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Vers une réhabilitation du concept d'Âme?

Par Pierre Simon, Psychologue, Psychothérapeute et Sexologue

Orléans, France

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Sommaire

  • Introduction

  • La conception ancienne de l’« Âme » 

  • Évolution du débat religieux à propos de l’« Âme »

  • Définition du concept d’« Âme » en psychologie

  • Évolution du concept d’« Âme » en psychologie

  • Vers une « réhabilitation » du concept d’Âme ? 

  • Bibliographie 

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Vers une réhabilitation du concept d'Âme?

Introduction

Il est bon de rappeler que l’« Âme » a été l’objet premier de la psychologie ou « sciences de l’Âme »…

Si bien sûr l’« Âme » est au départ un concept religieux, il n’en reste pas moins vrai que ce concept a été couramment utilisé en littérature, en philosophie et en psychologie sans qu’il soit question d’un dogme religieux :

« Il n’est pas possible de nier que des écrivains tels qu’en Allemagne Hoffmannsthal et Schnitzler, en Angleterre Henry James et Wilde, en France Proust, Valéry, Cocteau, Colette, tant d’autres, ont parlé spontanément de l’âme, dans un sens que nos intellectuels préfèrent laisser de côté. Loin d’exprimer une croyance en un dogme religieux, loin de se présenter à eux comme objet psychique destiné exclusivement à l’étude ou à l’investigation, l’âme servait à désigner un organe non corporel que chacun, croyant ou athée, jugeait indispensable à la vie. (…)

Une telle tradition de l’âme s’est maintenue dans le XXe siècle bien plus avant qu’on ne
l’imagine. Les concepts qu’elle véhiculait, désormais plongés dans l’oubli, sommeillent dans
des mots familiers à notre pensée actuelle, mais dont l’usage a progressivement changé. »
(Préface de Michèle Montrelay, Bettelheim, 1984, p. 16).

Quoique l’« Âme » soit considérée aujourd’hui par la majorité comme un concept nonscientifique et dépassé, nous nous posons justement la question de l’intérêt que pourrait avoir ce concept dans la compréhension de la psychologie humaine autant dans ses aspects sains que pathologiques…

Nous considérons en effet que le débat autour de l’« Âme » n’est pas encore arrivé à sa conclusion certaine…

Il me semble donc utile de réanimer les enjeux de ce débat en le replaçant dans sa perspective historique…

La conception ancienne de l’« Âme » 

« Auparavant, on associait l'esprit à la pensée et l'âme au sentiment » (Encyclopédie Wikipédia, article « Âme »).

Le fait d’associer l’Âme au sentiment donnait à celui-ci une place première dans le développement humain, y compris dans la relation humaine en général et la relation thérapeutique en particuliers. Ici, nous entendons par « relation thérapeutique » toutes relations de soins, liés à la médecine ou à la psychothérapie. Et il est bien connu qu’auparavant, la médecine et la psychothérapie étaient englobées dans la « religion ».

Ainsi, les médecins grecs centraient leurs interventions sur l’Âme, donc à un niveau émotionnel, pour guérir. Pour ce faire, ils utilisaient notamment la musique et la poésie… Ainsi en est-il d’Eryximaque, médecin dont la pratique est évoquée par Platon dans son fameux « Banquet »…

L’« Âme » était aussi considérée comme le fondement de la civilisation. Toute vie sociale était considérée comme impossible sans le « sentiment », ainsi que l’enseignent, par exemple, Confucius (anonyme, 1981) et Platon (1) (1991).

En effet, pour ces deux philosophes, c’est le sentiment d’amour (2), le ren pour l’un et Eros pour l’autre, qui va maintenir l’unité sociale : les règles ou les lois, quoique secondairement utiles, ne pourront jamais amener quelqu’un durablement à respecter l’autre si le sentiment correspondant n’est pas présent !...

Cependant, la place à donner au sentiment dans l’édification de notre civilisation et donc la conception de l’Âme telle qu’énoncée ci-dessus ont toujours fait l’objet de controverses, particulièrement en Occident.

Si dans l’Antiquité, la majorité semblait donner la première place au sentiment ; aujourd’hui, quasi tout le monde est convaincu qu’« il n’y a pas de vie sociale possible sans loi ou règlement » (3) !... Il nous a semblé utile de revenir sur les étapes décisives d’un tel revirement…

Évolution du débat religieux à propos de l’« Âme »

« Au cours du 8e concile de Constantinople en 869 (4) (Constantinople IV), Il a été décrété la suppression de l'esprit dans le 11e canon, l'âme comportant désormais une partie spirituelle. C'est de cette époque que date la confusion entre « âme » et « esprit ». Auparavant, on associait l'esprit à la pensée et l'âme au sentiment. La trichotomie (corps, âme et esprit) (5) a été bannie au profit de la dichotomie (corps et âme). On est donc passé d'une vision équilibrée de l'homme (l'âme équilibre et harmonise le conflit entre le corps et l'esprit) à une vision dualiste (le corps s'oppose à l'âme ou l'esprit).

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Définition du concept d’« Âme » en psychologie 

Bettelheim définit l’« âme » comme « la part émotionnelle de la nature humaine. » (Bettelheim, 1984, p. 157). 

