient auparavant aux croisements des fichiers et à l’informatisation des forces de l’ordre. Ce qui ressort de l’étude de ces forteresses que peu de grands criminels nous laissent pénétrer, nous les analystes, c’est que ce n’est pas la société qui engendre ces traces sanglantes sur les lieux d’un crime mais bien la structure d’une personnalité froide et calculatrice.
Alors pourquoi et comment devient-on un tueur ?

De nombreux observateurs se sont penchés sur cette question pour tenter de comprendre : des médecins, des criminologues, des psychanalystes, des enquêteurs, des familles de victimes, les pouvoirs publics ― en vain. Les agresseurs eux-mêmes ne peuvent sûrement pas l’expliquer. Outre qu’il paraît peu probable de pouvoir un jour prévenir de tels actes, une seule question se pose alors : chaque individu porte-t-il en lui une part d’ombre qui pourrait le conduire au meurtre ?
Cet essai analyse cinq profils de criminels différents. Il n’a pu voir le jour que grâce à mes rencontres avec des hommes, des femmes, des enfants même qui, passés de l’autre côté, ont exploré cette logique de l’irréparable qui fascine et terrorise tant. Il y a Hector le confus, Diane la démente, Irsh le déséquilibré, Amed l’arriéré et Tess la divisée… Durant des mois, j’ai écouté, analysé, et puis compris. Compris que leurs processus psychiques ne sont pas si imperméables, si retors, si pervers.
De cette expérience, je retire une leçon clinique : le criminel, le tyran, le pervers, le retors a peur. Peur de lui, peur des autres ― de cette peur qui amène la destruction de l’autre par l’autre. Comprendre ce que nous révèlent ces criminels de nous-même au-delà des clichés, tel est le but de cet ouvrage.

Steve Abadie-Rosier


TABLE DES MATIÈRES

Avant-propos
Introduction

Chapitre I - Le syndrome confusionnel

  • Historique 

  • Clinique

  • Formes cliniques

  • Étiologie du syndrome confusionnel

  • Psychopathologie

  • Diagnostic

  • Traitement

  • Conclusion

  • Références bibliographiques

Chapitre II - Le syndrome démentiel

  • Historique

  • Clinique

  • Formes clinique et étiologie

  • Diagnostic

  • Traitement

  • Conclusion

  • Références bibliographiques

Chapitre III - Le déséquilibre psychique

  • Historique

  • Étude clinique

  • Diagnostic

  • Diagnostic différentiel 

  • Aspects médico-légaux et pénaux

  • Aspects étiologiques

  • Assistance et traitement

  • Conclusion

  • Références bibliographiques

Chapitre IV - Les déficiences intellectuelles

  • Définition

  • Historique

  • Aspects cliniques

  • Diagnostic

  • Aspects psychométriques

  • Traitement 

  • Conclusion

  • Références bibliographiques

Chapitre V - Les schizophrénies

  • Symptomatologie générale des schizophrénies

  • Principales formes cliniques évolutives des schizophrénies

  • Conclusion

  • Références bibliographiques

Conclusion
Glossaire
Bibliographie générale
Index 


Caractéristiques

  • Editeur(s) : Les Neurones Moteurs

  • Auteur(s) : S. Abadie-Rosier

  • Diffusion : Geodif

  • Parution : 26/08/2010

  • Edition : 1ère édition

  • Nb de pages : 270 pages

  • Format : 15,5 x 24

  • Couverture : Broché

  • Poids : 630 g

  • Intérieur : Noir et Blanc

  • Type produit : Ouvrage

  • Langue : Français

  • ISBN10 : 2-918398-02-0

  • ISBN13 : 978-2-918398-02-8

  • EAN13 : 9782918398028 


Par Steve Abadie-Rosier
Psychanalyste - Psychothérapeute - Sexologue
Auteur en Médecine Scientifiques et Psychopathologie
Paris - France

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