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Ce père en question
Le Père correspond à l'origine d'être, au marquage, au patronyme. Nommer, c'est faire l'homme : n'hommer. Etre père signifie instituer, mais également désirer.
Le père est l'homme d'une femme. Cela inclue de ce fait une dimension désirante et de transmission.
À l'heure actuelle, les rapports homme-femme étant en plein bouleversement, le Père n'est plus celui qu'il était, son statut est déplacé. Or, ce n'est que par le biais du désir, que le père transmet, qu'il nomme et re-con-naît. Un père sans désir correspond à un tombeau vide. Un désir innommé conduit au jouir à tout prix, à la psychose.
1 - Le père réel est en voie de disparition
Autrefois, jamais la parole du Père par rapport aux enfants n'aurait été soupçonnée. Aujourd'hui, il a constamment à se justifier. Nous évoluons dans un monde form-aliste, phallocrate, phallique (=Jouissance), c'est-à-dire que l'automate dévore le vivant, l'objet investit le sujet, l'apparence se dégrade en par-être. Le savoir universel bascule dans le mode d'emploi. Le sujet deviendrait-il objet ? Le Père ne serait-il plus qu'un élément contingent soumis à la volonté du plus grand nombre, tel une valeur boursière ?
Selon Protagoras, " l'homme est la mesure de l'homme ". De nos jours, le monde est désenchanté, comme le disait Nietzsche " Dieu est mort ", Dieu n'a plus le monopole de la création. La science est un savoir à construire. L'homme se place comme pro-créateur face au mutisme divin, sommé de créer ex-nihilo. Mais l'absence du divin ne va pas sans risque, cela amène au polymorphisme de la pulsion, avatar d'une science qui pousse le sujet au délire : " je suis ce qui me jouit ".
La castration d'Isaac par Abraham traduit l'imperfectibilité de l'Homme, son incomplétude. Dieu lui donne vie, cette amputation d'un bout de chaire, la livre de chaire, lieu de jouissance, en est sa dette.
Dieu, l'Autre, est le lieu d'où je parle. Symboliquement, la division de la Jouissance par le désir, laisse un reste, quelque chose d'indicible, métaphoriquement imagé par le buisson ardent, ou la voix qui conduit Moïse et son peuple hors d'Egypte. La voix des Pères est une voix sans nom, quelque chose reste, quelque chose échappe : un Autre parle en moi.
Seul le Nom du Père couvre cet objet " perdu ", " sans nom ". Le Nom du Père s'associe au père-du -désir.
Le Non (Nom), semblable au tranchant du couteau, fait division (dit vision), vient trancher la Jouissance de Dieu (l'Absolu) et son désir à soi. L'Homme devient sujet dès que la division opère, dès qu'il est nommé (nom/non). Le Nom (Non) du Père vient s'inscrire dans cette béance, béance source du langage.
Etre, c'est être parlant.
2 - Le sujet pris dans le langage.
La perte irréductible primordiale, cet objet chu, cette chose qui échappe, conduit au parle-être.
La fonction paternelle ne doit pas se confondre avec la fonction du Père. Cette fonction paternelle correspond à la nécessité de respecter les interdits pour pouvoir disposer de sa parole et d'avoir le droit de citer dans la cité. Il s'agit d'une nécessité logique et non morale. La morale ne correspondant qu'au fait d'être bien vu par " papa ", or, la fonction logique renvoie au sens d'une loi physique, mécanique, c'est-à-dire, aucunement liée à la volonté de qui que ce soit. Pour que ça fonctionne, il faut que les paramètres soient bien ajustés.
Le sujet parle parce qu'il a perdu quelque chose, une partie de sa jouissance (= l'Absolu). Par le langage, il tente de reconquérir cet objet perdu, objet sans nom, perte irréparable. La seule façon de reconnaître cette béance est de
parler.
En d'autres termes, intégrer cette perte, se traduit par le fait de parler.
Etre, c'est accepter cette perte, c'est faire avec, c'est accepter les interdits.
3 - culte du UN et écriture.
Le monothéisme et l'écriture sont intimement liés. En effet, c'est avec la naissance des civilisations alphabétiques (-1400 av JC), que le culte du Un se révéla. En - 3000 ans, les hébreux possédaient déjà une écriture mais sans voyelles. Ce furent les grecs, les premiers, qui disposèrent d'un alphabet comprenant des voyelles.
Qu'est-ce que le monothéisme ?
Il s'agirait de l'effet de l'écriture, du culte du UN, ce Un qui inscrit.
Nommer " un " signifie faire naître, mettre au monde et marquer, inclure dans une communauté.
De nos jours les percings et tatouages prennent le symbole de ce trait unaire, ce trait de la division qui vient faire naître l'individu (un dit vie due), nous revoyons là, cette notion de perte et de dette.
Aussi, le jeu des lettres, (comme le lapsus, forme de refoulement), produit une nouvelle possibilité de rendre compte de l'impossible, de quelque chose qui échappe comme l'impression d'un "je suis parlé".
Le monothéisme vient in-scrire (marquer dans) : écrire UN, inclure dans. Il marque d'un Nom/Non, transmet. En dehors du monothéisme, il n'y a pas de refoulement, tout est possible, tout s'explique.
Le refoulement qu'implique le monothéisme est impensable dans les civilisations ne disposant pas d'écriture alphabétique. Ainsi, par exemple, l'Egypte des pharaons pratiquait des mariages incestueux, considérée comme mariages divins.
Le monothéisme, sacre le Père (le Un) de la cité et inaugure l'interdit, source de la cité sécuritaire. La cité sécuritaire passe par l'écriture.
4 - Qu'est-ce qu'une Lettre ?
Inspirons-nous de la théorie des ensembles. Mettons ensemble des objets de pensée, des objets du monde, faisons-en un assortiment hétéroclite et nommons cet assemblage d'une lettre.
Alors la lettre désigne un assemblage, se réfère à quelque chose d'assemblé. Cependant, la lettre ne désigne pas un assemblage, mais le crée. Elle est prise comme fonctionnant comme cet assemblage même.
Si la lettre est un signe, que signifie ce signe ?
Nous l'avons vu, il ne désigne pas quelque chose, mais il est l'effet d'un fonctionnement. Cet effet est le sujet. Le sujet n'est rien d'autre qu'un effet d'une chaîne de signifiants, noms qui viennent signifier, nommer, identifier. Le Un est le Nom en tant que tel, c'est-à-dire séparé de ses effets.
Dans l'Amour, ce qui est visé, c'est le dit, le sujet (dit-visé) en tant que signe, comme quelque chose qui peut s'ordonner, s'articuler. Son signe même, est amené à provoquer le désir.
Sans la Lettre, sans la marque, sans le Nom/Non le désir ne peut exister.
Etre Sujet, c'est être désirant.
Sans interdits, il n'y a pas de désir.
Sans désir, le Sujet n'existe plus.
Marylise Pompignac Poisson
Psychanalyste
Saint Mars du Désert, France
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