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L'autonomie affective et le sommeil du chat 
Par Didier Seban, Hypnose33, France 
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L'autonomie affective et le sommeil du chat 

Boris CYRULNIK nous montre un bel exemple d'autonomie affective: le chat. Ce sympathique animal, qui est capable de se familiariser avec pratiquement n'importe qui, de jouer et de se sécuriser avec toute sorte d'objets inertes, est aussi l'animal qui passe le plus de temps en sommeil paradoxal. Or ce sommeil du rêve est très efficace pour rendre familières les représentations mentales qui viennent juste d'être fabriquées la veille. 

chats

Les petits d'homme n'ont pas cette résistance aux privations affectives. Celles-ci, si elles sont trop précoces, laissent des séquelles psychologiques irréversibles. Il en est de même de l'irréversibilité des lésions des centres de la mémoire (hippocampe en particulier) chez les enfants qui ont subi de la maltraitance précoce. Leurs facultés mnésiques resteront diminués par rapport aux sujets non traumatisés, de même que les risques de développer des maladies sera accru.

Ce qui reste comme mémoire en état de fonctionner chez l'adulte doit être stimulé et réadapté au maximum à l'environnement. L'importance de l'imaginaire dans l'évolution est ainsi évoquée: "La question phylogénétique commence à prendre forme : il semble bien qu'il y ait des êtres vivants plus résistants que d'autres à la privation affective et que, la résistance de cet organisme lui soit conférée par son aptitude à familiariser, à chercher lui-même l'affect dont il a besoin pour nourrir son psychisme et à l'extraire de son milieu." ( Boris CYRULNIK - Les niveaux affectifs )

Au cœur de la démarche de soins comme au cœur de la pratique artistique ou religieuse, il y a ce processus mental bien particulier: extraire l'affect du milieu pour en nourrir directement son psychisme.

En grec, autonomos veut dire "régi par ses propres lois". 

  • L'autonomie est une caractéristique du vivant: un organisme, bien que soumis à des contraintes extérieures à lui, a ses propres lois qui lui permettent de maintenir sa stabilité structurelle malgré les variations de l'environnement. 
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  • Cette autonomie de l'organisme par rapport aux lois extérieures déterminant la matière inerte est rendue possible grâce à la capacité de mémoriser des représentations de cet environnement et de son évolution. 
    La représentation peut être recréée en l'absence de l'objet: une simulation de cette évolution extérieure va être créée de façon autonome par rapport à la réalité. Cette simulation a pour but d'anticiper les contraintes futures pour optimiser la stabilité du système vivant par rapport à cette contrainte. L' "espace psychique" apparaît alors comme un espace virtuel qui met en scène des évolutions plus ou moins possibles de l'espace réel. 
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  • Corps réel/corps imaginaire. La conscience de soi est-elle une capacité propre à l'espèce humaine? Dans les simulations anticipatrices élaborées par le psychisme humain, cette capacité d'auto-représentation donne un atout supplémentaire pour l'adaptation sujet-objet. Pour tenter de satisfaire ses désirs par rapport à l'objet, le sujet possède un "corps imaginaire", sorte de double virtuel du corps réel, entité psychique comportant de nombreuses distorsions par rapport au réel. La relative autonomie du "corps imaginaire" par rapport aux perceptions du corps réel intéresse les psychosomaticiens. Cette psycho-dynamique a été développée par le Pr SAMI ALI dans bon nombre de ses ouvrages. Elle pourrait s'enrichir des découvertes récentes des neurosciences cognitives.
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  • Autonomie ne veut pas dire indépendance: un système ouvert est dépendant de ressources partagées avec d'autres systèmes. Les écosystèmes tachent de cohabiter dans une dialectique autonomie-interdépendance.
    La symbiose est un exemple intéressant d'adaptation: deux individus forment un système dans lequel ils partagent des inconvénients liés à leur interdépendance et des avantages qu'ils n'auraient pas isolément.
    L'autonomie serait-elle la liberté de choisir ses relations d'interdépendance?
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  • Concernant le rapport d'une personne avec son système familial, comment gérer cette dialectique autonomie-interdépendance? Par exemple, il existe des liens entre un sujet et ses parents à au moins deux niveaux:
    - Des liens avec les parents réels, subissant les contraintes liées au fonctionnement du système hiérarchisé familial: partage des ressources, répartition du territoire, distribution des pouvoirs, alliances...
    - Des liens entre représentation de soi et représentations des parents: les "parents imaginaires", qui sont relativement autonomes par rapport aux parents réels mais relativement dépendant de l'organisation du système familial. Ce "système familial", aux contours assez flous, semble, selon certains, fonctionner comme une super-structure qui est programmée pour son auto-conservation, elle aussi. Ce point me parait capital dans la perspective thérapeutique: une croyance aidante va créer un lien entre la présence de "parents imaginaires", cohérents avec le sujet, dans son cerveau, et des états internes favorables à des décisions adaptées à ses intérêts, à sa survie dans les meilleures conditions possibles. Ces "parents imaginaires" devront à la fois aider le sujet à survivre en s'adaptant à la réalité et permettre aux liens systémiques de se répliquer. 

Certaines croyances limitantes vont au contraire créer un lien entre la nécessité d'avoir eu des parents réels presque parfaits pour avoir les meilleurs capacités personnelles (cf la croyance utilisée abusivement, dénoncée par ELLIS: "Votre passé a une importance capitale: parce que quelque chose a influencé autrefois votre vie, il doit continuer à gouverner vos sentiments et vos comportements actuels").

Il semble que le remodelage des représentations parentales, remodelage orienté vers plus de respect et d'ordre dans les liens familiaux, ait un impact favorable sur les sentiments du sujet. Dans la mise en scène imaginaire de la famille que propose, par exemple, l'auteur allemand Bert HELLINGER, de véritables suggestions énoncées à l'occasion de la "constellation familiale" (sorte de métaphore spatiale mise en scène pour représenter les membres d'une famille, leurs liens affectifs et leurs rapports plus ou moins conflictuels) sont proposés au sujet qui regarde la "pièce" ainsi jouée par des acteurs anonymes. Ce genre de procédé, dérivé de l'hypnose ou de la mise en scène onirique, me parait utile du fait de la mobilisation émotionnelle qu'il déclenche chez les "acteurs", comme chez le sujet spectateur qui a demandé l'aide du groupe mis en scène. Celle-ci propose un recadrage de sens sur la souffrance actuelle du sujet et lui suggère un autre "passé imaginaire" plus compatible avec ses plans personnels sur le futur. 

La psychothérapie (comme l'art ou la communication en général) tente de transformer les représentations de la réalité, pas la réalité elle-même. L'action sur la réalité, c'est l'autonomie du sujet. Respecter ce dernier, c'est d'abord ne pas prendre de décision ni agir à sa place. Le thérapeute ne fournit pas de poisson au chat intérieur, il suggère peut-être un nouveau jeu ou une nouvelle ruse de pêcheur, en aidant la transformation des représentations mentales.

Didier Seban, Médecin, Hypnothérapeute
Bordeaux, France 
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