Cette « part émotionnelle » jouant un rôle fondamental dans l’édification de l’unité de la personnalité, le concept d’« âme » est également utilisé par Freud pour désigner la « totalité » de la personnalité humaine : 

« Peut-être, à ce moment-là, lui semblait-il [à Freud] particulièrement important qu'il soit bien établi que lorsqu'il était en train de parler de ce qui appartient au Moi, il s'agissait de notre vie mentale consciente, et que lorsqu'il se référait à l'ensemble des trois instances, (…) à notre vie consciente et inconsciente, il parlait de notre âme. » (Bettelheim, 1984, p. 156).

L’âme est en effet un corps composite, comprenant trois instances : le Ca, le Moi et le Sur-Moi. Deux de ces composants sont antagonistes : le Ca est le siège des forces instinctuelles qui peuvent être en conflit avec le Sur-Moi où sont rassemblés les interdits et les idéaux parentaux… Ces trois instances peuvent cependant s’harmoniser (l’harmonie au sens platonicien était l’unité formée d’éléments antagonistes) et former ainsi une « totalité » qui est plus que la somme des parties, c’est-à-dire que lorsque la « totalité » est réalisée, elle n’a plus rien à voir avec les composants pris isolément (voir plus haut des précisions sur ce point)…

Les post-freudiens reprendront un concept synonyme d’« âme » : le « soi ». Il s’agit au départ d’un concept philosophique, notoirement utilisé par Nietzsche (1996), qui désignait notre véritable personnalité, souvent ignorée (inconsciente) au profit d’un moi illusoire. 

Ce choix des post-freudiens a peut-être été motivé par le fait que de plus en plus le mot « âme » se réduisait à son sens religieux surtout depuis que les pays anglo-saxons sont devenus la référence en matière de psychanalyse après la Seconde Guerre Mondiale. 

Bettelheim (1984) précise en effet : « Il est vrai qu’en Amérique on n’utilise guère le mot « soul » que dans un contexte religieux. Ce n’était pas le cas à Vienne, du temps de Freud. » (Bettelheim, 1984, p. 157).

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Vers une « réhabilitation » du concept d’Âme ?

De plus en plus de scientifiques de haut niveau s’intéressent à ce que l’on appelle des « idiots-savant » (Frith, 1992 ; Gardner, 1997a ; Pinker, 1999 ; etc…) De plus en plus d’observations scientifiques sur ce type de « prodiges (6) » sont rapportés dans des revues scientifiques de haut niveau…

Il s’agit de personnes déficientes intellectuelles et/ou autistes et qui manifestent des performances intellectuelles qui vont bien au-delà de ce qui est observé dans la population moyenne. Ces performances se manifestent dans des domaines très délimités (dessin, musique, mathématiques, danse, etc…) alors même que la personne du fait de son handicap ou de sa maladie mentale n’a pu suivre aucune scolarité normale.

Le professeur Olivereau (1998) a eu l’occasion d’observer, lors d’une séance de « Communication Facilitée » (7), chez sa fille, qui est autiste, la manifestation spontanée d’une intelligence abstraite relative au dernier stade d’intelligence de Piaget alors que sa fille ne manifestait habituellement qu’une intelligence d’un niveau d’un enfant de 2 à 7 ans.

A partir de ces observations, ce professeur a énoncé un ensemble de réflexions des plus intéressantes :
« Tout aussi étonnant que ces performances inattendues témoignant d'un niveau cognitif élevé, est le fait que ce niveau cognitif est atteint d'emblée.

Ce n'est pas un apprentissage, mais l'expression d'un autre registre jusqu'alors jamais manifesté, jamais révélé dans quelque communication que ce soit.

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NOTE:

1 - Ainsi, Milgram (1974) insiste sur le fait que la solidarité entre les êtres humains est la meilleure prévention de la tyrannie. Milgram (1974) ne fait ainsi que confirmer l’idée de Platon : le tyran, pour assurer son pouvoir, aura hâte d’éliminer Eros, Amour. Pour Platon (voir « Le Banquet »), « Eros » est éliminé soit en réprimant durement la sexualité soit en prônant un laisser-aller total en matière de sexualité...

2 - Il ne s’agit pas de n’importe quel sentiment d’amour, il s’agit d’un sentiment d’amour ayant atteint une certaine maturité, dénué d’angoisse et centré sur l’autre et non sur ses propres intérêts (Platon, 1991 ; Bettelheim, 1984).

3 - C’est une affirmation qui nous est présentée comme une évidence depuis notre enfance…

4 - Ce concile se tient peu après le début du règne de Basile Ier le Macédonien, empereur byzantin en 867 (Larousse 2007 sur CD-ROM).

5 - Cette vision trichotomique est présente dans les évangiles ainsi que le témoigne la première lettre de Paul aux Thessaloniciens : « Que le Dieu de paix vous sanctifie lui-même tout entiers, et que tout votre être, l'esprit, l'âme et le corps, soit conservé irrépréhensible, lors de l'avènement de notre Seigneur Jésus-Christ ! » (1 Th 5 : 23).

6 - Concept utilisé par Gardner (1997a).

7 - Il s’agit d’une technique de communication particulière utilisée chez les personnes déficientes intellectuelles et/ou autistes et consistant à écrire des messages à l’aide d‘une machine à écrire spéciale et accompagnée d’une ersonne qui joue le rôle de « facilitateur ».


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Par Pierre Simon, Psychologue, Psychothérapeute et Sexologue, Orléans, France
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