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Soigner l'agoraphobie via Internet, une véritable thérapie?
Collaboration spéciale
Par Jean-Sébastien Marsan, Journaliste de Multimédium (4 octobre 2000)
Cette article est reproduit avec l'autorisation de l'auteur  |  Courriel:
js.marsan@netgraphe.com  

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( 4 octobre 2000 ) – Un groupe de chercheurs en psychologie a amorcé l'an dernier à Ottawa un projet de recherche sur la thérapie du trouble panique avec agoraphobie via Internet. Les résultats ne sont pas encore connus, mais l'initiative est étonnante sur plus d'un aspect.

Alain Rioux, psychologue et candidat au doctorat à l'Université Laval (près de Québec), Stéphane Bouchard, professeur au département de psychoéducation de l'Université du Québec à Hull, et Micheline Allard, inscrite au doctorat à l'Université d'Ottawa, ont mis sur pied un projet de thérapie via Internet, considérant le cyberespace comme un moyen de traiter le trouble panique avec agoraphobie.

D'abord parce que l'approche thérapeutique s'y prête, ensuite parce que «Internet permet de rejoindre des gens dans des régions éloignées et généralement, les experts thérapeutes sont dans les grands centres», explique Alain Rioux.

Trouble panique avec agoraphobie? «C'est la peur d'avoir peur» dans les espaces libres et les lieux publics, résume Jérôme Thibaudeau, un agent d'information au gouvernement du Québec atteint de la maladie depuis trois ans. Jérôme Thibaudeau a déjà passé une année complète cloîtré dans son logis, terrorisé à l'idée de mettre le pied dehors. «La période de ma vie où j'ai fait le plus d'Internet!», affirme-t-il aujourd'hui.

Mode d'emploi pour une thérapie en ligne

À Ottawa, les «sujets» du projet de recherche sont choisis après un diagnostic établi par un psychiatre. Ils doivent ensuite répondre, pendant quatre semaines, à une batterie de questionnaires. Pendant deux semaines supplémentaires, les sujets se familiarisent avec le site Web spécifiquement conçu pour eux.

Par la suite, à une dose hebdomadaire pendant 12 semaines, les sujets reçoivent un URL correspondant à une partie du traitement (qui est donc progressif, les sujets ignorant la suite). Ils doivent aussi envoyer un «agenda d'attaques de panique» hebdomadaire.

«Les gens ont habituellement plusieurs attaques de panique par semaine, indique Alain Rioux. Ils doivent tout noter sur des grilles: où et quand s'est produite l'attaque, est-ce qu'il y avait hyperventilation ou une sudation excessive, à quoi ont-ils pensé pendant l'attaque, quelle est la médication prescrite par leur médecin, etc.»

La «cyberthérapeute» Micheline Allard répond aux questions des sujets par courriel, jamais en personne ou au téléphone. Un médecin est cependant disponible en cas d'urgence (crise cardiaque ou tentative de suicide, par exemple).

Le traitement proposé par les trois universitaires s'inspire de l'approche cognitive comportementale, c'est-à-dire une thérapie pour désensibiliser le malade aux lieux insécurisants. Pour certaines personnes, réussir à en parler est déjà un progrès, souligne Alain Rioux, tandis que d'autres, pour confronter leurs attaques de panique, vont sur les lieux mêmes de leurs phobies.

«Le traitement utilisé est un auto-traitement développé aux États-Unis que nous avons fait traduire en français et que Alain Rioux a préparé pour Internet, explique Micheline Allard. Nous apportons quelque chose de plus, le suivi par e-mail avec la thérapeute».

Ce projet original a eu des échos jusqu'au quotidien parisien Le Figaro, car «il n'y a pas beaucoup de recherches empiriques sur la psychothérapie par Internet», note Alain Rioux. Le site Web est installé, le recrutement a commencé – seulement quatre ou cinq sujets seront retenus. Cette «étude de cas unique», pour utiliser le jargon de la recherche scientifique, n'a pas pour but de comparer les sujets un groupe d'agoraphobes qui suivraient une thérapie traditionnelle. Les résultats seront connus au printemps 2001.

Isoler pour vaincre l'isolement?

L'utilisation du Net pour guérir un problème psychologique peut sembler contradictoire quand on songe à l'isolement et à la solitude que ressentent les internautes. «Effectivement, la cyberdépendance existe, c'est documenté», concède Alain Rioux, qui rappelle cependant que les personnes souffrant de trouble panique vivent déjà un isolement chronique. Grâce à Internet, ils peuvent obtenir un traitement qu'ils ne trouveraient pas autrement puisqu'ils hésitent à rendre visite à un spécialiste. «Ça permet de les rejoindre dans leur isolement», affirme Alain Rioux, qui se dit conscient que sa thérapie à distance est à «double tranchant.»

Pour sa part, Jérôme Thibaudeau juge avec scepticisme le projet de thérapie en ligne (il ne fait pas partie du groupe de sujets). Pendant son année de réclusion, il a beaucoup utilisé le Net pour obtenir de l'information sur le trouble panique avec agoraphobie ainsi que pour maintenir le contact avec des gens. «Mais en même temps, ça m'isolait. Je me suis même posé la question à savoir si le Net pouvait causer un trouble panique», dit-il.

Pour l'instant, rien ne prouve que le traitement en ligne du trouble panique est aussi efficace que dans le bureau d'un psy, remarque Alain Rioux. «Ça remet en question le rôle du thérapeute. Peut-être que pour une partie du traitement, la présence d'un thérapeute n'est plus nécessaire. Ce que je dis peut choquer des gens, mais il faudra attendre les résultats de recherche.»

«C'est certain que ce n'est pas pareil, je n'ai jamais rencontré les gens avec qui j'ai un contact par e-mail, confie Micheline Allard. Le plus difficile, c'est la clarté des informations, les questions des sujets ne sont pas toujours claires».

Quelques psychologues québécois offrent des consultations en ligne, dans des sites comme Infopsy et L'essence de l'être. Nous n'avons pas vérifié la crédibilité de ces services, mais leur existence montre l'impact du Net sur la profession de psychologue.

Pour Denys Dupuis, syndic de l'Ordre des psychologues du Québec, «Internet est un outil, on ne peut penser que ça se substitue aux exigences du processus thérapeutique conventionnel.» En effet, le psychologue est tenu au secret professionnel; comment assurer la confidentialité lors d'une consultation en ligne? Le psychologue utilise aussi le non-verbal pour communiquer avec ses patients, rappelle M. Dupuis, qui souligne que selon le Code de déontologie des psychologues du Québec, «Le psychologue doit s'abstenir d'exercer sa profession s'il se trouve dans un état susceptible de compromettre la qualité de ses services» (art. 9).

Jean-Sébastien Marsan
Journaliste à Multimédium
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