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L’évaluation en counseling d’orientation :
deux perspectives complémentaires

Par Mireille Tesolin, Psychologue, Québec, Canada.
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L’évaluation en counseling d’orientation : deux perspectives complémentaires

Je crois que la compétence diagnostique en orientation comporte deux plans d’évaluation. Le premier plan réfère à une position d’intervenant en santé mentale. Le second s’appuie sur la spécificité inhérente à la profession de conseiller d’orientation. Dans un contexte d’intervention en orientation, l’évaluation est souvent entendue comme un acte professionnel posé essentiellement par l’intermédiaire de tests psychométriques. Dans la mesure où l’évaluation en orientation repose sur des connaissances solides du développement et du fonctionnement psychologiques, de la personnalité et de ses troubles de fonctionnement ainsi que sur les théories propres au champ de l’orientation et de l’identité, n’est-il pas pertinent pour nous d’utiliser ces connaissances dans un contexte relationnel? C’est à partir de cette position que je considère toute évaluation comme un moment privilégié pour favoriser la coconstruction du lien de confiance et pour comprendre qui est cet Autre. À mon avis, toute situation d’évaluation suppose a priori deux hypothèses : d’une part, l’Autre est une personne unique et particulière qui porte une expérience de la vie qui lui est propre; cette hypothèse illumine la perspective particulière au conseiller d’orientation. Par ailleurs, cet Autre a suffisamment de caractéristiques communes aux autres êtres humains pour que je puisse référer, au besoin, à ces caractéristiques communes comme repères : cette hypothèse est le fondement de la perspective particulière à l’intervenant en santé mentale. 

La présence de l’intervenant en santé mentale 

La position d’intervenant en santé mentale découle de mon code de déontologie, lequel me confère une responsabilité de premier niveau qui consiste à évaluer le degré d’urgence et de conscience de la personne, notamment la conscience de sa responsabilité dans ce qu’elle vit (locus of control). Cependant, au-delà des motifs de responsabilité professionnelle, la compétence diagnostique de l’intervenant en santé mentale concourt
à mieux comprendre cet Autre afin de lui offrir le type de suivi le plus approprié à ses besoins. Je reconnais que l’évaluation exige, simultanément, une position où je suis en relation avec une personne, en même temps que je laisse émerger un témoin en moi qui, de temps en temps, pose un regard sur l’Autre qui est descriptif. C’est dans ces moments-là que j’ai recours aux connaissances (théoriques, cliniques, expérientielles) du développement humain, des crises développementales et de leurs enjeux, de la santé et de la pathologie et que je réfère au besoin aux descriptions du DSM-IV. Cela peut paraître peu « humaniste » de prime abord, mais le DSM-IV présente l’avantage de répertorier des catégories de problématiques ou des caractéristiques d’une pathologie
qui donnent des repères souvent utiles pour clarifier une problématique présentée, à tort ou à raison, sous le couvert d’une problématique d’orientation. De plus, il présente aussi l’avantage de constituer la base d’un langage commun entre la plupart des professionnels de la santé mentale.

La présence du conseiller d’orientation

Plus spécifiquement comme conseillère d’orientation, m’appuyer sur les connaissances précitées pour comprendre qui est cet Autre, me permet de mieux évaluer la nature de la problématique, de comprendre plus aisément comment elle est vécue par cette personne et enfin d’activer ses ressources internes en vue de la résolution de la problématique sous-jacente au motif de consultation. Bien sûr, selon une perspective où la relation est centrale, l’évaluation ne peut se réaliser en se conformant à une procédure linéaire et stricte. Voilà pourquoi j’adopte plutôt le ton de l’exploration, notamment au cours des premières entrevues. Dans cette optique, je suis particulièrement intéressée à comprendre comment il se fait que la personne qui me consulte n’ait pas l’impression d’avoir la capacité de répondre à son questionnement de manière autonome; à vérifier s’il s’agit d’un questionnement qui témoigne d’un manque d’information sur le monde extérieur, d’une méconnaissance de soi, de difficultés à faire des choix ou d’un questionnement qui
réactive des enjeux développementaux laissés en friche par le passé. L’évaluation en counseling d’orientation invite à porter un focus sur la nature du questionnement, souvent
dépouillé de mots, sur l’expérience de non-sens propre à l’absence de projet, ce qui génère chez la personne qui consulte une anxiété souvent entremêlée d’une excitation de prise de contact avec soi. Il s’agit là d’un moment privilégié pour recueillir l’information sur le fonctionnement de cette personne, sur ses ressources internes et sur ses difficultés, et plus que tout, pour reconnaître ce sur quoi elle s’appuie pour se soutenir dans cette expérience de contact. À partir de là, les compétences affectives, réflexives et interactives du conseiller d’orientation seront mobilisées pour mener à bien la démarche de la personne. 

Vers une synthèse nuancée des deux présences 

Vous aurez compris, qu’à mes yeux, l’évaluation en orientation n’est pas une chose simple et que sa complexité exige la maîtrise d’une gamme importante de compétences hétérogènes. C’est en visant la maîtrise de cette gamme de compétences et de son application nuancée que mon travail d’évaluation et d’intervention prend forme.

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